Introduction
La bioéthique est un domaine en constante évolution, confrontée aux avancées rapides de la science et de la médecine. Parmi les sujets les plus débattus figurent la procréation médicalement assistée (PMA) et la recherche sur l'embryon humain. Laure Coulombel, directrice de recherches émérite à l'Inserm et membre du Comité consultatif national d'éthique (CCNE), joue un rôle clé dans ces discussions, apportant son expertise scientifique et éthique. Cet article explore les enjeux complexes liés à la PMA, à la recherche sur l'embryon et aux chimères homme-animal, en s'appuyant sur les contributions de Laure Coulombel et d'autres experts.
La Procréation Médicalement Assistée (PMA) : Un Sujet Clivant
La question de l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules suscite des débats passionnés, reflétant les divergences d'opinions au sein de la société. Les États généraux de la bioéthique ont mis en évidence ces clivages, opposant les partisans d'un élargissement de l'accès à la PMA à ceux qui y sont opposés.
Le CCNE s'est prononcé en faveur de l'ouverture de l'assistance médicale à la procréation aux couples de femmes et aux femmes seules, tout en restant défavorable à la gestation pour autrui. Concernant la congélation des ovocytes, le CCNE a évolué et se dit désormais favorable à la conservation ovocytaire pour toutes les femmes qui le souhaitent, considérant cela comme un moyen d'exercer leur liberté sans compromettre leur maternité future.
Le CCNE propose également de rendre possible la levée de l'anonymat des donneurs pour les enfants nés de dons de gamètes, sans toutefois prévoir de dispositions pour les personnes déjà nées par don.
Recherche sur l'Embryon : Un Équilibre Délicat
La recherche sur l'embryon humain est un autre domaine sensible, où il est crucial de trouver un équilibre entre le progrès scientifique et les considérations éthiques. Le CCNE maintient son opposition à la création d'embryons à des fins de recherche, mais se dit favorable à la recherche sur les embryons issus de fécondations in vitro et destinés à être détruits. Le Comité est également favorable à la possibilité de procéder à des modifications génétiques sur ces embryons destinés à la recherche. Laure Coulombel souligne l'importance de cette recherche pour la connaissance du développement embryonnaire humain.
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Chimères Homme-Animal : Repousser les Frontières de la Science
La création de chimères homme-animal, c'est-à-dire d'organismes vivants contenant à la fois des cellules humaines et animales, soulève des questions éthiques complexes. L'objectif de ces recherches est de faire naître des animaux qui porteront des organes humains, afin de résoudre la pénurie mondiale de donneurs d'organes. Des chercheurs, notamment en Californie, tentent de créer des porcs et des moutons d'un nouveau type, à partir d'embryons animaux modifiés.
Juan Carlos Izpisua Belmonte, du Salk Institute, a révélé avoir introduit des cellules-souches humaines dans des embryons de porc. D'autres annonces ont suivi, comme la création d'un embryon de mouton contenant des cellules humaines et la constitution d'une chimère poulet-homme.
Laure Coulombel explique que l'un des buts est de produire des organes chez un gros animal. Par exemple, si l'on souhaite développer un pancréas, on modifie génétiquement l'embryon animal pour qu'il ne produise pas cet organe, en espérant que les cellules humaines rempliront cette fonction. Elle souligne également que l'un des premiers objectifs est de tester les capacités des cellules-souches humaines, afin de vérifier leur développement in vivo et de prouver qu'elles sont pluripotentes.
Bernard Baertschi confirme que les scientifiques utilisent ces constructions pour étudier les tout premiers stades de développement des cellules humaines, dans des contextes où la production d'embryons pour la recherche est interdite.
Les Questions Éthiques Soulevées par les Chimères
Ces recherches soulèvent de nombreuses questions éthiques. Laure Coulombel interroge : « Si j’injecte des cellules humaines dans un animal, reste-t-il un animal ? Où est la frontière ? Y a-t-il un seuil à partir duquel ce n’est plus le cas ? ».
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La communauté scientifique a identifié plusieurs "lignes rouges" à ne pas franchir. Pierre Savatier souligne qu'il ne faut pas que les cellules-souches humaines génèrent d'autres parties du corps de l'animal, comme des neurones humains dans le cerveau, ou des ovules et des spermatozoïdes humains. Il est également hors de question d'avoir des animaux dotés d'une apparence morphologique humaine.
Blanche Streb s'inquiète de ces manipulations qui brouillent la frontière homme-animal et instrumentalisent l'embryon humain. Elle met en garde contre le risque de créer de nouvelles transmissions de maladies animales à l'homme.
Dominique Folscheid insiste sur la particularité de l'être humain, qui ne doit pas être réduit à sa biologie ou à sa génétique.
L'Avis du CCNE et les Perspectives d'Avenir
Après la grande consultation des états généraux de la bioéthique, le CCNE a rendu son avis n° 129, une réflexion approfondie mêlant droit, philosophie et éthique. Cet avis couvre un large éventail de sujets, allant de la PMA à la fin de vie, en passant par la recherche sur l'embryon, l'intelligence artificielle appliquée à la santé et l'usage des neurosciences.
Le CCNE a pris en considération les effets pervers que pourraient engendrer certaines modifications et a cherché à trouver un équilibre entre les constructions individuelles et une construction plus collective et partagée.
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Marion Muller-Collard a rappelé que « tout ce qui est techniquement possible sera fait tôt ou tard » et que la bioéthique est une forme de résistance à cette loi.
Le CCNE est favorable à la recherche sur les embryons issus de fécondations in vitro et destinés à être détruits, ainsi qu'à la possibilité de procéder à des modifications génétiques sur ces embryons. Il suggère également d'étendre les applications de la recherche génétique et propose un diagnostic génétique préconceptionnel pris en charge par l'assurance maladie à toutes les personnes en âge de procréer.
