"Les Enfants du Ciel" est une bande dessinée créée par Stephen Desberg et Bernard Vrancken, connus pour leur longue série IR$. Cet album unique, publié par Daniel Maghen, plonge le lecteur dans une intrigue complexe qui entrelace des événements historiques majeurs sur plusieurs siècles. Desberg, également connu pour "Héritage Wagner" et "Le Scorpion", tisse une histoire où se croisent les conflits entre le peuple juif et l'Empire romain au Ier siècle après J.-C., et les enjeux de la Seconde Guerre mondiale.
Une Quête de Vérité Historique
L'histoire suit Alexandre, un archéologue profondément marqué par la mort de sa femme, causée par un soldat mussolinien. Obsédé par la recherche de la vérité, Alexandre se lance dans une quête pour retrouver le témoignage de Juste de Tibériade, un historien quasiment effacé des tablettes historiques. Il remet en question les écrits de Flavius Josèphe, dont l'attachement à l'Empire romain l'a conduit à nier la possibilité d'une nation juive. L'intrigue explore également les réécritures tardives des textes historiques, où l'Église catholique aurait ajouté la présence du Christ pour servir ses propres intérêts.
Un Mélange d'Aventure et de Géopolitique
"Les Enfants du Ciel" évoque parfois l'ambiance d'un "Indiana Jones" sérieux et historique, notamment lorsque l'album suit Alexandre dans ses découvertes de temples oubliés, de manuscrits anciens et de peintures rupestres. Cependant, l'histoire se concentre surtout sur les batailles diplomatiques, les stratégies politiques et les remous géopolitiques qui se trament dans l'ombre. L'album foisonne de personnages (diplomates, militaires, agents allemands, assassins arabes, espionnes russes), ce qui entraîne de nombreux flashbacks, ellipses et lignes narratives qui se croisent sans toujours converger. Une simplification de l'intrigue aurait peut-être été bénéfique, permettant de mieux recentrer les enjeux.
Un Graphisme Époustouflant
Bernard Vrancken profite de cette œuvre pour s'éloigner des enquêtes contemporaines d'IR$ et mêler son style réaliste à une esthétique plus atmosphérique, feutrée et mystérieuse. La colorisation, signée Colette Vercouter, contribue à créer une ambiance particulière. Les pleines pages et les doubles planches rappellent "Lawrence d'Arabie", tandis que les scènes se déroulant dans des grottes oubliées et les nuits chaudes évoquent parfois "Indiana Jones". Un flashback de cinq pages, illustrant l'ultime bataille des forces de Galilée contre l'armée romaine, se distingue par ses lignes épurées et ses aplats de noirs, rappelant le travail de Frank Miller.
Un Récit Complexe et Dense
L'histoire débute en 1936, sous l'Italie de Mussolini, et s'achève en 1942 à Jérusalem, au moment où naît l'idée d'un État juif indépendant. Alexandre, en quête de vengeance après la mort de sa femme, se retrouve impliqué dans une intrigue complexe qui mêle archéologie, espionnage et conflits politiques en Palestine, alors sous mandat britannique. L'album aborde de nombreuses thématiques : la fin de la guerre des Juifs contre les Romains (Ier siècle), la recherche de justifications ésotériques du nazisme par les Allemands, la lutte des musulmans contre le sionisme, la solution finale et la position du Vatican pendant la guerre.
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Des Personnages en Quête de Rédemption
Outre Alexandre, l'album suit également Esther, une musicienne allemande juive contrainte de travailler pour les Soviétiques, et Bilal, un Arabe hanté par la mort de son frère. Ces personnages, pris dans la tourmente de l'histoire, cherchent à se venger et à trouver un sens à leur existence. Alexandre trouve refuge au Vatican, où il est protégé des soldats de Mussolini. Plus tard, il part en Terre sainte à la recherche de manuscrits anciens.
Un Hommage au Cinéma Hollywoodien
Le scénariste Stephen Desberg semble avoir un amour particulier pour le cinéma américain, ce qui se ressent dans l'album. Cependant, cet hommage peut parfois fragiliser les personnages, qui ont du mal à se détacher de leurs références cinématographiques. Par exemple, le personnage de Bial aurait pu être plus développé si il n'avait pas été mis de côté au profit de la romance entre Alexandre et Esther.
Un Album Visuellement Impressionnant
"Les Enfants du ciel" est un bel objet en soi, avec un grand format, une reliure cartonnée et une couverture accrocheuse. Le dessin de Bernard Vrancken est précis et la colorisation immersive. L'album parvient à créer une atmosphère à la fois dense et passionnante, rappelant les films de l'Âge d'Or hollywoodien. Le dessin de Vrancken dresse une galerie de portraits saisissants dans un monde en crise, une Jérusalem déchirée par les conflits de la Seconde Guerre mondiale.
Des Réserves sur l'Intrigue et les Personnages
Malgré ses qualités visuelles, "Les Enfants du ciel" souffre de quelques déséquilibres dans son intrigue. La narration manque parfois d'entrain et les personnages manquent de profondeur. Ils semblent être des archétypes figés, inspirés par des acteurs et des actrices du cinéma hollywoodien. Ainsi, on lit "Les Enfants du ciel" plus pour son cadre et son contexte que pour ses personnages, qui restent froids et trop romancés pour convaincre pleinement.
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