Lauren Bastide est une figure marquante du paysage médiatique français contemporain. Journaliste, essayiste, productrice de podcasts et militante féministe, elle s'est imposée comme une voix influente dans les débats sur l'égalité des sexes et la place des femmes dans la société. Son parcours, marqué par un engagement constant et une volonté de donner la parole à celles qui sont trop souvent invisibilisées, témoigne d'une profonde conviction et d'une détermination sans faille.

Formation et début de carrière

Née le 30 octobre 1980 à Orléans, Lauren Bastide grandit dans une famille qui valorise l'indépendance et le travail des femmes. Après une année d'hypokhâgne, elle intègre l'Institut d'études politiques de Strasbourg en 2000, où elle se spécialise en relations et affaires internationales. Elle est également diplômée du Centre de Formation des Journalistes (CFJ) en 2005. En 2016, elle reprend des études et se forme aux études de genre. Son mémoire est dédié aux questions de représentation, notamment des femmes non blanches, dans la presse féminine.

Ses premiers pas dans le journalisme la mènent vers la presse féminine, où elle collabore à des magazines de mode. Elle rejoint la rédaction de l'hebdomadaire Elle en 2005, d'abord comme pigiste, puis comme grand reporter à partir de 2011. En 2013, elle est nommée rédactrice en chef des pages d'informations du magazine, un poste qu'elle occupe jusqu'en 2015. Elle avait conscience que les lignes du féminisme bougeaient et qu’on ne pouvait pas se contenter de faire ce qu’on avait toujours fait.

Virage vers l'audiovisuel et engagement féministe

Parallèlement à son travail chez Elle, Lauren Bastide fait ses premières expériences à la télévision en tant que chroniqueuse dans l'émission Le Grand 8, animée par Laurence Ferrari sur D8. En 2015, elle rejoint l'équipe du Grand Journal sur Canal+, une expérience qu'elle qualifiera plus tard de difficile en raison des remaniements de l'émission suite au rachat de la chaîne par Vincent Bolloré. Elle a ressenti une profonde empathie pour Maïtena Biraben face à la pression exercée sur l’émission après le rachat de Canal par Vincent Bolloré. Elle considère qu’on lui a mis des bâtons dans les roues parce que c’était la première femme qui tenait ce poste.

C'est à cette époque que son engagement féministe prend une dimension plus publique et militante. Elle devient porte-parole du collectif Prenons la Une, qui se bat pour une meilleure représentation des femmes dans les médias. Elle souligne que, sur une journée entière de médias tous confondus, les femmes n’occupent que 24% du temps médiatique. Elle critique également le manque de diversité des femmes représentées.

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En 2017, elle anime l'émission hebdomadaire Les Savantes sur France Inter, consacrée à des femmes universitaires et à leurs domaines de recherche.

La Poudre : un podcast pionnier et engagé

En 2016, Lauren Bastide fonde avec le journaliste Julien Neuville le studio de production Nouvelles Écoutes, dédié à la création sonore. C'est au sein de ce studio qu'elle lance son podcast La Poudre, un programme d'entretiens longs avec des femmes artistes, activistes et politiques. Elle voulait rendre leur voix aux femmes, leur permettre de déployer leur pensée, leur ressenti, sur le temps long.

La Poudre devient rapidement un véritable phénomène, cumulant plus de dix millions de téléchargements depuis son lancement. Le podcast s'est fait l'écho de la génération #Metoo et de la révolution féministe en cours, offrant un espace de parole et de réflexion à des personnalités telles que Rebecca Zlotowski, Leïla Slimani, Jeanne Cherhal, Mélissa Laveaux, Paul B. Preciado, Assa Traoré, Inès Rau, Claire Marin et Anne Cheng.

L'émission questionne la manière dont les femmes de notre siècle ont été marquées par la société dans laquelle elles ont grandi et évolué. Elle se recentre ainsi sur le format radio. Les interviews se passent dans une chambre d’hôtel, dans un espace confiné et neutre, à la fois impersonnel et familier. Le podcast réclame une production légère, sans contraintes de maquillage ou de caméras. Contrairement à la télé, sa démarche est plus « nue », d’autant que la mise en ligne se fait quasi à l’état brut. Elle prend le temps, une heure avec des questions sur l’enfance, sur les moments clés qui forgent une vie. Ses invitées confient des choses très intimes, elles se font du bien. A la fin, on se prend dans les bras et elles la remercient quasi-systématiquement.

