Le placenta, longtemps considéré comme une barrière protectrice infranchissable entre la mère et l'enfant, est de plus en plus reconnu comme vulnérable aux agressions de l'environnement, notamment aux hydrocarbures. Cet article explore les effets néfastes de ces substances sur le placenta et, par conséquent, sur le développement fœtal.
La Perméabilité du Placenta aux Polluants
Pendant longtemps, le placenta a été considéré comme une barrière naturelle entre la mère et l’enfant, infranchissable pour les agents exogènes, jouant un rôle de filtre permettant de protéger le fœtus de substances et agents pathogènes nocifs. On sait depuis quelques années maintenant que certaines molécules comme l’alcool et certains médicaments sont capables de passer cette barrière naturelle. Les polluants sont partout dans l'environnement et certains peuvent atteindre le placenta après exposition pendant la grossesse. Une étude de l’Université de Hasselt en Belgique, publiée 17 septembre 2019 dans le journal Nature Communications, fait état de la présence de particules de suie dans le placenta humain, à proximité directe du fœtus. Il s’agit en effet de la première observation directe de contamination placentaire à la suie, bien que le phénomène était déjà suspecté et mis en évidence par des études in vitro.
Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP) : Une Menace Insidieuse
Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) sont des polluants organiques persistants issus de la combustion incomplète de substance organique émis dans l'environnement par des processus naturels (feux de forêts, éruptions volcaniques) et anthropiques (industries, trafic routier, chauffage, …). Ces polluants ubiquitaires de l'environnement sont retrouvés dans l'air, les sols, les eaux et les aliments entrainant une exposition constante de l'Homme par contact cutané, inhalation ou ingestion. Les HAP sont reconnus comme des substances cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques. En raison de leur forte toxicité, 24 HAP sont réglementés et surveillés dans l'environnement et/ou l'alimentation.
L'exposition aux HAP au cours de la grossesse est à l'origine de nombreuses pathologies (avortements, malformations fœtales, prématurité, …) mais aussi des troubles survenant plus chez l'enfant et à l'âge adulte (retard du développement psychomoteur, asthme, …).
Glyphosate et Roundup : Une Contamination Placentaire Démontrée
Ce 13 septembre la dernière version d’une importante découverte a été mise en ligne dans le grand journal scientifique Toxics. Fruit d’une collaboration entre des chercheurs de l’unité INSERM U1139 (3PHM) de l’Université de Paris, Faculté de Pharmacie, et le Pôle Risques de l’Université de Caen Normandie, cette étude démontre que le glyphosate passe à travers le placenta humain. Par ailleurs, le Roundup, pesticide largement utilisé dont le principe actif déclaré est le glyphosate, contient un ensemble de toxiques à base d’hydrocarbures oxydés et de métaux lourds. Ces polluants ne sont ni déclarés ni testés par l’industriel pour l’autorisation de l’utilisation du Roundup dans l’environnement.
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Pollution Atmosphérique et Transfert de Particules
Quand on parle de pollution atmosphérique, il faut comprendre que derrière ce terme se cache un cocktail de particules et de gaz pouvant varier d’un endroit à l’autre, selon les activités locales, la topographie et les phénomènes naturels. Parmi ces éléments, on compte notamment l’ozone, les oxydes d’azote, le dioxyde de soufre, le benzène, l’ammoniac. La deuxième grande famille de polluants est celle des particules fines, dont la suie (également appelée « carbone noir » ou « carbone suie ») fait partie. L’observation démontre un transfert des particules du système pulmonaire maternel vers son système sanguin : ce mécanisme était déjà connu puisque des traces de suie avaient été précédemment relevées dans des urines d’enfants nés. Cependant, avoir observé des particules dans le placenta signifie qu’elles sont suffisamment fines pour passer successivement plusieurs barrières biologiques, pourtant considérées comme très efficaces dans leur rôle de filtration.
Une étude utilisant une cohorte de 20 femmes enceintes, subdivisée en deux groupes selon leur lieu de vie (un groupe venant d’un endroit avec de fortes concentrations de suie dans l’air et l’autre groupe originaire d’une région avec un air moins pollué), a permis de mettre en évidence ce transfert. Dans les 10 minutes suivant la naissance, les chercheurs ont réalisé des prélèvements de placenta pour leurs observations.
Les Sources de Pollution : Trafic Routier et Pays Asiatiques
Cette étude n’identifiant pas formellement la source des suies observées, les chercheurs ont bien l’intention de poursuivre leurs investigations afin d’identifier un coupable. Ils avancent pourtant sans trop de doutes que le principal responsable est probablement le trafic routier. Cette hypothèse est corroborée en France par les chiffres du Ministère des Solidarités et de la Santé, qui affirme que ce trafic a été à l’origine de 48% des émissions moyennes métropolitaines de suie en 2016. Les moteurs diesels, plébiscités en France, sont d’ailleurs décriés du fait de leur propension à générer des particules fines. Si la France n’est pas en reste, les populations les plus touchées par la pollution atmosphérique sont à ce jour situées dans les pays asiatiques, notamment la Chine et l’Inde. D’après le dernier classement des villes les plus polluées AirVisual, relayé notamment par Greenpeace, la grande championne serait la ville de Gurugram en Inde. Le première ville européenne n’arrive qu’en 92ème position : Lukavac en Bosnie Herzégovine. Il faut aller jusqu’à la 814ème place pour trouver une ville belge : Oostrozebeke ; et à la 2237è place pour trouver une ville française : Saint-Denis. En d’autres termes, selon ce classement, Saint-Denis serait la ville la plus polluée de France aux particules.
