La question de savoir si le Rassemblement National (RN) est un parti anti-avortement suscite un débat complexe, marqué par des positions parfois contradictoires et une évolution notable au fil du temps. Alors que le parti cherche à dédiaboliser son image et à élargir son électorat, son positionnement sur les droits des femmes, et en particulier sur l'avortement, reste une source de préoccupation pour de nombreuses associations féministes et observateurs politiques.
Évolution Historique et Positions Actuelles du RN sur l'IVG
Historiquement, le Front National (FN), ancêtre du RN, affichait une ligne ouvertement anti-avortement. Jean-Marie Le Pen, son fondateur, se déclarait « chrétien, donc […] par principe contre l'avortement » et demandait à plusieurs reprises l'abrogation de l'IVG. Cette position tranchée s'est progressivement nuancée sous la direction de Marine Le Pen, qui a cherché à moderniser l'image du parti.
Aujourd'hui, le RN affirme ne pas s'opposer au droit à l'avortement, mettant en avant la loi Veil et soulignant que Marine Le Pen n'a pas demandé son retrait pendant sa campagne présidentielle. Jordan Bardella a même déclaré que « nous devons refuser qu’une seule femme en France puisse un jour s’inquiéter de voir un de ses droits reculer ».
Cependant, cette affirmation se heurte à plusieurs contradictions et nuances. En 2011, Marine Le Pen avait émis son souhait de dérembourser l'IVG, fustigeant des « avortements de confort ». Bien qu'elle soit revenue sur ces propos par la suite, elle a maintenu une critique des « dérives » et des « avortements multiples ». De plus, certains élus du RN ont tenu des propos ouvertement anti-avortement, comparant l'avortement à un génocide ou aux « crimes de Daesh ».
Les Votes du RN : Une Position Ambivalente
Les votes des parlementaires du RN, tant au niveau national qu'européen, révèlent une position ambivalente sur la question de l'avortement.
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Au Niveau National
Lors du vote à l'Assemblée nationale pour l'inscription de l'IVG dans la Constitution, le RN a été le parti le plus divisé, avec des votes pour, contre et des abstentions. Marine Le Pen elle-même, malgré son vote en faveur de la loi, a estimé que ça « ne sert à rien ». De plus, la volonté exprimée par certains élus d'extrême droite de couper les subventions du Planning familial soulève des interrogations quant à leur engagement réel en faveur de l'accès à l'avortement.
Au Parlement Européen
Au niveau de l'Union européenne, les eurodéputés RN n'ont pas soutenu la résolution d'inscription du droit à l’avortement dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adoptée en avril. Jordan Bardella, à l'instar de nombreux autres députés du groupe ID, s'est abstenu, tandis que la grande majorité d'entre eux ont voté contre. En 2020 puis 2022 déjà, le RN s'était déjà opposé à la condamnation de la Pologne, qui avait interdit de fait l'avortement en-dehors des cas de grossesse suite à un inceste ou une agression sexuelle ou de mise en danger directe de la santé de la mère.
En outre, les eurodéputés RN ont voté contre une résolution prévoyant des formations contre le harcèlement sexuel au sein des institutions de l’Union européenne. Ils se sont également abstenus lors du vote sur la « Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique » dite Convention d’Istanbul, ainsi que sur la « Directive européenne sur la transparence et l’égalité des rémunérations ».
Alliances Européennes et Droits des Femmes
Les alliances du RN au Parlement européen, notamment avec des partis d'extrême droite comme la Lega de Matteo Salvini en Italie et l'AFD (Alternative für Deutschland) en Allemagne, suscitent également des inquiétudes quant à son engagement en faveur des droits des femmes. Ces partis ont souvent des positions conservatrices sur les questions de genre et d'avortement.
En Italie, le gouvernement de Georgia Meloni, soutenu par la Lega, a pris des mesures qui entravent l'accès à l'avortement, notamment en permettant aux militants anti-avortement d'entrer dans les centres de consultation familiale pour dissuader les femmes d'avorter.
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Une Instrumentalisation du Féminisme à des Fins Racistes ?
Certains observateurs accusent le RN d'instrumentaliser le féminisme à des fins racistes. Ils soulignent que les représentants du RN s'émeuvent des agressions subies par des femmes dans l'espace public uniquement lorsque les agresseurs ne sont pas français, ou pas blancs. Cette approche sélective des violences faites aux femmes est dénoncée comme une manière d'entretenir l'idée fausse selon laquelle les hommes qui agressent des femmes sont des inconnus qui surgissent dans les parkings ou dans les bois, alors que la majorité des violences sont commises au sein de la cellule familiale.
Le RN et l'Égalité Professionnelle : Abstentions et Votes Contre
Sur les sujets ayant trait à l'égalité de rémunération entre les femmes et les hommes, les députés et eurodéputés RN s'abstiennent ou votent contre. En 2023, le groupe RN à l'Assemblée nationale a été le seul à voter contre la proposition de loi visant à renforcer l'accès des femmes aux responsabilités dans la fonction publique. Et ils n'ont pas pris part au vote de la loi Rixain visant l'égalité femmes-hommes dans les entreprises. Les eurodéputés RN et Reconquête ! ont également voté contre l'instauration d'un salaire minimum européen qui serait adapté à chaque pays.
Le RN et les Droits LGBT : Une Opposition Constante
Le RN s'est toujours opposé à l'avancée des droits LGBT, de la dépénalisation de l'homosexualité au mariage pour tous, en passant par le Pacs ou la PMA. Des exemples de mesures prises par l'extrême droite lorsqu'elle accède au pouvoir, comme la création de « zones sans LGBT » en Pologne et la suppression des subventions aux associations LGBT en Hongrie, suscitent de vives inquiétudes.
Une Vision Traditionnelle de la Femme
Le RN défend une vision traditionnelle de la femme, perçue avant tout comme une mère de famille. Jordan Bardella a affirmé vouloir lutter contre les déserts médicaux, en particulier gynécologiques, car elle constitue un « outil de consolidation de la France ». Le RN imagine un prêt de l'État de 100 000 euros à taux zéro pour les « jeunes familles françaises », qui serait « transformé en subvention » dès la naissance du troisième enfant.
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