Introduction

Le journal Le Progrès est bien plus qu'un simple recueil d'informations. Il est le reflet d'une époque, un témoin des mutations sociales, politiques et économiques. À travers ses pages, on peut retracer l'histoire d'une région, d'une ville comme Oyonnax, et observer l'évolution des mentalités. Des avis de naissance aux annonces de décès, en passant par les articles scientifiques et les faits divers, Le Progrès offre un panorama complet de la vie locale et de son inscription dans un contexte plus large. Cet article explore les différentes facettes de ce journal, en s'appuyant sur des exemples concrets et des analyses historiques.

Le Progrès : Un Acteur de la Vie Locale

Avis de décès et hommages

Libra Memoria réunit les avis de décès publiés dans la presse et transmis par les pompes funèbres. Ces avis ne sont pas de simples annonces, mais de véritables témoignages de vies riches et pleines d'amour. À travers les obsèques ou les hommages en ligne, chaque mot révèle l'empreinte profonde laissée dans nos cœurs par ceux qui nous ont quittés.

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La Fièvre du Progrès au XIXe Siècle

Un mal du siècle

La fièvre du progrès semble se développer dès le début du XIXème siècle, les découvertes techniques et les avancés scientifiques sont un terrain propice à l’apparition de ce « mal ». Le mal du siècle, dont on parle tant dans les journaux et les livres actuels, et que d’aucuns, prenant sans doute l’effet pour la cause, font remonter à l’âme scandinave, à la misanthropie, au pessimisme qui s’infiltrent en nous de plus en plus, que d’autres, mieux avisés et plus positifs, attribuent à la tension exagérée et continuelle de nos nerfs, prématurément détraqués par le « struggle for life »; ce mal enfin dont les économistes cherchent les origines dans les habitudes de luxe et les appétits de jouissance qui se sont emparés aujourd’hui des plus humbles, a peut-être tout simplement sa source dans un sentiment inséparable de notre nature, mais poussé dans ces derniers temps à son paroxysme : la curiosité.

La curiosité comme moteur

Cet extrait d’un article intitulé : La Curiosité, et paru dans Le Passe-Temps, décrit parfaitement ce que l’auteur Franz Foulon appelle le mal du siècle. Déjà il signale les premiers symptômes : La fièvre d’information qui sévit actuellement dans tous les journaux est une des expressions les plus caractéristiques de cette curiosité… Nous sommes alors en 1869 et la France est marquée par des bouleversements politiques, les progrès techniques et la généralisation de l’instruction pour tous. Le paysage de Lyon, active protagoniste de ces révolutions, est aujourd’hui le fruit de ces nombreuses mutations industrielles, politiques et sociales.

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Reflet d'une époque

Au seizième siècle, on disait : c’est grand ; au dix-septième, on disait : c’est beau ; au dix huitième : c’est spirituel. Aujourd’hui nous disons : c’est curieux. Ces deux mots sont le reflet d’une époque. Malgré les réformes, le savoir ne se diffuse pas facilement dans toutes les classes sociales, et il lui faut quelques années pour toucher la majorité. Les livres circulent mais dans un cercle relativement fermé et c’est grâce aux recueils hebdomadaires, aux encyclopédies, aux collections en plusieurs volumes ou encore aux dictionnaires que les connaissances entament leur diffusion. On trouve aussi dès le début du siècle des almanachs, ces calendriers traditionnellement distribués par les colporteurs, qui reprenaient les grandes dates, les fêtes religieuses, les éphémérides et aussi des renseignements divers comme des recettes de cuisine ou des astuces. Par la suite, elle se lance elle-même dans des publications populaires, tout est bon pour attirer le lecteur. Mais au départ la presse est soumise à une censure.