Impacts Économiques et Prise de Conscience
La pollution atmosphérique est un drame constant avec lequel nous avons appris à vivre avec avec une indifférence confondante tant notre impuissance est manifeste. Cette étude, ainsi que plusieurs autres, mettent en lien l’exposition chronique à de l’air pollué et bon nombre de maladies cardiovasculaires. Elles seraient à elles seules responsables de 40 à 80% des morts prématurées. Ainsi, l’OMS considère que la pollution atmosphérique générale est plus meurtrière que le tabagisme qui n’aurait causé « que » 7,2 millions de décès en 2015. Ce type de pollution aurait également des effets sur le développement embryonnaire, et ce par simple inhalation de la femme enceinte. Accessoirement, ces maladies ont un impact énorme sur l’économie mondiale. À l’échelle planétaire, la perte de productivité pour cause de maladies liées à cette pollution coûteraient annuellement près de 225 milliards de dollars US, et des trillions de dollars en frais médicaux. Plus globalement, on peut tout de même noter une prise de conscience sur le sujet des particules fines, avec de plus en plus de médiatisation et de réactions politiques. Par ailleurs, il a également été démontré que la suie est le deuxième plus important facteur du réchauffement de l’atmosphère après le dioxyde de carbone (CO2) ! Son potentiel réchauffant est donc hautement problématique.
Recherche sur les Nanoparticules et le Benzo-a-pyrène
L'objectif de ce projet est d'étudier les effets aux niveaux cellulaires et moléculaires des polluants de nanocérium et benzo-(a)-pyrène, et de leur mélange, sur le développement et les fonctions placentaires humaines. Ce projet vise à mettre en place les bases de toxicologie placentaire en réponse à deux contaminants de la pollution environnante lorsqu'ils sont rencontrés ensemble : le BaP et le nanocérium. Ces deux polluants sont des contaminants auxquels la femme enceinte est quotidiennement exposés, et pour lesquels il existe peu de documentations disponibles pour estimer leur toxicité en utilisant des modèles placentaires humains.
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Les objectifs de cette recherche sont :
1) de quantifier les niveaux de fond de CeO2 dans le placenta humain pendant la grossesse2) d'évaluer l'accumulation placentaire de ces polluants (par perfusion placentaire ex vivo);3) de déterminer la toxicité de ces polluants et la voie de détoxification en utilisant des cultures primaires de trophoblastes humains ;4) de déterminer comment ces polluants en combinaison altèrent l'intégrité et la fonction hormonale de la barrière placentaire humaine telle que la formation d'un syncytiotrophoblaste (cultures trophoblastes in vitro) ;5) de caractériser l'impact sur l'homéostasie des mitochondries, un organite majeur impliqué dans la différenciation des trophoblastes et le fonctionnement placentaire.
Les chercheurs émettent l'hypothèse que le revêtement de nanocérium avec du BaP lipophile pourrait modifier les propriétés de surface des NP et augmenter leur internalisation cellulaire, modifier la biopersistance et la toxicité du BaP, altérer la différenciation des trophoblastes, l'homéostasie des mitochondries et la fonction hormonale du placenta.
Importance de la Prévention et de l'Information
Il est indispensable que la femme enceinte prenne contact avec son médecin du travail le plus tôt possible. Ce dernier, lors de son suivi, s’assurera de la compatibilité entre l’état de grossesse et les conditions de travail.
Le médecin du travail est l’interlocuteur privilégié. Il exerce une médecine préventive et une activité de conseil en matière de santé et d’hygiène au travail. Il est soumis au respect du secret médical. Il connait l’environnement de travail et peut évaluer les éventuels risques pour la grossesse. Il propose des mesures de prévention adaptées (substitution de produit, aménagement ou changement de poste).
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L’exposition par inhalation ou par contact cutanéo-muqueux avec des agents chimiques toxiques peut engendrer des anomalies sur la totalité du cycle de reproduction. Tout d’abord, les capacités reproductrices peuvent être altérées en provoquant des dysfonctionnements sexuels et des défauts de fertilité chez les femmes comme chez les hommes. Ensuite, les premières semaines de la grossesse constituent une période particulièrement critique durant laquelle une exposition à des substances toxiques pour la reproduction peut avoir des effets délétères jusqu’à nécessiter ou provoquer une interruption de grossesse ; c’est en effet à ce stade que débute la formation des principaux organes et des membres de l’enfant à naître. Les mois suivants, les produits toxiques qui passent la barrière placentaire font également craindre des naissances prématurées, des défauts de croissance et des déficiences intellectuelles.
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