Introduction
La fausse couche, une réalité douloureuse et souvent tue, touche de nombreuses femmes. Cet article explore les témoignages poignants de femmes ayant vécu cette épreuve, les initiatives pour briser le silence et les pistes pour une meilleure prise en charge. Il est nécessaire de libérer la parole sur la fausse couche, qui n’est pas un "non-évènement".
Lever le Tabou : Des Voix S'élèvent
Des personnalités publiques, à l’image de Marlène Schiappa, ancienne ministre déléguée en charge de la Citoyenneté, ont contribué à lever le tabou. En novembre 2021, elle confiait dans la Maison des maternelles sur France 2 : "J’étais en déplacement avec d’autres ministres. Quelqu’un m’a dit : "Madame la ministre, votre robe est pleine de sang". Je faisais une hémorragie. Ma première pensée a été de me dire “il faut que je tienne". Son témoignage a permis de libérer la parole et de mettre en lumière la souffrance passée sous silence. Elle a osé parler pour aider les femmes, soulignant la nécessité d’un accompagnement adéquat.
La journaliste Sandra Lorenzo a également ressenti cette pression qu’il fallait vite passer à autre chose : "Le premier réflexe des femmes vivant une fausse couche est de se taire, de le cacher". Se sentant isolée face à cette épreuve, elle a décidé de surmonter le traumatisme par l’écriture.
Expériences Personnelles : Au-Delà du Silence
Les témoignages recueillis révèlent la diversité des expériences et des émotions liées à la fausse couche. Une auditrice, Joëlle, témoigne : "Plusieurs années après, alors que j’étais en voiture, j’ai senti un baiser sur ma joue. C’était mon enfant qui était là, vivant, quelque part. Je l’ai appelé Ange". Sophie Helmlinger souligne la nécessité de parler du traumatisme, même plusieurs années après : "Il faut vivre ce qui a besoin d’être vécu autour du bébé. Notre association, L'enfant sans nom - Parents endeuillés, donne la possibilité aux parents de donner un prénom à leur enfant s’ils le souhaitent, ce qui n’est pas prévu par la loi".
Céline Kallmann, journaliste et épouse du chroniqueur des Maternelles, Benjamin Muller, a annoncé avoir fait une fausse couche sur son compte Instagram. Elle dénonce l'accueil que lui a réservé le corps médical après ce drame. "Il n'y a pas de sac. Je ne vois pas d'œufs. (…) Comme s'il y avait un doute, comme si j'avais pu inventer toute cette histoire. À l'échographie, il n'y avait pas de trace. Donc oui, j'aurais pu tout inventer. Mais le sang était bien réel et le vide laissé tout autant".
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Élodie Poux, humoriste, a révélé avoir subi plusieurs fausses couches avant d'accueillir son premier enfant. "Ça a été l'une des plus affreuses épreuves de toute ma vie. C'est lointain dans le ressenti, mais je m'en rappelle encore comme si c'était hier", avant d'affirmer à propos de son ressenti : "Avant que ça ne m'arrive, j'aurais été dans l'empathie la plus totale, mais je me serais dit : 'Ça va, c'était le début, c'était pas encore grand-chose'. Il y a plein de choses comme ça, tant que ça ne nous est pas arrivé, on ne comprend pas.".
Les Défis de la Prise en Charge
Marlène Schiappa, après un nouveau témoignage dans « La Maison des Maternelles » sur France 2, elle reçoit des centaines de courriers de femmes dans le même cas et parfois mal prises en charge. Marlène Schiappa n’a pas eu cette malchance. « Ma gynécologue m’a dit : Posez-moi toutes les questions que vous voulez. J’ai répondu : Est-ce que c’est ma faute, j’ai trop travaillé ? Elle a dit : Bien sûr que non, ça m’a soulagée d’un poids. »
La France manque cruellement de dispositifs d’accompagnement, déplore Sandra Lorenzo : "Quand on vient de vivre une fausse couche, il faut demander un arrêt de travail qui n’est pas toujours donné. En Nouvelle-Zélande, même si ce n’est pas suffisant, la femme et le co-parent disposent de trois jours de congés".
L'Impact sur le Couple
L’interruption naturelle de grossesse n’est pas vécue de la même manière par les deux conjoints, une source de non-dits qui peut altérer l’harmonie du couple. Jean-Maurice, un auditeur, raconte avec émotion son incompréhension face aux trois fausses couches de sa femme, il y a 20 ans : "Je n’ai pas saisi toute la mesure de ce qui se passait au niveau psychologique. Je commence seulement à comprendre sa souffrance". Sandra Lorenzo n’est pas étonnée : "On ne ressent pas les mêmes choses car la femme enceinte a vécu l’évènement dans sa chair."
