Le village d'enfants de Riaumont, situé près de Liévin, dans le Pas-de-Calais, est une histoire sombre et poignante de maltraitance infantile et d'abus institutionnalisés. Fondé en 1953 par le Père Revet, un bénédictin, ce foyer de semi-liberté a accueilli pendant des décennies des centaines d'enfants considérés comme "débiles", "caractériels" ou "cas sociaux". Derrière une façade de respectabilité et de dévotion religieuse, se cachait un système de violence physique, psychologique et sexuelle qui a marqué à jamais la vie de nombreux jeunes pensionnaires.

L'Enfer Quotidien à Riaumont: Un Univers de Violence et de Travail Forcé

À leur arrivée à Riaumont, les enfants étaient plongés dans un univers clos, régi par des règles strictes et impitoyables. Ils étaient dépouillés de leurs vêtements personnels et forcés de porter un uniforme austère, composé d'un short en cuir et de godillots, été comme hiver. Les nuits étaient passées dans des dortoirs sans chauffage, et les journées étaient rythmées par un lever matinal et un travail éreintant.

L'éducation à Riaumont glorifiait la force, les armes et la guerre, même si les enfants fréquentaient l'école ou le collège le plus proche. Leur temps libre était entièrement consacré aux travaux du bâtiment. Pendant les 22 années d'ouverture du village, les enfants ont construit les trois quarts du village, défrichant, abattant des arbres, creusant des tranchées, préparant du mortier et du béton, transportant des pavés et montant des murs, sans aucune mesure de sécurité.

Le Père Revet et les moines qui l'entouraient étaient convaincus des préceptes de Saint-François d'Assise, qui affirmait que "La folie est au cœur de l'enfant, le fouet bien appliqué l'en délivre". La moindre opposition était impitoyablement réprimée. Les enfants étaient enfermés pendant plusieurs jours dans les douches, en slip, avec un sac à viande pour dormir. Les punitions étaient brutales : coups de ceinture, coups de pied, claques, et même des moines qui s'asseyaient sur les jambes des enfants pour les empêcher de bouger.

Pédophilie Institutionnalisée et Silence Assourdissant

La pédophilie était institutionnalisée à Riaumont. Les attouchements étaient réguliers dans les douches, sous prétexte de vérifier que les garçons se nettoyaient bien sous leur prépuce. Le Père Revet lui-même n'était pas en reste, caressant et embrassant les enfants sur la bouche lors des grandes réunions. L'infirmier sodomisait les enfants qu'il recevait pour les soigner des coups reçus.

Lire aussi: Vie privée de Ladislas Chollat

Un silence assourdissant a régné pendant plus de deux décennies, et s'est prolongé dans les années suivantes. Les enfants n'osaient pas se plaindre, craignant les représailles. De toute façon, aucun adulte ne les croyait. Le Père Revet bénéficiait de la complicité des notables et de la hiérarchie catholique. Les quelques rapports des inspections de l'éducation nationale et de la DDASS se sont avérés conciliants.

Les Lanceurs d'Alerte et la Longue Marche vers la Justice

Malgré le silence général, quelques personnes ont osé dénoncer l'inacceptable. Madame Clément, femme du directeur du collège, a rédigé un rapport de cinq pages en 1969. Françoise, professeure de français au collège, a adressé une lettre ouverte en 1979 aux principales autorités. Elle a été menacée, harcelée et diffamée. Trois juges des enfants ont mené l'enquête la même année, refusant dorénavant de placer des mineurs dans l'établissement.

C'est une plainte déposée en 2013 qui a déclenché une procédure judiciaire. L'affaire suit son cours, mais les auteurs sont morts pour certains. La plupart se défendent d'avoir commis la moindre agression.

Les Victimes: Un Destin Brisé et une Quête de Résilience

Que sont devenues les victimes de Riaumont ? Suicide, drogue, violence, folie pour certains. Résilience pour d'autres. Une haine inextinguible pour beaucoup, quand leur mémoire traumatique n'a pas enfoui ces terribles épreuves.

Il est difficile de comprendre comment certains peuvent défendre leurs tortionnaires. Peut-être est-ce le syndrome de Stockholm, qui voit une victime prendre fait et cause pour son agresseur. Ou peut-être est-ce la puissance de l'emprise sectaire, qui perdure tant d'années après.

Lire aussi: Fabienne Chauvière : Portrait d'une Animatrice Discrète

L'Enquête d'Ixchel Delaporte: Une Lumière sur l'Horreur

Il est impératif de lire l’enquête d’Ixchel Delaporte. Si les témoignages sont glaçants, le travail d’investigation qu’elle nous propose est impressionnant par sa précision et son honnêteté. Son livre, "Les Enfants Martyrs de Riaumont. Enquête sur un pensionnat intégriste", est un témoignage poignant de l'horreur vécue par ces enfants. Elle a mené une enquête minutieuse et longue, courageuse et déterminée pour recueillir tous ces témoignages.

Le documentaire d’Ixchel Delaporte permet de découvrir, derrière toute la cruauté commise à Riaumont, la complicité latente de tout un système négligent envers les enfants. Quelques rares voix se sont élevées, comme celle de Françoise, professeur de collège, qui en 1979, fait un signalement à la justice. Cela permet à une juge, en 1980, d’enquêter sur le village dit « de l’espoir » et de lui retirer la fonction de foyer. Riaumont devient alors mixte, accueille des scouts traditionalistes, ou des enfants catholiques volontairement confiés par leurs familles. Ce film est une analyse franche et crue d’un système qui met en lumière l’indissociable lien entre sadisme et ultraconservatisme religieux.

En donnant la parole aux "silencieux", aux "oubliés", aux "abîmés", le livre dresse un tableau sinistre : les enfants sont régulièrement tabassés, les plus réfractaires sont isolés nus dans les douches et nourris de pain et d'eau, le père Revet embrasse sur la bouche et touche les garçons au moment de la toilette.

Riaumont Aujourd'hui: Un Passé qui Hante le Présent

A la suite d’un nombre important de plaintes déposées, une enquête a été ouverte en 2013. Elle a conduit à mettre en examen onze personnes pour viols, agressions sexuelles et maltraitances. La communauté a fini par subir une fermeture administrative en 2019. Reste que des enfants ont souffert pendant près de soixante ans. Il y a eu un suicide en 2001 et l’affaire a été classée.

Le village de Riaumont, autrefois surnommé "village de l'espoir", est aujourd'hui un lieu hanté par les fantômes du passé. Les murs en pierre qui abritaient autrefois l'horreur témoignent d'une époque où la violence et l'abus étaient la norme.

Lire aussi: Lauren Sánchez et sa famille

tags: #les #enfants #martyrs #de #riaumont #histoire

Articles populaires: