Introduction

Les mers, vastes étendues d'eau salée recouvrant une part importante de la surface de notre planète, ont joué un rôle fondamental dans l'émergence et le développement des civilisations humaines. De la Méditerranée, berceau de nombreuses cultures antiques et des trois grandes religions monothéistes, aux routes maritimes reliant les continents, les mers ont favorisé les échanges, les migrations et le brassage des idées. Cependant, cette relation historique et essentielle est aujourd'hui menacée par les activités humaines, qui exercent une pression croissante sur les écosystèmes marins et leur capacité à soutenir la vie. Cet article explore le rôle des mers en tant que berceaux de la civilisation, tout en soulignant les défis environnementaux auxquels elles sont confrontées et la nécessité d'une action collective pour assurer leur préservation.

La Méditerranée : Un Carrefour de Civilisations

La mer Méditerranée, située au centre de trois continents, occupe une place particulière dans l'histoire de la civilisation. Comme le soulignait Fernand Braudel, elle est "mille choses à la fois, non pas un paysage, mais d’innombrables paysages, non pas une mer, mais une succession de mers, non pas une civilisation, mais des civilisations entassées les unes sur les autres." Voyager en Méditerranée, c'est découvrir des vestiges du monde romain au Liban, de la préhistoire en Sardaigne, des villes grecques en Sicile, de la présence arabe en Espagne et de l'Islam turc en Yougoslavie. C'est plonger au plus profond des siècles, jusqu'aux constructions mégalithiques de Malte ou aux pyramides d'Égypte.

Un Berceau de Cultures Antiques

De nombreuses civilisations antiques se sont développées sur les rivages de la Méditerranée. L'Égypte et la Mésopotamie, dont la civilisation brillante fleurissait aux IVe et IIIe millénaires avant J.-C., se sont étendues jusqu'à ses rivages. Peu après, la culture minoenne se développait en Crète, multipliant les échanges commerciaux maritimes. Du côté de l’Asie mineure, les Hittites établissaient au IIe millénaire un puissant État. Aux VIIIe et VIIe siècles av. J.-C., l'Empire assyrien contrôlait une grande partie des côtes orientales de la Méditerranée, alors que les cités-États de Grèce commençaient leur ascension et que la colonie de Carthage fondée par les Phéniciens en Afrique du Nord prospérait. Enfin, partant du royaume de Macédoine, Alexandre le Grand constitua un vaste empire qui éclata à sa mort en 323 av. J.-C. C’est alors de l’Ouest qu’émergea une nouvelle puissance, Rome, qui dut vaincre Carthage au cours des trois guerres puniques. Elle s’étendit en Italie, en Espagne, dans les Balkans, en Grèce puis au sud de la Gaule. Entre 64 et 60 av. J.-C., Pompée fit la conquête de tout le rivage oriental de la Méditerranée. A l’époque de l’Empire, cette mer était entourée de territoires romains, constituant un véritable lac intérieur, appelé mare nostrum (notre mer). Le commerce maritime y prospérait d’un rivage à l’autre.

L'Émergence des Monothéismes

C'est également sur les rivages méditerranéens que se sont développés les trois grands monothéismes. A Jérusalem est né le monothéisme juif, s’implantant durablement sur la terre de Judée, bordant la mer, avant d’essaimer lors des diasporas. A son tour le christianisme s’étendit à partir du premier siècle dans l’empire romain sur tout le pourtour méditerranéen, Rome en constituant un centre essentiel. Resté relativement marginal jusqu’au IIIe siècle, il devait connaître une extraordinaire expansion, devenant à la fin du IVe siècle la religion officielle de l’Empire romain. Enfin, c’est au VIIe siècle que, parti de la Mecque et Médine en Arabie, l’Islam commença à s’étendre le long du rivage de la mer, aux dépens de l’Empire romain de Constantinople vers la Syrie, la Palestine et l'Égypte, gagnant ensuite l’Afrique du Nord et l’Espagne en 711. La Méditerranée devenait alors divisée entre États chrétiens et musulmans.

Une Mer de Divisions et d'Échanges

La scission entre monde chrétien et musulman devait être durable. Toutefois, elle n’empêcha pas les échanges commerciaux et culturels, qui ne disparurent pas. L’empire de Charlemagne, l’Empire byzantin et l’Empire abbasside entretenaient ainsi aux VIIIe-IXe siècles des relations plus ou moins cordiales. A partir des Xe-XIe siècles, le pourtour méditerranéen se morcelle, de nouveaux États se constituent, tant à l’Ouest, tel le royaume capétien, qu’à l’Est, où de nombreux États se rendent indépendants du califat de Bagdad. La mer, dominée par les musulmans, voit l’arrivée de nouvelles puissances chrétiennes, telles les républiques maritimes italiennes. Les Croisades marquent cet essor, de même que la prise de Constantinople en 1204 par les Latins et la reconquête de la péninsule ibérique. Cependant, le commerce continue ; comme l’écrit F. Braudel, "la richesse des richesses c’est la mer". L’expansion de la puissance ottomane avec la prise de Constantinople en 1453 entraîne une mainmise sur une grande partie de la Méditerranée, dont toute la partie orientale, centrale et méridionale est turque. L’étau est desserré par les États occidentaux en 1571 à la bataille de Lépante. A partir du XVIIIe siècle l’empire ottoman décline, ouvrant la porte aux ambitions des États européens. Et au XIXe siècle la colonisation permet à ces derniers de s’établir dans la partie orientale de l’espace méditerranéen. Même la Russie veut être présente. Au XXe siècle cette unité éclate à nouveau. Pourtant il existe toujours des liens culturels et économiques puissants entre les différents rivages de cette mer au passé tumultueux.

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Les Mers et les Migrations Humaines

Les mers ont également joué un rôle crucial dans les migrations humaines à travers l'histoire. Les populations ont utilisé les voies maritimes pour explorer de nouveaux territoires, établir des colonies et étendre leur influence.

L'Impact des Variations du Niveau de la Mer

Les variations du niveau de la mer ont eu un impact significatif sur les populations côtières et leurs migrations. Après le paroxysme de la dernière glaciation, vers 16000-18000 av. Pour la Bretagne et les régions voisines, on considère que, vers -16000 av. J.-C., la mer était à environ 120 m en dessous de son niveau actuel, ce qui laissait la Manche entièrement à sec tandis que le rivage de l'Atlantique se trouvait à une centaine de kilomètres en avant de la côte morbihannaise d'aujourd'hui. La remontée a été particulièrement brutale entre -10000 et -5000, puis elle s’est ralentie avec de nombreux à coups pour atteindre le niveau actuel au début de l'ère chrétienne. Il est très difficile d'évaluer le tracé des rivages anciens à partir des fonds marins actuels en raison des phénomènes d'érosion sur les parties exposées et de sédimentation dans les zones abritées. Tout autour de la Bretagne, des monuments mégalithiques aujourd'hui plus ou moins submergés témoignent de cette évolution du littoral. Un exemple spectaculaire en est la double enceinte d'Er-Lannic dans le Golfe du Morbihan, dont certains menhirs reposent à 1,5 m sous le niveau des plus basses mers actuelles.

Les Catastrophes Naturelles et les Déplacements de Population

Les catastrophes naturelles, telles que les éruptions volcaniques et les tsunamis, ont également contraint les populations à se déplacer. Vers 1628 av. J.-C., une éruption volcanique majeure a provoqué des vagues destructrices qui ont dévasté les villages côtiers, salé les terres et entraîné des épidémies. Ces événements ont eu des conséquences importantes sur les sociétés et les cultures de l'époque, entraînant des migrations et des changements dans les modes de vie. Jean Faucounau poursuit son travail très documenté sur cette période, recoupant, à son habitude, de nombreuses sources archéologiques, historiques, géologiques, linguistiques ; il apporte son éclairage très personnel sur les courants migratoires et les cultures autour de la Méditerranée avant la fin de l’âge de bronze.

Les Défis Environnementaux Actuels

Aujourd'hui, les mers sont confrontées à des défis environnementaux majeurs, principalement liés aux activités humaines. La pollution, la surexploitation des ressources et le changement climatique menacent la santé des écosystèmes marins et leur capacité à soutenir la vie.

La Pollution Plastique

La pollution plastique est l'un des problèmes les plus préoccupants. "La Méditerranée est en passe de devenir une mer de plastique. Des véritables îles de déchets ont fait leur apparition dans le Mare Nostrum. Entre la Corse et la Toscane la concentration de microplastiques a atteint des niveaux d’alerte très élevés", pouvait-on lire dans un article récemment publié sur un site d’information corse, dans lequel on apprenait ensuite que "les valeurs relevées dans le mare nostrum, tout près de nos côtes, sont même supérieures à celles des très polluées ‘îles de plastique’ du Pacifique, une superficie d’environ un million de kilomètres carrés où les courants océaniques accumulent les déchets. Dans l’Océan la densité de fragments de plastique est de 335 mille par kilomètre carré." "La production globale de matériaux plastiques a été multipliée par 20 au cours des dernières 50 années, dépassant 300 millions de tonnes en 2015. La demande croît exponentiellement et la production devrait quadrupler d’ici 2050. […] Les modèles globaux prédisent toujours que certaines des concentrations les plus élevées au monde de plastiques flottant se retrouvent dans la mer Méditerranée, dans la mesure où, avec les cinq principales gyres océaniques, elle est présentée comme la sixième grande zone d’accumulation de déchets marins. […] La biodiversité méditerranéenne n’est clairement pas exempte d’interactions avec ces déchets plastiques. Des polymères artificiels ont été retrouvés dans l’estomac de prédateurs pélagiques méditerranéens, dans des poissons des profondeurs et des espèces commerciales. "Nos résultats démontrent l’omniprésence de la pollution plastique dans les eaux méditerranéennes et, en confirmant les modèles de prévision, ils fournissent une nouvelle preuve du fait que dans ce bassin, les quantités de microplastiques sont parmi les plus élevées au monde. La mer Méditerranée, la plus grande et la plus profonde des mers fermées de la planète, est un haut lieu de biodiversité marine [une estimation donne entre 10 et 12 000 espèces, NdT] et le berceau de la civilisation humaine, dont la seule sortie d’eau correspond à l’étroit détroit de Gibraltar. En tant qu’une des zones de navigation les plus usitées et que destination touristique de premier plan, entourée par une côte hautement industrialisée et peuplée, il n’est pas étonnant que dans ce bassin les impacts d’activités humaines soient proportionnellement plus massifs que dans n’importe quelle autre mer.

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La Surexploitation des Ressources Halieutiques

Une autre étude, réalisée par le Centre commun de recherche (CCR) de la Commission européenne, nous apprend que 93% des stocks de poissons évalués sont surexploités, et que certains ont déjà été presque entièrement détruits.

Les Autres Formes de Pollution

Les pollutions plastiques et les surexploitations ne sont malheureusement pas les seuls fléaux auxquels la Méditerranée doit faire face. Au Cap Corse la pollution en particules fines, a été plus forte que celle mesurée pendant la même période dans la banlieue parisienne (en juin-juillet 2012).

La Nécessité d'une Action Collective

Ce n’est pas un hasard si, dans un seul et même paragraphe de conclusion, l’étude précitée associe « le berceau de la civilisation humaine » avec des « impacts d’activités humaines […] proportionnellement plus massifs » et surtout plus destructeurs et plus flagramment nuisibles (ce qui est sous-entendu sans être formulé) que n’importe où ailleurs. Les auteurs de l’étude ont raison de conclure que « le problème de la pollution plastique est une question sociale, et de comportement, qui nécessite d’être traitée en amont, au sein de la chaîne de consommation ». Le problème ne sera jamais réglé par une solution technique, du genre de celle qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, et qui a été reprise par les médias de masse, qui consiste en des engins flottants disposés au niveau des gyres et soi-disant à même de « nettoyer les océans » (solution qui a été déconstruite ici, et là, ou encore là). Le solutionnisme technologique, vieille chimère absurde qui ne s’attaque jamais à la racine des problèmes, pire, qui en créé des nouveaux, comme en témoigne l’étude précédemment mentionnée, où l’on apprend que les bioplastiques ne se dégradent pas en conditions naturelles, est une impasse létale. Nous n’avons pas tant besoin de dépolluer la mer Méditerranée que d’arrêter de la polluer et de la piller. C’est pour cette raison que le terrible sort de la Méditerranée reflète bien celui de la planète. En plus des nombreux problèmes sociaux qu’elles engendrent, toutes les productions industrielles impliquent d’innombrables nuisances écologiques, aux impacts incalculables sur l’interdépendance biologique planétaire, donc, à moins que les productions industrielles en tous genres, d’objets faits de plastiques et/ou de métaux (lourds), de déchets radioactifs, de substances chimiques toxiques, ainsi que les rejets de matériaux nuisibles pour l’environnement, ne soient définitivement arrêtées, tout va continuer à empirer. Nous faisons face à un problème social et culturel qui nous ramène toujours à une question de choix. Nous pouvons avoir la civilisation industrielle, une économie mondialisée et hautement technologique, le progrès technique, l’industrialisme sur lequel il repose, les luxes et les conforts (relatifs) qu’il prodigue, ou nous pouvons avoir une planète vivante, et des communautés humaines intégrées aux autres communautés naturelles. Seulement, très logiquement, et c’est une des raisons pour lesquelles la Méditerranée est dans l’état où elle est, les classes dirigeantes des sociétés industrielles modernes, comme celles des sociétés impériales, monarchiques et féodales du passé, qui bénéficient et bénéficiaient des inégalités sociales comme des destructions écologiques, ne l’entendent et ne l’entendaient pas ainsi. La Méditerranée, à l’instar des autres biorégions du globe, ne recouvrera pas la santé pas grâce au solutionnisme technologique - le type de réponse sur lequel les institutions des sociétés industrielles se concentrent principalement -, mais plutôt grâce à l’arrêt définitif des processus anti-écologiques dont dépend le mode de vie de la civilisation industrielle. Ainsi que le formule Kim Hill, « L’infrastructure industrielle est incompatible avec une planète vivante ». Nous pouvons continuer à espérer, à souhaiter, à croire dur comme fer en ce que la culture dominante inculque implicitement à tous, à savoir qu’il doit être possible de parvenir (grâce au fameux « progrès », et à « la science ») à avoir une société industrielle mondialisée (et en expansion permanente) qui soit high-tech, confortable (avec l’électricité, des automobiles, des téléphones portables, des ordinateurs, des satellites, des fusées, des iPods, des iPhones, de la chirurgie esthétique, des engrais chimiques, des avions, des Baggers 288, internet, des terrasses Ikea, etc.), démocratique, soutenable et écologique, ou nous pouvons nous rendre compte que tout cela relève du fantasme. Le développement durable est en train de détruire la planète !

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