La loi Duplomb, initialement axée sur le monde agricole, s'est retrouvée au centre de débats passionnés, allant de la réintroduction des pesticides interdits aux questions de société telles que la procréation médicalement assistée (PMA). Cet article explore les différentes facettes de cette loi controversée, en mettant en lumière les mobilisations qu'elle a suscitées et les enjeux qu'elle soulève.
Manifestations contre la réintroduction des pesticides
En réponse à un appel national, des manifestations ont été organisées à travers la France, notamment dans le Nord-Pas-de-Calais, pour protester contre une nouvelle proposition de loi du sénateur Laurent Duplomb (LR) visant à réintroduire l'utilisation de pesticides. Ces mobilisations, orchestrées par la Confédération paysanne, la société civile et l'association Les Ami.e.s de la Conf, ont rassemblé des citoyens inquiets des conséquences environnementales et sanitaires de telles mesures.
À Valenciennes, Boulogne-sur-Mer et Lille, les manifestants ont exprimé leur opposition à cette loi qu'ils qualifient d'"écocidaire et mortifère". Benjamin Serra, maraîcher et membre de la Confédération paysanne, a souligné qu'un autre monde est possible sans ces lois, en mettant en avant les pratiques de l'agriculture biologique. Les contestataires dénoncent des "politiques d’industrialisation de l’agriculture" qui ne répondent pas aux "réelles préoccupations des agriculteur·rices, au prix de reculs environnementaux majeurs (moins de protection de l'eau, plus de pesticides…)" et "dans le mépris de la santé publique".
L'inquiétude des citoyens est palpable, comme en témoigne Benjamin : "J'ai des enfants, ça me fait peur pour le monde qu'on va leur laisser après. Il faut se mobiliser et se battre pour leur laisser une planète viable". Des rassemblements similaires ont eu lieu dans une trentaine de villes à travers la France, à l'initiative de plus de 80 organisations opposées à la loi Duplomb et à sa nouvelle proposition visant à réintroduire des pesticides interdits.
Le contenu controversé de la loi Duplomb
La disposition la plus contestée de ce texte est la réautorisation de l’acétamipride, un insecticide néonicotinoïde toxique pour les abeilles. Cette mesure avait été censurée par le Conseil constitutionnel « faute d’encadrement suffisant » sur la durée, le type ou la technique de traitement et sur les filières concernées. La réintroduction de l’acétamipride était réclamée par les syndicats agricoles FNSEA et Coordination rurale, notamment pour les producteurs de betteraves sucrières et de noisettes, qui affirment n’avoir aucune solution pour protéger efficacement leurs cultures.
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Une pétition réclamant l’abrogation de la loi Duplomb a réuni à l’été 2025 plus de 2,1 millions de signatures, témoignant de l'ampleur de l'opposition à cette loi.
La loi Duplomb et le foncier agricole
La loi Duplomb, dans son ensemble, vise à "libérer" le monde agricole des normes. Elle aborde également la question du foncier agricole, un sujet crucial pour l'avenir de l'agriculture française. Le Sénat a examiné ce texte, conscient des enjeux liés à la transmission des terres et à la concentration excessive des terres et leur accaparement.
Plusieurs mesures ont été mises en place pour réguler les cessions de parts sociétaires et renforcer le contrôle des structures agricoles. L'objectif est de favoriser une répartition plus équitable des terres et de lutter contre la spéculation foncière. Cependant, certains estiment que ces mesures ne sont pas suffisantes pour garantir une régulation efficace du foncier agricole.
PMA : Procréation Médicalement Assistée
En France, un couple sur quatre rencontre des problèmes d’infertilité, selon le ministère de la Santé. Plus de 150.000 tentatives d’assistance médicale à la procréation (AMP, anciennement nommées PMA) ont eu lieu en 2022. Face à ces chiffres colossaux, rares sont les personnes parlant ouvertement de ce parcours. Un tabou d’autant plus présent dans le milieu professionnel. Pourtant, le processus est extrêmement contraignant.
A l’occasion du mois de sensibilisation à l’infertilité, l’association BAMP ! sort ce mercredi une étude* sur l’impact des parcours d’infertilité dans le monde professionnel. Elle montre que 41 % des salariés interrogés ont envisagé ou décidé de quitter leur emploi face au manque de compréhension ou de soutien dans leur parcours. Sujet intime, manque d’empathie, méconnaissance de la loi… Plusieurs personnes en cours de parcours d’AMP racontent à 20 Minutes comment elles ont géré ce combat en même temps que leur boulot.
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Pudeur et jugement des autres
Pour Eugénie, Lyonnaise de 34 ans en parcours d’AMP depuis cinq, garder le projet secret relève d’abord d’une « forme de pudeur » à propos d’un sujet « si intime ». Mais elle reconnaît que son secteur, l’industrie, un milieu « assez masculin », ne l’y a pas non plus encouragée. « Je suis la seule femme de mon équipe et mon environnement de travail ne se prête pas trop à ce type de confidences. » Lorsqu’elle a commencé son parcours pour essayer de tomber enceinte, elle était en train de monter en compétences. « Je ne voulais pas passer pour une personne fragilisée ou montrer qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. »
Une difficulté à en parler qu’a aussi vécu Mariana**, Martiniquaise déjà maman d’une petite fille née grâce à l’aide médicale et enceinte de son deuxième enfant. « Aux Antilles, l’AMP est extrêmement tabou, et je ne parle même pas de l’infertilité masculine. » La manageuse a déjà eu des remarques désobligeantes de la part de ses collègues masculins pendant sa grossesse. « Ils m’ont dit que j’avais mal réagi à cause des hormones. » Hors de question pour Mariana de leur avouer qu’elle est sous hormones depuis plus de six ans en raison de ses innombrables injections.
Des piqûres dans les toilettes du bureau
Si Eugénie pensait au début que l’AMP allait rapidement lui permettre de tomber enceinte et qu’il suffisait en attendant de « serrer les dents », les années ont défilé et son ventre ne s’est toujours pas arrondi. « A cause de ce non-dit, le parcours est lourd et c’est un cercle vicieux. » La cheffe de projet a tout fait en cachette, que ce soit ses rendez-vous médicaux à 7 heures du matin ou ses médicaments vaginaux pris dans les W.C. du boulot.
Un refuge qu’Emmanuelle, Normande de 39 ans qui essaie d’avoir un enfant depuis cinq ans, connaît aussi très bien. « J’ai souvent dû faire mes piqûres dans les toilettes du bureau. » Mais selon elle, le plus dur est ailleurs. « Il m’est déjà arrivé de pleurer devant mes élèves », reconnaît Charlotte, enseignante dans un collège de Segpa. La professeure a choisi d’en parler à ses collègues, qui la soutiennent en cas de coup de mou. « C’est déjà tellement éprouvant, même quand les autres sont au courant. »
Méconnaissance de la réalité de la PMA
Garder cela pour elle créé chez Eugénie de « gros moments de solitude ». « Personne n’imagine ce qu’on vit. » Seuls 39 % des salariés estiment que leur manager comprend réellement leur situation, d’après l’étude de BAMP !. « Les personnes se disent qu’un bébé-éprouvette, on le fabrique, on le transfère, et hop, c’est fini, souligne Emmanuelle. Sauf que c’est beaucoup plus compliqué que cela. En cinq ans, j’ai eu une centaine de rendez-vous médicaux. »
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Cette méconnaissance touche aussi les droits des salariés. Depuis une loi de 2016, une femme bénéficiant d’une AMP a le droit à une autorisation d’absence pour tous les actes médicaux nécessaires. Sur le modèle du congé pour enfant malade, il ne s’agit ni d’un arrêt de travail, ni d’un congé payé. Mais selon l’étude, 39 % des employeurs reconnaissent ne pas les appliquer. Les salariés sont alors nombreux à prendre des congés payés ou des arrêts maladie.
Une loi protectrice mais peu connue
Cette loi, Charlotte, l’enseignante, la connaissait. « Je savais que c’était un droit qu’on ne pouvait pas me refuser, alors j’en ai directement parlé à mon chef d’établissement qui a été très compréhensif. » Guillaume, responsable d’une équipe de vingt personnes et en parcours d’AMP avec sa femme depuis cinq ans, en a aussi rapidement parlé à son chef et a pu bénéficier des droits qui en découlent. Depuis juillet 2025, la loi permet au conjoint ou à la conjointe de la femme en AMP d’obtenir des autorisations d’absence pour se rendre à trois examens ou actes pour chaque protocole. « C’est un grand groupe, donc ils appliquent la loi et m’ont validé mes autorisations d’absence sans problème. »
Mais la femme de Guillaume a été moins chanceuse. Son chef lui a décrété que le Code du travail n’était « pas applicable » à une structure comme la leur. Elle a fini par négocier une rupture conventionnelle face au manque de souplesse de son employeur. D’après l’étude de BAMP !, seules 35 % des entreprises affirment avoir mis en place une politique ou des mesures spécifiques de soutien à la fertilité.
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