Le placenta, véritable interface entre la mère et le fœtus, est un organe temporaire crucial au bon déroulement de la grossesse. Il assure les échanges nutritifs et gazeux indispensables au développement fœtal, tout en sécrétant diverses hormones. Parmi celles-ci, deux catégories d'hormones placentaires jouent un rôle primordial : les stéroïdes (progestérone et œstrogènes) et les hormones peptidiques (hCG et hPL). Cet article explore en détail le rôle et les fonctions de ces hormones placentaires essentielles à la grossesse.

Le Placenta : Un Organe d'Échanges Vitaux et un Producteur d'Hormones

Véritable connexion entre la maman et le bébé, le placenta est un organe unique qui joue un rôle essentiel durant la grossesse. Reliant l’embryon à la paroi utérine, le placenta permet d’alimenter le fœtus en oxygène, en hormones de croissance et en nutriments. Une fois sa mission terminée lors de la grossesse, il est considéré comme un déchet par le corps de la femme et doit être expulsé.

Le placenta est essentiel au bon déroulement de la grossesse. Il permet de maintenir le bébé en vie en assurant les échanges nutritifs et gazeux via le sang maternel. Il joue deux rôles principaux : maintenir la grossesse grâce à la sécrétion des hormones qui assurent le bon déroulement et le développement de la grossesse et filtrer les agressions extérieures (bactéries, virus, …). Le placenta reproduit le fonctionnement de certains organes non développés chez le fœtus jusqu’à ce qu’ils soient opérationnels.

Le placenta est un organe d’échanges vitaux in utéro entre la mère et le bébé. Il transmet l’oxygène, les nutriments, les protéines, les lipides, l’eau et les hormones nécessaires à la croissance de l’enfant via le cordon ombilical. C’est pourquoi on recommande aux femmes enceintes de ne pas consommer d’alcool durant leur grossesse et de ne jamais prendre de médicaments sans l’avis d’un professionnel de santé. Pour la mère, le placenta prend la forme d’une barrière immunologique pour éviter que son système immunitaire ne considère le fœtus comme un corps étranger à combattre. Il élimine également les déchets organiques produits par le bébé (urine, dioxyde de carbone, …). Le placenta produit de nombreuses hormones au cours de la grossesse, dont l’hormone de croissance placentaire et l'hormone lactogène placentaire, qui vise à préparer à la lactation. Il produit par ailleurs l'hormone chorionique gonadotrope, l’hormone placentaire qui permet de stopper les cycles menstruels de la femme enceinte. Enfin, le placenta va produire une quantité importante de progestérone pour éviter une naissance prématurée.

Les Hormones Stéroïdiennes Placentaires : Progestérone et Œstrogènes

La Progestérone Placentaire : Maintien de la Grossesse et Préparation à l'Accouchement

Elle est sécrétée essentiellement par le corps jaune gravidique jusqu’à la 9-10ème semaine. Dès le 4ème mois, la sécrétion placentaire intrinsèque suffit au maintien de la grossesse. La progestérone placentaire est métabolisée aux 3/4 dans l’organisme maternel, le 1/4 restant étant métabolisé par le fœtus. Son taux maximal de sécrétion est de 250 mg/jour à terme. Il existe une chute de la progestérone juste avant l’accouchement.

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Outre ses effets périphériques classiques (réduction du tonus de la musculature lisse, du tonus de l’estomac, de la motilité intestinale, du tonus vasculaire - augmentation de la température basale…), la progestérone induit pendant la grossesse un ramollissement au niveau du corps utérin et une hypertonie au niveau du col.

Rôle et Fonctions de la Progestérone :

  • Maintien de la grossesse : La progestérone est essentielle au maintien de la grossesse, notamment en favorisant la nidation de l'œuf fécondé dans l'utérus et en empêchant les contractions utérines précoces. Elle induit un ramollissement au niveau du corps utérin et une hypertonie au niveau du col, contribuant ainsi à maintenir l'utérus au repos.
  • Préparation à l'accouchement : Une chute de la progestérone est observée juste avant l'accouchement, ce qui contribue à déclencher le travail.
  • Autres effets : La progestérone a également d'autres effets périphériques, tels que la réduction du tonus de la musculature lisse, du tonus de l'estomac, de la motilité intestinale et du tonus vasculaire. Elle augmente également la température basale.