Les Conséquences Physiques et Psychologiques
Une fausse couche entraîne des souffrances à la fois physiques et psychologiques qui nécessitent du repos : "Un interruption naturelle de grossesse, même médicamenteuse, entraîne de forts saignements qui épuisent. Du jour au lendemain, le corps qui s'était mis en route pour une grossesse subit une chute hormonale énorme. Cela a un impact sur tout le corps", explique Marie, une auditrice sage-femme. Les bouleversements sont tellement profonds que cela empêche de gérer correctement les tâches quotidiennes : "Après l’aspiration du fœtus, j’étais hébétée. Le matin, en arrivant à l’hôpital, j’étais enceinte. À midi, je ne l’étais plus. La grossesse ne se termine pas quand l’utérus est vide mais quand le couple est passé à autre chose. J’ai mis plusieurs mois à m’en remettre."
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Pistes d'Amélioration et Soutien
Parmi les autres pistes soulevées par les militants, un livret à distribuer dans les lieux de santé pour informer les femmes sur la fausse couche et leur indiquer les ressources vers lesquelles elles peuvent se tourner. "Pendant les fêtes de fin d’année, ne passez pas la fausse couche sous le tapis : la grossesse a existé."
Marlène Schiappa n’a pas eu cette malchance. « Ma gynécologue m’a dit : Posez-moi toutes les questions que vous voulez. J’ai répondu : Est-ce que c’est ma faute, j’ai trop travaillé ? Elle a dit : Bien sûr que non, ça m’a soulagée d’un poids. » Faut-il créer un congé fausse couche ? « Cela peut être stigmatisant et l’arrêt maladie existe déjà. Je suis certaine qu’on peut améliorer la prise en charge. Comment ? Il faut s’y pencher. J’en ai parlé avec le ministre de la Santé. » Parler, c’est se libérer à la seule condition d’être écoutée. Les entreprises doivent accorder ce temps de réparation. « Si Matignon et l’Élysée parviennent à remplacer une ministre trois semaines, tous les employeurs de France peuvent s’organiser.
Maternité : Entre Idéalisation et Réalité
Dans les yeux d’Olivier, émission diffusée ce 31 janvier sur France 2, montre quatre mères ayant rencontré des difficultés maternelles. Les femmes se construisent souvent avec une vision idéalisée de la maternité dans laquelle elles doivent être irréprochables. Mais la réalité est parfois toute autre. S’affranchir des représentations de la maternité serait salvateur pour beaucoup de personnes fragilisées psychologiquement par une période de bouleversements complexe à appréhender. Il faut aider les mères à se délester de la pression sociale, donner une image plus lucide et moins culpabilisante.
L’émission met en lumière une maternité n’étant pas que le bonheur tant vanté : elle peut devenir pour certaines un chemin de croix. Il est question de burn-out maternel pour Jessica par exemple, qui assume tellement de choses qu’elle se retrouve angoissée en permanence, si épuisée qu’elle enchaîne les malaises. « C’est une question difficile qui reste sujet à controverse encore aujourd’hui. Le burn-out est un trouble anxieux lié à un problème de performance. La dépression du post-partum est, elle, un trouble de l’humeur, teinté de tristesse mais qui peut aussi s’accompagner d’anxiété. On n’a pas l’énergie, le moteur pour avancer. Ce serait donc une pression trop grande que la mère se met ; elle finit par craquer, tant celle-ci est importante. Elle n’arrive plus à assumer alors les tâches du quotidien, angoisse et somatise.
La dépression péri-natale, quant à elle, survient chez la mère durant la grossesse ou durant l’année qui suit l’accouchement. « Elle est parfois déclenchée par une raison particulière, mais le plus souvent ce n’est pas le cas. La personne se sent souvent coupable de ne pas se sentir heureuse alors que l’entourage et la société tendent à idéaliser cette étape de vie. Le parent n’en dit souvent rien mais il ne se sent pas à la hauteur et pense qu’il n’est pas fait pour ce rôle, alors même qu’il peut avoir beaucoup désiré cet enfant.
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Ce qui ressort de la plupart de ces témoignages, c’est que ce n’est pas la maternité en elle-même qui a posé problème à ces femmes. C’est un épuisement physique qui se transforme en épuisement moral. Beaucoup de mères sont épuisées car elles ne sont pas aidées par le père (assez absent dans l’émission) qui ne prend pas sa part, ni par une société restant bien souvent sourde à leurs maux. Elles ne bénéficient que peu d’accompagnement. Une des mères de cette émission pointe son perfectionnisme comme cause de ses problèmes maternels : elle se blâme souvent d’avoir voulu trop en faire. Mais c’est de toute les femmes qu’on en attend trop !
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