L'évolution de la presse

Au cours du XIXème plusieurs lois sont édictées et en 1810, conformément à la loi du 3 aout 1810, le département du Rhône ne dispose plus que d’un seul journal : Le Journal de Lyon et du département du Rhône. Les quotidiens ont été relancés par la Restauration de Juillet et s’épanouissent sous la monarchie de Juillet, des collectifs de journalistes se réunissent autour d’un rédacteur en chef et représentent un courant politique. Les opinions peuvent s’exprimer plus librement et plusieurs titres de tendances politiques opposées aux régimes apparaissent. La Glaneuse est par exemple un organe d'expression du mouvement radical. Le Précurseur propage les idées républicaines de son rédacteur et les colporteurs contribuent à sa large distribution. La rédaction se revendique des principes révolutionnaires de 1789 et des théories libérales.

Le Censeur

Le 20 novembre 1834 paraît le premier numéro du Censeur suite à un arrangement conclu entre le propriétaire du Précurseur, arrêter plus tôt la même année pour que la publication de ce premier reprenne la suite de ce dernier. Il reprend la ligne éditoriale de son prédécesseur ainsi que sa ligne politique libéral tout en corrigeant le reproche fait à son prédécesseur de négliger les intérêts locaux. Il affiche clairement son patriotisme lyonnais et sera l’un des principales opposant du ministère de Guizot. Il faut noter que dans les campagnes comme à la ville, l’achat du journal témoigne souvent d’un geste politique et participe aux prémices de la consommation de masse.

Information vs. Instruction

Mais informer c’est se situer dans une logique d’événementielle, c’est rassembler des faits qui vont demeurer extérieur au lecteur tandis que l’instruction repose sur un travail d’appropriation par le lecteur. Les sujets d’actualité locale se mélangent avec des faits scientifiques, mais dans les publications de la presse il s’agit de livrer des connaissances élémentaires à des autodidactes, en prenant soin d’être compréhensible par tout les publics : le vocabulaire et l’écriture doivent donc être adaptés.

Vulgarisation des savoirs

Bien que le terme ne soit apparu que véritablement à partir de 1830, il s’agit bien de vulgariser les savoirs et de les rendre accessible à tous. On parle d’abord de popularisation des connaissances, on essaie de rendre accessible les connaissances plus largement sans négliger de distraire son lecteur par la même occasion. Des savants se regroupent et tentent de rassembler et de répandre les lumières propres à procurer à la classe inférieure du peuple le genre d'éducation intellectuelle et morale le plus approprié à ses besoins. Cet article de 1833 qui s’adresse aux pères de famille correspond à l’ouverture des écoles publiques à Lyon. Sous l’égide de la Société philanthropique intellectuelle du Rhône, elle incite les parents à placer leurs enfants à l’école et donne aussi des détails précis sur les horaires et le fonctionnement gratuit de celle-ci. C’est ainsi que le savoir se propage de deux manières. D’un côté, les philanthropes créent des sociétés qui visent à promouvoir les sciences et les innovations, à travers diverses subventions ou concours. Ils s’appliquent ainsi à démocratiser le savoir dans les classes populaires. De l’autre côté, les spécialistes diffusent les progrès scientifiques dans un cercle fermé d’érudits. Il faut néanmoins attendre que la profession de journaliste se généralise pour voir apparaitre de véritables journalistes scientifiques qui font de la vulgarisation leur cheval de guerre.

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Vulgarisation scientifique

Au début, aucune rubrique à part entière n’existe : les explications sont ponctuelles, fortement liées à l’actualité. Dès 1821 on trouve l’insertion ponctuelle d’une rubrique Sciences et Arts - Physique dans le Journal de Lyon et du midi, avec par exemple ici un article sur l’électricité et les fluides électriques de M. Tandis que le vulgaire des observateurs est porté à supposer autant de substances que de propriétés diverses, les vrais interprètes de la nature cherchent à ramener à un très-petit nombre de causes les phénomènes de l’univers. Parmi ces derniers, est notre illustre M. Ampère, de l’institut de France, et professeur à l’école polytechnique. Il vient de prouver que le fluide magnétique et celui de l’électricité étaient identiques ; et cette vérité, il l’a établie sur une série d’expériences qui ont été faites à Paris, sous les yeux de plusieurs membres de l’académie des sciences, et répétées, le 27 octobre dernier à Lyon, au palais St-Pierre, en présence d’une nombreuse assemblée de savans et d’amateurs.

