Le 2 mars, sans crier gare, PNL a lancé Que La Famille, un projet qui allait marquer le début d'une ascension fulgurante. Formé par Ademo et N.O.S, deux frères originaires des Tarterêts, PNL (Peace N' Lovés) a rapidement captivé l'attention du public et des médias, s'imposant comme un acteur majeur d'une industrie musicale en constante évolution. Avec quelques extraits et des millions de vues au compteur, Le Monde Chico s'est annoncé comme l'album le plus attendu de l'année.

Un OVNI Musical

À une époque où le rap français était dominé par les influences trap de Chicago et d'Atlanta, l'arrivée de PNL a créé une véritable onde de choc. Que la Famille, leur premier projet, a servi de manifeste pour ce duo fraternel. Leur style unique se caractérise par une utilisation aérienne de l'auto-tune, couplée à des productions planantes. Ce mélange crée un univers sonore singulier, un conte moderne racontant la vie de deux dealers des Tarterêts.

Fort du succès de Que la Famille, Le Monde Chico, leur deuxième projet, était attendu avec impatience. L'éclosion d'un second projet est toujours un moment délicat pour un artiste, car il doit éviter les pièges d'un format trop long, trop fouillis ou trop répétitif. Avec une "tracklist" de 17 titres et près d'une heure et quart de musique, les doutes étaient permis.

Un Voyage à Travers le Monde Chico

La force du Monde Chico réside dans sa capacité à nous faire voyager. Pour une dizaine d'euros, l'auditeur est transporté dans différents univers. Dans "Mexico", on retrouve l'atmosphère du duel entre O-Ren Ishii et The Bride dans Kill Bill. Un morceau plus loin, les cuivres du New York de Spike Lee nous déposent sur "La porte de Mesrine". Puis, on enfourche une moto sortie de Tron dans "Dans ta rue". Cette diversité musicale est d'autant plus intrigante que les producteurs ne sont pas crédités sur le livret de l'album.

Malgré cet exotisme sonore qui tranche avec le reste du rap français, le thème central de l'album reste la vie de dealer menée par les deux frères. Alors que certains pourraient y voir une redondance et un manque d'inspiration, PNL apporte une sensibilité et une perspective singulière sur un sujet souvent déshumanisé. Le groupe nuance les propos tenus habituellement dans le rap, où le deal est présenté comme l'affaire de gros durs sans émotions.

Lire aussi: L'avortement aux États-Unis : une analyse juridique

L'Humanité Derrière le Deal

Le jeu sur l'auto-tune et la fragilité de la voix des deux artistes, en particulier celle d'Ademo, apporte une finesse dans l'interprétation de leurs activités illégales. "C'est sale quand je vends la came, mais bon ne croyez pas que je kiffe, des remords quand je suis à table", rappe Ademo dans "Oh Lala". Ce vers résume toute la complexité de leur situation de dealer. Ils assument pleinement leur état de fait, mais sont tiraillés par des remords.

PNL exprime ses tourments tout au long de l'album. La précarité est le point de départ, et c'est la nécessité qui les pousse vers l'illégalité. "La famille a faim pas le temps de raconter ma life, trêve de balivernes", déclare Ademo dans "Le monde ou rien". Cette contrainte originelle liée à l'obsession de l'argent est un thème récurrent dans le rap français, mais PNL va plus loin.

L'éreintement et la solitude générés par leur choix de vie se dévoilent notamment dans "Sur Paname" : "Sans déconner j'ai le cerveau vide, les yeux vides, le cœur vide, le compte vide", "Et mon ombre tu t'rappelles, la bibi 7 sur 7 tout l'hiver". Cette humanité permet à une large frange de la population de s'identifier à leurs textes. Au-delà de la vente de substances illicites, certaines de ces émotions peuvent être éprouvées par tous.

Héritage et Modernité

Cette complexité rappelle le groupe Lunatic, qui avait su exprimer les contradictions entre la réalité d'un mode de vie et certains idéaux. Mauvais Œil est devenu un classique grâce à sa capacité à toucher une corde sensible chez un public tiraillé entre différentes aspirations. 15 ans plus tard, PNL reprend le flambeau, modernisant la façon d'écrire et de rapper ces contradictions.

Ademo résume cette dualité avec la maxime "J'fais l'wodou, j'fais peur au robinet", que l'on retrouve à la fois sur Que la Famille et sur Le Monde Chico. En Islam, les petites ablutions (wodou) purifient le musulman et lui permettent d'exercer sa prière. Avec cette personnification, le rappeur exprime que ses péchés sont tellement nombreux que même lorsqu'il essaie de s'en laver, le robinet s'y refuse.

Lire aussi: Le porte-bébé face au monde : un choix judicieux ?

N.O.S, quant à lui, évoque sa relation avec ses anges qui cherchent à le conduire vers la bonne direction, celle de la religion : "Mon ange a pleuré, parce que j'ai péché. Je voudrais lui dire que j'aimerais tous les aimer, mais qu'au final ces bâtards me feraient saigner", "On s'écarte des anges, c'est mieux".

Lire aussi: L'histoire fascinante des berceuses

tags: #le #monde #chicco

Articles populaires: