Boris Pahor, né à Trieste en 1913, fut un écrivain slovène de nationalité italienne, dont la vie et l'œuvre sont profondément marquées par les tragédies du XXe siècle. Son expérience de l'oppression, de la déportation et de la lutte pour la reconnaissance de son identité slovène ont façonné son écriture et son engagement. Son œuvre, longtemps méconnue, est aujourd'hui reconnue comme un témoignage précieux et une contribution majeure à la littérature européenne.
Un témoin du siècle: De l'oppression fasciste aux camps de concentration
L'enfance de Boris Pahor fut marquée par l'oppression de la minorité slovène sous le régime fasciste de Benito Mussolini. L'interdiction de sa langue maternelle et la persécution de sa communauté ont profondément marqué le jeune Boris, le confrontant très tôt à l'injustice et à la violence. Selon Pahor, Mussolini créa dans ces années-là les fondations des idées génocidaires que Hitler allait perfectionner.
Après la guerre en Libye dans l’armée italienne, la résistance, la déportation et le sanatorium français où le soigne la belle infirmière Arlette, Boris Pahor écrit.
Son engagement dans la résistance contre le fascisme le conduisit à être déporté dans plusieurs camps de concentration nazis, dont Dachau, Natzweiler-Struthof, Dora et Bergen-Belsen. Cette expérience traumatisante, qu'il relate dans son œuvre majeure "Pèlerin parmi les ombres", le marqua à jamais et le poussa à témoigner de l'horreur des camps et de la nécessité de se souvenir.
Le Berceau du Monde: Une renaissance à Lille
La nouvelle "Le Berceau du Monde", extraite d'un recueil de quatorze nouvelles à forte coloration autobiographique, est un texte phare qui relate les heures qui suivent sa libération des camps, le 1er mai 1945. Pahor y décrit son arrivée à Lille, une ville détruite par la guerre, mais qui symbolise pour lui un nouveau départ, une renaissance.
Lire aussi: Avantages et Inconvénients : Berceau d'Entreprise
Lille, cette ville du Nord de la France, devient pour Pahor un lieu de réapprentissage de la vie, un "berceau du monde" où il redécouvre les choses simples et essentielles : un lit confortable, le silence après le chaos des camps, la beauté d'un matin de mai.
"Seules les rayures bleuâtres de nos vêtements témoignent encore de l’au-delà. Le silence, la densité du silence, les retrouvailles avec des choses vraies - des vrais mots, des vrais murs, des vraies boutiques de coiffeur, etc. -, tout cela, Boris Pahor, tout juste sorti des camps, le redécouvre à Lille."
La ville tient son nom d’une origine insulaire ; Lille - l’insula, l’isle, que ne borde aucune mer, tient pourtant, dans cette nouvelle, un rôle de mère. Le titre nous le dit: elle est le Berceau du monde. C’est la capitale française (et l’une des capitales européennes) du textile, en 1945. Et la qualité des lits que Boris retrouve, après les infectes paillasses de Bergen-Belsen, ne dément pas cette réputation.
L'identité slovène et la lutte pour la reconnaissance
Boris Pahor fut un ardent défenseur de l'identité slovène, une identité qu'il dut défendre face à l'oppression fasciste et à l'assimilation forcée. Son œuvre est imprégnée de cette lutte pour la reconnaissance de sa langue et de sa culture.
Dans "Arrêt sur Ponte Vecchio", Pahor évoque l'histoire de la Trieste slovène, de l'irrédentisme, des épreuves et humiliations endurées. Il y exprime l'espoir d'une Europe des régions, où toutes les langues menacées verraient leur identité reconnue.
Lire aussi: Berceau à roulettes : est-ce un bon choix ?
Le 13 juillet 2020, soit jour pour jour 100 ans après l’incendie, Sergio Mattarella et Borut Pahor, présidents respectivement de l’Italie et de la Slovénie, dirigent la cérémonie de restitution du bâtiment à la communauté slovène et décorent l’écrivain résistant Boris Pahor.
Un héritage littéraire et moral
Boris Pahor est décédé le 30 mai à l’âge de 108 ans. Son œuvre, traduite dans de nombreuses langues, est aujourd'hui étudiée dans les écoles et les universités. Il laisse derrière lui un héritage littéraire et moral d'une grande richesse.
Lire Pahor, c’est voyager dans le passé douloureux de notre continent mais aussi en apprécier ses racines et influences culturelles, sa diversité et la profondeur de son expérience historique. Dans son récit, le passé et le présent se renvoient l’un à l’autre de manière fascinante.
Son témoignage sur l'horreur des camps, sa défense de l'identité slovène et son engagement pour la justice et la liberté font de lui une figure emblématique du XXe siècle. Son œuvre nous rappelle l'importance de se souvenir du passé pour ne pas répéter les erreurs du passé et de lutter contre toutes les formes d'oppression.
Boris Pahor : un étranger tant au monde de la mort qu’au monde des hommes, la nature pour seul refuge. Le retour, Trieste, attendra. Écrire d’abord. Oui, il faut écrire après Auschwitz, « essayer dire » l’indicible pour témoigner et ne pas sombrer dans la folie : « [U]ne conscience qui voudrait ne pas flancher devant l’indicible se voit constamment ramenée à un essai de compréhension si elle ne veut pas subjectivement sombrer dans la folie qui règne objectivement » (Adorno, Minima Moralia).
Lire aussi: Berceau Magique : Votre liste de naissance idéale
tags: #le #berceau #du #monde #pahor #histoire