Lauren Bastide explique que La Poudre a pour objectif de démontrer que ce qu’on appelle féminité est une réalité construite culturellement. En invitant les femmes à parler de leur enfance, de leur corps, on comprend que ce rapport au féminin varie infiniment d’une femme à l’autre. Dès lors, il est absurde de parler de « la femme » comme d’un archétype. On échappe à tous les stéréotypes. On comprend que les vécus sont individuels et qu’il y a autant de féminités que de femmes. Par ailleurs, la mise en récit des oppressions subies individuellement par les femmes à l’endroit de leurs corps, de leur éducation, est éminemment politique. Car quand on les met côte à côte, cela fait système. Et la nécessité de la révolution féministe devient flagrante !

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Elle essaye d’incarner un féminisme intersectionnel, qui tient autant compte des discriminations des genre que des discriminations de race et de classe. En tant que femme blanche, valide, privilégiée, elle estime avoir une certaine responsabilité, notamment celle de transmettre à ses auditrices blanches la prise de conscience de leur blanchité et des oppressions qu’elles peuvent exercer, même inconsciemment, sur des femmes racisées.

En 2019, elle lance pour le studio Nouvelles Écoutes un flux de podcasts de documentaires, Intime et politique, dont elle est la créatrice et la productrice exécutive. À travers des documentaires sonores de 4 à 6 heures, le flux promet de « s’attaquer aux racines des discriminations sexistes et des stéréotypes de genre. »

"Présentes" et autres publications : une exploration de la place des femmes dans l'espace public

En septembre 2020, Lauren Bastide publie un essai intitulé Présentes - Ville, médias, politique… (Allary Éditions). Dans cet ouvrage, elle soutient la thèse selon laquelle l'espace public, prétendument non-sexiste et égalitaire, privilégie en réalité les hommes.

Une partie de l'ouvrage est consacrée à l'étude de l'espace urbain : elle note qu'à Paris, on trouve 37 statues de femmes contre 350 statues d'hommes, que les stades et les terrains de jeu sont occupés principalement par les hommes, et que les femmes sont souvent harcelées dans la rue et dans les transports. Une deuxième partie du livre analyse l'espace médiatique, où les hommes, majoritaires, occupent en plus grand nombre les postes de direction et où les femmes journalistes sont marginalisées, parfois censurées ou discréditées. Selon L. Bastide, la représentation que les médias donnent des femmes est trop souvent stéréotypée.

Cet essai est nourri de réflexions élaborées par neuf personnalités féministes interviewées par L. Bastide au cours d'un cycle de conférences qu'elle avait animé au Carreau du Temple, à Paris, parmi lesquelles Elisa Rojas, Rokhaya Diallo, Alice Coffin, Caroline De Haas, Hanane Karimi, Pascale Lapalud et Chris Blache. Dans cet essai qui entrecroise récit intime et pensées féministes, elle propose des solutions pour répondre aux urgences écologiques, sociales et démocratiques de l'époque.

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En novembre 2020, le premier tome des interviews retranscrites du podcast La Poudre paraît sous forme de livre sous le titre Écrivain•e•s Musiciennes (Marabout). On y retrouve notamment des interviews de Leïla Slimani, Jeanne Cherhal, Mélissa Laveaux et Paul B. Preciado. Le second tome, publié en mai 2021, rassemble les interviews des actrices, réalisatrices, productrices sous le titre Féminismes et cinéma. Elle a également publié A Paris (avec Jeanne Damas, Grasset, 2017), Futur·es, comment le féminisme peut sauver le monde (Allary Éditions, 2022), 2060 (Au diable vauvert, 2023), Courir l'escargot (JC Lattès, 2024) et Enfin seule (Allary Éditions, 2025).

Dans son livre Enfin seule, elle écrit que la coquille de l'escargot peut se reconstituer même après une brisure si celle-ci n'intervient pas trop près de l'apex, ce n'est pas la seule chose ahurissante qu'elle y attrape pour laisser, elle aussi, la trace argentée de bave, pareille à l'écriture qui suture. Elle partage des lectures, car d'emblée, les livres sont apparus comme des ressources, des armes, notamment pour les grands combats mêlés du féminisme, de l'écologie et de l'antiracisme. L'expérience de la lecture modifie celle que nous faisons du temps, ce qui est aussi l’un des thèmes de son très joli dernier livre Courir l'escargot paru aux éditions JC Lattès.

Folie Douce : Exploration de la Santé Mentale

Depuis le 1er février 2024, elle anime un nouveau podcast, “Folie Douce”, consacré à la santé mentale : “Deux fois par mois, Lauren Bastide reçoit des personnalités pour parler de leur parcours de santé mentale en profondeur, avec humour et bienveillance. L’occasion aussi de parler de la sienne.”

Controverses et démissions

En octobre 2021, à la suite de critiques sur les conditions de rémunération par Nouvelles Écoutes de ses autrices, Lauren Bastide démissionne du conseil d’administration de l’association de journalistes féministes Prenons la une.

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