Les Œstrogènes Placentaires : Croissance Utérine et Préparation à la Lactation

À partir de la 8ème semaine de grossesse, le placenta est la source majeure d’œstrogènes maternels, en particulier d’œstriol. Le placenta humain est un tissu stéroïdogénique incomplet. Il fait intervenir la fonction maternelle et fœtale pour la réalisation de certaines réactions enzymatiques ou pour la fourniture de certains précurseurs. Le trophoblaste humain ne possède pas de cytochrome P450 17α-hydroxylase/17.20-lyase. Il ne peut convertir la prégnénolone et la progestérone en androgènes, eux-mêmes substrats pour la synthèse des œstrogènes. Il contribue à la production de l’œstrone et de l’œstradiol. Le S-DHEA est hydrolysé par une stérol-stéroïde sulfatase placentaire puis aromatisé en œstrogènes par le cytochrome P450 aromatase (P450 arom) du syncytiotrophoblaste. En revanche, la majorité de l’œstriol est synthétisée à partir du sulfate de 16α-hydroxy-DHEA fourni par le fœtus. L’œstriol (E3), le 17β-œstradiol (E2) et l’œstrone (E1) sont les trois hormones œstrogéniques les plus sécrétées pendant la grossesse. Leur synthèse nécessite la contribution du fœtus (en particulier des enzymes tel que la 17-hydroxylase et la sulfokinase). Le taux maximal de sécrétion des œstrogènes est de 30 à 40 mg/jour. À terme, la production journalière est de l’ordre de 40 mg. Fœtus et placenta agissent en symbiose et réalisent un système endocrinien autonome au sein de l’organisme maternel. Les œstrogènes combinent leurs effets avec ceux de la progestérone pour inhiber la lactation pendant la grossesse. Ils permettent la prolifération de l’endomètre, sont des inducteurs de la croissance utérine.

Rôle et Fonctions des Œstrogènes :

  • Croissance utérine : Les œstrogènes stimulent la prolifération de l'endomètre et sont des inducteurs de la croissance utérine, permettant ainsi à l'utérus de s'adapter à la croissance du fœtus.
  • Inhibition de la lactation : Les œstrogènes combinent leurs effets avec ceux de la progestérone pour inhiber la lactation pendant la grossesse, préparant ainsi les glandes mammaires à la production de lait après l'accouchement.

Les Hormones Peptidiques Placentaires : hCG et hPL

L'Hormone Chorionique Gonadotrope (hCG) : Maintien du Corps Jaune et Test de Grossesse

Elle est secrétée par le syncytiotrophoblaste dès le 7ème jour après la fécondation au moment de l’implantation. Les concentrations d’hCG maternelle augmentent progressivement. Elles augmentent très rapidement jusqu’à 8-10 semaines de gestation, avec un temps de doublement d’environ 31 heures, passent par un pic maximal vers la 10ème semaine puis diminuent très nettement au 3ème mois pour rester pratiquement stationnaires jusqu’à l’accouchement.

L’hCG est l’hormone essentielle de la grossesse. Elle est probablement l’une des toutes premières molécules complexes synthétisées par l’embryon. En début de grossesse, ses concentrations élevées (super-agoniste de la LH) permettent le maintien du corps jaune, qui de corps jaune cyclique devient corps jaune gravidique. Il assure le maintien de la sécrétion de progestérone ovarienne durant les 6 premières semaines de la grossesse.

Rôle et Fonctions de l'hCG :

  • Maintien du corps jaune : L'hCG est essentielle en début de grossesse car elle maintient le corps jaune gravidique, qui assure la sécrétion de progestérone ovarienne durant les 6 premières semaines de la grossesse.
  • Test de grossesse : L'hCG est détectable dans le sang et l'urine de la mère dès les premiers jours de la grossesse, ce qui en fait le marqueur utilisé dans les tests de grossesse.

L'Hormone Lactogène Placentaire (hPL) ou Hormone Chorionique Somatotrophique (HCS)

Elle est constituée d’une simple chaîne polypeptidique non glycosylée et présente une structure voisine de l’hormone de croissance hypophysaire. Elle est encore appelée hormone chorionique somatotrophique et mammotrophique humaine (HCS). L’augmentation de sa sécrétion au cours de la grossesse suit l’évolution de la masse placentaire. Son rôle physiologique reste mal élucidé. Elle aurait notamment un rôle d’antagoniste de l’insuline sur le métabolisme maternel favorisant ainsi l’apport de nutriments au fœtus.

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Rôle et Fonctions de l'hPL :

  • Antagoniste de l'insuline : L'hPL aurait un rôle d'antagoniste de l'insuline sur le métabolisme maternel, favorisant ainsi l'apport de nutriments au fœtus.
  • Autres rôles : Son rôle physiologique reste mal élucidé, mais elle pourrait également avoir des effets sur la croissance fœtale et le développement des glandes mammaires.

Hormone de croissance placentaire (GH)

En début de grossesse, la GH circulante chez la mère est d’origine hypophysaire. Après la première moitié de la grossesse, l’hormone placentaire remplace progressivement la GH hypophysaire qui devient indétectable. Il reste aussi mal connu.

Complications Possibles Liées au Placenta

Les complications du placenta sont peu fréquentes, mais peuvent mettre la santé du fœtus ou de la future mère en danger. Un suivi et des contrôles réguliers au cours de la grossesse sont nécessaires afin de dépister le risque de complications le plus tôt possible.

  • Le décollement placentaire ou trophoblastique: Le décollement placentaire est la complication la plus fréquente chez la femme enceinte. Il concerne 15 à 20 % des grossesses. Comme son nom l’indique, une partie du placenta rencontre une perte d’adhésion créant un hématome. On parle de décollement placentaire à partir du 2ᵉ trimestre. S’il survient avant, on parle de décollement trophoblastique.
  • Le placenta praevia: Phénomène relativement rare, le placenta praevia se caractérise par une mauvaise implantation totale ou partielle du placenta dans l’utérus. Le placenta se développe alors au niveau du col de l’utérus au lieu de s’insérer sur le fond et sur une face de l’utérus. Les risques liés au placenta praevia sont des complications au moment de la sortie du bébé et un risque d’hémorragie important. Un accouchement par césarienne peut être envisagé.
  • Le placenta accreta: Autre complication pouvant survenir durant la grossesse : le placenta accreta. Cette complication désigne la fusion ferme du placenta avec le muscle utérin. Si cela n’a le plus souvent aucun impact sur la grossesse, le principal risque est que la femme souffre d’une hémorragie vaginale au moment de la délivrance.

Le Placenta et le Développement Cérébral : Le Rôle de l'Alloprégnanolone (ALLO)

Plusieurs études ont montré que la prématurité augmentait le risque d’apparition de désordres neurodéveloppementaux tels que les troubles du spectre autistique (TSA). Plus la naissance est prématurée, plus le risque d’apparition de déficits moteurs ou cognitifs est élevé. Des chercheurs se sont penchés sur cette question et ont fait l’hypothèse que la perte prématurée du placenta pourrait jouer un rôle dans les déficits observés. Grâce au développement d’un nouveau modèle préclinique chez la souris, ils ont montré que la diminution significative d’une hormone placentaire, dont le cerveau en développement devrait normalement bénéficier dans la seconde moitié de la gestation, pourrait favoriser le risque d’apparition de troubles comportementaux qui pourraient s’apparenter aux troubles du spectre de l’autisme. Ces effets sont principalement observés chez les mâles.

Le placenta produit également des hormones, notamment des taux élevés d’alloprégnanolone ou ALLO (une hormone dérivée de la progestérone) à la fin de la grossesse. Environ un nouveau-né sur 10 naît prématurément et de fait est privé de taux normaux de cette hormone.

Des chercheurs ont créé un modèle de souris dans lequel ils ont été en mesure de réduire de manière sélective la production placentaire d’ALLO au cours de la gestation, afin que les souriceaux soient exposés à des taux placentaires d’ALLO insuffisants.

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L’équipe de chercheurs a ainsi découvert que la diminution de la concentration de cette hormone dans le placenta altérait le développement du cerveau sur le long terme, entraînant l’apparition de comportements de type autistique chez les descendants mâles.

En effet, bien que les fœtus mâles et femelles aient été, les uns comme les autres, soumis à une insuffisance d’ALLO, seuls les souriceaux mâles ont présenté des comportements de type autistique après la naissance, notamment des difficultés d’interaction avec les autres animaux et des stéréotypes moteurs. Les chercheurs ont ensuite analysé leur développement cérébral et suivi les conséquences de cette insuffisance sur leur comportement jusqu’à l’âge adulte.

Les souris mâles ayant reçu des taux placentaires d’ALLO insuffisants présentaient des modifications structurelles du cervelet, une région du cerveau impliquée dans la coordination des mouvements et qui a également été liée à l’autisme.

« En particulier, nous avons observé un épaississement de la gaine de myéline, le revêtement qui protège les fibres nerveuses et accélère la propagation de l’influx nerveux », a indiqué Claire-Marie Vacher. « On sait que des changements comparables ont été observés de manière transitoire dans le cervelet de certains enfants de sexe masculin souffrant d’autisme. »

Des similarités avec les tissus humains ont permis de mettre en évidence des modifications similaires au niveau de la gaine de myéline spécifiquement pour les nourrissons masculins lorsque le cervelet de prématurés était comparé au cervelet de nourrissons nés à terme. Cette étude est une première étape importante pour comprendre comment les hormones placentaires peuvent contribuer au développement cérébral et comportemental chez l’homme.

L’étude a également permis de mettre en évidence que les changements affectant la structure du cervelet et les comportements chez les souris pouvaient être évités par l’injection d’ALLO à la fin de la gestation.

Les chercheurs ont constaté qu’une injection d’ALLO chez la mère au cours de la gestation pouvait prevenir les comportements de type autistique dans leur modèle préclinique. Des résultats similaires ont été observés après une injection de muscimol, un composé qui active les récepteurs GABA-A - les mêmes récepteurs qui réagissent à l’ALLO. Avec ces traitements, les chercheurs ont également constaté une normalisation des niveaux de protéines de la myéline dans le cervelet.

« Notre étude offre de nouvelles perspectives intéressantes sur l’implication de la perte d’hormones placentaires-qui se produit en cas de naissance prématurée ou si le placenta ne fonctionne pas correctement au cours de la grossesse-sur le risque de désordres neurodéveloppementaux et comportementaux chez l’enfant», indique l’auteure principale, Claire-Marie Vacher.

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