La grossesse est souvent perçue comme une période de joie et d'épanouissement, mais elle peut aussi être une source de stress importante pour de nombreuses femmes. Des études récentes se sont penchées sur le lien entre le stress maternel et le risque de fausse couche, mettant en lumière l'importance de la prise en charge psychologique pendant la grossesse. Cet article explore les causes et les conséquences du stress pendant la grossesse, le lien avéré avec les fausses couches, et les solutions pour gérer ce stress et améliorer le bien-être des futures mamans.

Le stress pendant la grossesse : Une réalité complexe

Être enceinte ne signifie pas toujours être épanouie et sereine. Parfois, le stress pointe le bout de son nez. La grossesse est une période unique et pleine de rebondissements, et comme chaque aventure, elle offre son lot de moments plus difficiles à vivre. Des épisodes de stress peuvent survenir pour diverses raisons. Le premier trimestre de grossesse est souvent riche en émotions, dû à l'augmentation du taux de progestérone nécessaire au bon développement de l'embryon. De plus, l'annonce d'une grossesse signifie un important changement de vie, ce qui peut faire peur et générer du stress chez de nombreuses femmes. Différents facteurs externes peuvent également provoquer un stress chez la femme enceinte.

L'anxiété, quant à elle, est le fait de ressentir une sensation de stress de façon constante et diffuse. Si vous êtes de nature anxieuse, un suivi psychologique dès le début de votre grossesse est recommandé. Certains emplois sont parfois source de stress. Il est important de se rappeler qu'être enceinte ne signifie pas devenir bouddha. Il est humain de ressentir des émotions, particulièrement lors de la grossesse. Le premier trimestre étant propice aux sautes d'humeur, il est normal de devenir irritable, voire de s'énerver.

Le lien entre stress et fausse couche : Ce que disent les études

Plusieurs études se sont intéressées au lien entre le stress psychologique et le risque de fausse couche. Une étude publiée en 2017 dans la revue Scientific Reports démontre un lien entre stress et fausse couche. Une méta-analyse récente a également révélé que les antécédents de stress psychologique augmenteraient le risque de fausse couche de 42 %.

Pour établir cette association, les chercheurs ont procédé à une analyse systématique de la documentation scientifique existante et à une méta-analyse. Une recherche documentaire a été menée pour identifier les études signalant une fausse couche chez les femmes avec et sans antécédents d'exposition au stress psychologique et 8 études ont été jugées adaptées à l'analyse.

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Les chercheurs ont ainsi constaté que le risque de fausse couche était significativement plus élevé chez les femmes ayant des antécédents d'exposition au stress psychologique. Cela comprend des défis psychologiques préalables tels que l'expérience de traumatismes émotionnels, les problèmes sociaux, les préoccupations concernant l'argent, la dysharmonie du couple, la charge trop importante de travail et les changements importants dans la situation personnelle (divorce, décès) ainsi que les fausses couches antérieures. Les auteurs suggèrent que l'association entre stress et fausses couches pourrait résulter de l'activation et de la libération de plusieurs hormones du stress impactant certaines des voies biochimiques indispensables au maintien de la grossesse.

Le Dr Brenda Todd, coauteur de l'étude, a déclaré : « Alors que les anomalies chromosomiques sous-tendent de nombreux cas d’avortement précoce, les résultats de cette méta-analyse soutiennent l’idée qu'un haut niveau de stress psychologique avant et pendant la grossesse est également associé à une fausse couche. Les résultats actuels montrent que ces facteurs psychologiques pourraient augmenter le risque d'environ 42%. »

Il est important de noter que de nombreux cas de fausse couche ne sont pas signalés, en particulier ceux impliquant une perte prématurée du fœtus, ce qui signifie que l'incidence peut être encore plus élevée.

Conséquences psychologiques des fausses couches

Si fréquents soient ces avortements spontanés, leurs répercussions psychiques sont encore mal appréhendées. Une étude de cohorte, multicentrique et prospective a révélé la fréquence élevée des troubles psychiques survenant après un avortement spontané, qu'il s'agisse d'anxiété, de symptômes dépressifs et, tout particulièrement, de stress post-traumatique (PTSD).

Au fil du temps, les trois types de symptômes ont persisté tout en diminuant chez les patientes ayant eu une perte fœtale précoce. Ainsi, à trois mois, 21 % avaient un PTSD, 23 % une anxiété modérée à sévère et 8 % une dépression modérée à sévère. Cette étude confirme donc la fréquence élevée des troubles psychiques survenant après un avortement spontané, qu'il s'agisse d'anxiété, de symptômes dépressifs et, tout particulièrement, de stress post-traumatique.

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Pour les auteurs, ce constat doit conduire à envisager systématiquement la survenue possible de troubles psychiques après une fausse couche. Leur repérage permettrait alors de mettre en place un traitement adapté. La fréquence particulière du PTSD est aussi à souligner, en raison de ses multiples conséquences : impact sur la qualité de vie, les relations sociales, la capacité au travail, le risque suicidaire, les grossesses ultérieures. En outre, ce syndrome nécessite une approche thérapeutique très spécifique.

Les conséquences psychologiques de la fausse couche dépendent de divers paramètres : accès à l’information, niveau de reconnaissance par les soignants de la perte vécue, insatisfaction quant à l’accompagnement prodigué, ou encore soutien social reçu, notamment par le partenaire. Le trouble de l’adaptation survient lorsqu’une personne a du mal à s’ajuster à un évènement de vie éprouvant. Les résultats montrent que les personnes ayant vécu une fausse couche présentent le même niveau de difficultés psychologiques que celles ayant vécu un autre évènement de vie stressant.

Solutions et prise en charge du stress pendant la grossesse

Soutien psychologique

Plusieurs études ont démontré l'utilité et l'efficacité d'une intervention de soutien à la suite d'une fausse couche. Bien que les femmes ne recherchent pas de soutien spécifique d'elles-mêmes, elles souhaitent néanmoins recevoir de l'aide et semblent en bénéficier.

Une intervention de soutien brève et précoce, intégrant des composantes issues des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), a été mise en place auprès de femmes ayant subi une fausse couche. Trois semaines après la fausse couche, les femmes ayant bénéficié de l'entretien immédiat avaient moins d'anxiété et de stress post-traumatique.

Concrètement, il s’agirait de proposer des consultations ou des ateliers en groupes au cours desquels les couples seraient informés sur les émotions (colère, tristesse, stress) qu’ils peuvent ressentir suite à cet évènement. Lors de l’évaluation psychologique, questionner le patient sur la façon dont la fausse couche vient s’inscrire dans son parcours et son projet de vie peut également permettre de dégager d’autres thématiques de travail. Qui plus est, envisager la fausse couche comme un trouble de l’adaptation permet aussi de proposer des thérapies structurées sur les souvenirs douloureux de l’évènement, telles que la thérapie narrative. L’exposition répétée à ce script narratif, en séance, dans un lieu sécurisé, est l’une des bases de la thérapie cognitivo-comportementale et permet de « digérer » émotionnellement les évènements difficiles.

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Si vous ressentez un pic de stress que vous n'arrivez pas à calmer, voire de l'angoisse, vous pouvez téléconsulter dès maintenant un médecin ou un psychologue. Libérez vous de votre stress, parlez-en à un psychologue depuis chez vous.

Initiatives et programmes de soutien

Fréquentes, les fausses couches sont parfois banalisées par l’entourage et les soignants. Le texte prévoit la mise en place d’un « parcours interruption spontanée de grossesse », associant médecins, sages-femmes et psychologues, hospitaliers et libéraux, afin d’améliorer le suivi médical et psychologique des personnes confrontées à une fausse couche, à partir du 1er septembre 2024. Ladite prise en charge consiste notamment en un accès facilité à un suivi psychologique, pouvant se faire via le programme Mon Soutien Psy (dans ce cas, sages-femmes et médecins peuvent prescrire des séances).

Parallèlement à cette évolution législative, les recherches sur les difficultés d’adaptation à la suite de la fausse couche doivent se poursuivre. Financée à hauteur de 348.321 euros par ReSP-Ir, soutenue par le ministère de la Santé, elle a pour but d’évaluer, chez les femmes ayant vécu une fausse couche précoce, l’intérêt d’une prise en charge psychologique précoce et courte sur l’anxiété, la dépression et le trouble de stress post-traumatique à trois mois et six mois.

L'étude MisTher, promue par l’Université de Reims Champagne-Ardenne (Urca), est une étude clinique randomisée qui recherche mille participantes sur tout le territoire français. « Des femmes ayant fait une fausse couche précoce, quel que soit leur vécu de cet arrêt de grossesse. » Toutes les femmes participantes complètent un questionnaire axé sur l’anxiété, le stress post-traumatique et la dépression, à trois et six mois. La moitié d’entre elles bénéficie d’un suivi psychologique en distanciel, par téléphone ou en visio, avec jusqu’à quatre rendez-vous proposés par une psychologue clinicienne. L’accompagnement est centré sur la perte de grossesse, « l’important étant de leur offrir un espace d’écoute bienveillant où poser des mots sur ce qu’elles vivent ».

Conseils pour gérer le stress au quotidien

  • Parlez-en à vos proches: La grossesse est une période unique durant laquelle vous pouvez vivre des moments agréables comme des moments plus difficiles. Il est important de pouvoir compter sur vos proches. En cas d'épisode de stress, faites part de votre état émotionnel à une personne de votre entourage.
  • Prenez soin de vous: L’anxiété peut signifier que l’on ne s’occupe pas aussi bien de soi qu’on le devrait, ce qui peut nuire à notre santé en général et compromettre celle d'un bébé à naître.
  • Identifiez et évitez les sources de stress: Nous connaissons tous les hauts et les bas de la vie et les tracas quotidiens ne devraient pas être néfastes. Nous espérons que les résultats de l'étude aideront les individus, leurs familles et leurs employeurs à savoir que des niveaux de stress très élevés devraient être évités au début de la grossesse.
  • Utilisez des outils de régulation émotionnelle: La psychologue clinicienne impliquée dans l'étude MisTher fournit des outils de régulation émotionnelle, favorise la verbalisation autour de l’événement et l’expression des besoins de soutien.

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