André-Marie Ampère

Mathématicien, physicien, chimiste et philosophe français, c’est un savant complet, au sens des Lumières. Il se consacre d’abord aux équations aux différentielles partielles, il obtient après la publication de ses "Considérations sur la théorie mathématique du jeu", la chaire de mathématiques et d'astronomie du nouveau lycée de Lyon. Egalement formé en botanique et en chimie, il travaille notamment à la distinction des atomes et des molécules (Loi d’Avogadro-Ampère), quelques années avant de commencer ses recherches sur les rapports entre phénomènes magnétiques et électriques. Il est aujourd’hui considéré comme le précurseur de la mathématisation de la physique, comme le créateur du lexique électrique, on donna même son nom à l’unité internationale de l’intensité du courant électrique : l’ampère.

L'éclairage électrique

…l’éclairage électrique, est enfin arrivée à un degré de perfection qui semble difficile à dépasser dans l’avenir. On sait que la Compagnie générale de Travaux d’Eclairage et de Force, que dirige aujourd’hui M. Clémançon, petit-fils du fondateur de la maison, et qui tient à Paris une place si considérable dans ce genre d’industrie, avait été chargée par le Concessionnaire général, M. Claret, de l’installation de tous les services électriques de l’Exposition et des annexes. Nous devons constater qu’elle à rempli sa mission à la satisfaction de tous, en exécutant, en moins de trois mois, ce gigantesque travail. Cette constatation est le plus grand éloge que nous puissions faire de la science de ses ingénieurs et de l’habileté de ses ouvriers.

Rapports et solutions aux problèmes quotidiens

Les journaux sont aussi les colporteurs de rapports, qui ne font toujours pas l’objet de rubrique spéciale mais ponctuent la rubrique Variétés. Les explications techniques sont présentes, pour être à la page du progrès. On propose également des solutions aux problèmes quotidiens sous forme de correspondance qui finissent dans le journal. Variétés : Rapport fait a l’Académie de Royale des Sciences, Art et Belles-Lettres de Lyon. Rapidement, la presse quotidienne s’applique elle aussi à produire des contenus scientifiques à vocation grand public. Dès 1860, la plupart des journaux disposent d’une rubrique spécialisée ou au moins d’une rubrique du type variétés qui regroupent les faits divers et les explications scientifiques. Toutes ces démarches commencent à évoquer la presse moderne, les raisonnements rationnels et scientifiques émergent des lumières, mais le sérieux de ces articles est encore entaché par les encarts publicitaires de certains pharmaciens à la limite du charlatanisme. Les discours se calquent sur ceux des experts et le vocabulaire médical est utilisé bien au-delà d’une application scientifique réelle et plonge le lecteur dans un flou lexical. Véritables Pastilles de Vichy.

Ambiguïtés et contradictions

Un exemple flagrant du brouillard qui flotte sur la vulgarisation est le suivant : la juxtaposition sur la même page de deux articles de la Tribune Lyonnaise du 15 octobre 1850. L’un est parfaitement scientifique et rigoureux, l’autre prête à sourire puisque c’est une critique acerbe de l’utilisation du parapluie qui mettrait en péril la résistance et la santé des hommes. De l’électro magnétisme et De l’influence du parapluie sur l’organisme humain, Considération physiologique.

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Le Progrès : Un Acteur de Médiation Sociale

Crises sociales et révoltes des Canuts

La presse est également actrice d’une médiation sociale. La situation politique et sociale du XIXème siècle est ponctuée de crise, dont les plus caractéristiques, sont, à Lyon, les révoltes des Canuts de 1831 et 1834. Le commerce des soies italiennes qui traversaient Lyon depuis le XVème siècle a fait naître une véritable industrie du textile. L’industrie textile est composée au sommet de grands négociants que l’on appelle fabricants ou soyeux qui dirigent la fabrique. Ils font travailler un peu moins d’un millier de maîtres artisans tisserands qu’on appelle les canuts, qui eux-mêmes emploient environ 30 000 compagnons, souvent logés avec eux. Les conditions de vie sont rudes et on établit la plupart des ateliers dans les maisons des Pentes de la Croix Rousse, le Vieux Lyon ou encore Vaise et la Guillotière. La crise que la fabrique lyonnaise a eu à subir, en rendant témoignage des garanties précieuses qu’elle offre, lui à révélé à elle-même le secret d’un avenir nouveau. Des combinaisons plus variées, des mélanges, des tissus tantôt plus brillants, tantôt plus solides, sont venus, comme autant de branches productives, raviver cette source qui répand l’abondance et la richesse sur tant de familles laborieuses.

Information et politique

L’effervescence ambiante stimule aussi le besoin d’information. Les journaux essaient d’appréhender la population pour l’informer politiquement. Le rejet des métiers à tisser de Jacquard est notamment la conséquence d’un manque d’information, le symptôme d’une carence culturelle dont la presse se fait fort d’expliquer la véritable nature. Au commencement de notre siècle, il voyait sa découverte méconnue, ses intentions incomprises ; sa personne même était en butte aux injures et aux menaces des ouvriers tisseurs. Trois d’entre eux le poursuivent un jour sur le quai Saint-Claire et ne tentèrent rien moins que de le jeter dans le Rhône, lui reprochant d’avoir, par son invention, enlevé le travail à la classe ouvrière….Jacquard, plus heureux que tant d’autres génies créateurs, fut témoin des immenses résultats amenés par son immortelle invention. Non-seulement il enrichit son pays, mais il fit une révolution dans le bien-être et la santé de la population ouvrière. De rabougrie, de contrefaite et de maladive qu’elle était, cette classe de travailleurs devint, par la seule simplification des ressorts du métier, plus valide, plus aidée et plus intelligente. Le Censeur [1834], Vendredi 21 août 1840.

Curiosité et engouement pour les sciences

Mais la vulgarisation n’est pas née dans l’objectif d’apaiser les foules en colère mais pour répondre à la curiosité grandissante de la société. On veut tout savoir sur tout et s’ensuit un engouement pour les sciences et le progrès. En 1824, la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale propose un prix de 6000 Francs pour la fabrication d’un bleu outremer réunissant toutes les qualités de celui qu’on tire du Lapis-Lazuli. Cette publicité pour ce colorant constitue un bonne exemple, mis au point par le chimiste Jean Baptiste Guimet qui en 1837 vient installer son usine à Fleurieu-sur-Saône. Jusque là, les colorants étaient tous d’origine naturelle, le bleu ainsi obtenu par le scientifique vient remplacer le bleu dit « outremer » et qui était extrait du lapis-lazuli, une pierre semi-précieuse. Son fils, Emile Guimet, continuera de faire prospérer l’entreprise et en 1878, on ne compte pas moins de 150 personnes pour une production de 1000 tonnes d’outremer. Le pigment, aux propriétés anti-jaunissement, sera principalement utilisé par l’industrie du papier et par les blanchisseurs.

Essor de la chimie

La chimie connaît ainsi un succès grandissant et se développer dans toute la région Rhône-Alpes, permettant l’essor de la science mais aussi du cinéma. Les usines livrent souvent des produits semi-finis ou des sous produits qui deviennent la matière première d’autres usines, créant ainsi une chaîne de production dans la région. Au sommet de la chaîne, on trouve très peu de produits de base (pyrites, spath, sel marin, phosphates, chaux, charbon, pétrole, os et déchets animaux, cellulose). La circulation de ces produits définit en partie la géographie régionale, influencée d’autre part par les échanges administratifs et les aides financières et techniques. De nouveaux matériaux entrent en circulation e…

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