Depuis sa création en 1996, Lara Croft est devenue une figure emblématique de la pop culture, d'abord grâce à la série de jeux vidéo Tomb Raider développée par Core Design, puis par Crystal Dynamics et Eidos Montréal. L'archéologue britannique, connue pour son exploration de ruines anciennes et de tombes, a également conquis le cinéma, avec des adaptations interprétées par Angelina Jolie et Alicia Vikander. Cet article propose une analyse de l'évolution du personnage de Lara Croft, en particulier dans le film Lara Croft : Tomb Raider, le Berceau de la Vie, en explorant ses représentations, ses influences et son impact sur l'image des femmes dans la culture populaire.

L'Ascension d'une Icône : Tomb Raider et l'Impact du Jeu Vidéo

Le premier jeu Tomb Raider, sorti en 1996, a révolutionné le genre action-aventure en introduisant une vue à la troisième personne et en mettant en scène une héroïne féminine forte, Lara Croft. Engagée pour retrouver un artefact de l'Atlantide, elle parcourt le monde, évitant les pièges et combattant ses ennemis avec ses pistolets. Le succès du jeu a engendré une série de suites, la dernière étant sortie en 2018, ainsi que des adaptations cinématographiques.

L'avatar initial de Lara Croft, mélange de Sonic et Barbie, se caractérise par sa vivacité et ses compétences limitées (courir, sauter, tirer), associées à une apparence caricaturale. Le choix d'un avatar féminin s'expliquerait par la volonté d'éviter des problèmes de propriété intellectuelle avec la licence Indiana Jones.

Lara Croft au Cinéma : Trois États d'une Héroïne

La comparaison des jeux et des films permet de caractériser trois états différents du personnage de Lara Croft.

  • Premier État (Jeu Vidéo 1996) : Une héroïne agile et combative, mais avec une apparence sexualisée.
  • Deuxième État (Films avec Angelina Jolie) : Une incarnation physique de l'avatar, mais avec un manque de profondeur et une forte présence du "male gaze".
  • Troisième État (Film avec Alicia Vikander) : Une héroïne plus réaliste, intelligente et indépendante, en phase avec les revendications féministes.

Angelina Jolie et le "Male Gaze"

La première adaptation cinématographique, avec Angelina Jolie dans le rôle de Lara Croft, a été critiquée pour son sexisme et son manque d'histoire. Le film était dominé par l'action, et le personnage n'avait pas la profondeur que l'on pouvait attendre. Selon le modèle du "male gaze" élaboré par Mulvey, Lara Croft, dans les premiers films, est hypersexualisée, portant des tenues inappropriées et étant mise en scène de manière à satisfaire le regard masculin. La scène de douche, par exemple, est considérée comme une scène fantasmée, inutile à l'histoire et à la construction du personnage.

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Cependant, le film pose aussi problème au modèle de Mulvey puisque Lara, personnage féminin, prend aussi en charge le deuxième plaisir : celui du narcissisme et de l’identification. Dans le diptyque réalisé par West, Lara se retrouve avec des mimiques et capacités de super-héros.

Alicia Vikander : Une Lara Croft Moderne et Féministe

Dans le film de 2018, Alicia Vikander incarne une Lara Croft plus réaliste et indépendante. Elle est vêtue de manière moins sexualisée, et son apparence est plus athlétique que glamour. Son intelligence et sa vivacité sont mises en avant, et elle résout des situations critiques grâce à ses capacités de déduction, plutôt qu'à sa force physique. De plus, elle est indépendante et refuse l'aide extérieure. Roar Uthaug, le réalisateur du film, a déclaré qu'il était important que Lara soit perçue comme une vraie femme, et non seulement un corps dans l'action.

Le Berceau de la Vie : Un Tournant dans l'Évolution de Lara Croft ?

Lara Croft Tomb Raider : Le Berceau de la Vie est le deuxième film mettant en scène Angelina Jolie dans le rôle de l'archéologue. Bien que mieux reçu que le premier volet, il a suscité des critiques mitigées, certains louant l'amélioration de l'intrigue et des scènes d'action, tandis que d'autres l'ont trouvé trop cliché. Le film marque l'une des premières grandes apparitions de Gerard Butler à Hollywood, jouant un rôle important en tant qu'ancien amant de Lara, ajoutant une dynamique romantique et conflictuelle à l'intrigue.

Le film a permis à Angelina Jolie de réaliser de nombreuses cascades elle-même, notamment des scènes de combat, de plongée sous-marine et d'escalade. Cela a renforcé son image d'actrice engagée dans des rôles physiques et d'action. Le film a été tourné dans des lieux exotiques à travers le monde, notamment en Afrique, en Grèce et en Chine, ajoutant un aspect visuel spectaculaire aux scènes d'exploration archéologique.

Malgré un box-office mondial d'environ 160 millions de dollars, les résultats ont été jugés décevants, entraînant l'annulation d'un troisième film avec Angelina Jolie.

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Analyse du Récit et des Symboliques

Le récit du Berceau de la Vie, bien qu'ayant gagné en complexité par rapport au premier film, reste un prétexte pour une succession de scènes spectaculaires. La double figure de la boule et de la boîte, le contraste de la lumière et de la musique, et l'opposition entre le berceau de la vie et la boîte de la mort, auraient pu donner de l'épaisseur au récit si elles avaient été intégrées dans une narration unifiée.

Comme dans de nombreux blockbusters américains, la fin est prévisible : le monde est sauvé, le méchant est puni, et l'héroïne s'en sort indemne. Les obstacles se multiplient, mais il est difficile de trembler pour Lara, car son existence semble intouchable.

Lara Croft et la Rencontre Amoureuse

Le film explore la question de la relation amoureuse de Lara Croft. Bien que de nombreux hommes rêveraient d'épouser une femme comme elle (jeune, intelligente, cultivée, autonome, belle, riche et célibataire), la question est de savoir si Lara veut et peut rencontrer l'autre.

Le film suggère une évolution chez Lara, passant d'une toute-puissance à un consentement à la finitude. Elle exprime également le désir de séduire son compagnon, ce qui pourrait être une ébauche d'entrée dans la relation. De plus, Lara apparaît comme un être vulnérable et attachant, avec une figure paternelle idéalisée et disparue.

Cependant, Lara Croft ne se réduit pas à une figure mythologique comme Athéna. Elle refuse d'ouvrir la boîte de Pandore et sauve ainsi l'humanité. Elle fait partie de ces figures messianiques qui renoncent à la relation exclusive pour être disponibles à tous.

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La Structure Manichéenne et l'Introduction de Terry Sheridan

La structure d'un James Bond est manichéenne, opposant un bon à un méchant, sans possibilité d'évolution. Or, Le Berceau de la Vie déroge à cette règle en introduisant un troisième personnage, Terry Sheridan, qui n'est ni totalement bon, ni absolument mauvais.

Terry Sheridan, un ancien officier de marine devenu mercenaire et traître, est un élément instable qui doit choisir entre le bien et le mal. En brisant l'opposition simpliste, le film refuse le manichéisme et injecte de l'histoire.

Lors de l'affrontement final, Terry intervient, mais son rôle est ambigu. Il semble d'abord prendre parti pour Lara, mais son intervention reste minimale. Lara cesse donc d'être une héroïne "structurale" et rentre dans l'histoire.

L'Amour et le Choix de Terry Sheridan

Lara est amoureuse de Terry, et son passé amoureux hante son présent. Contrairement à James Bond, elle donne plus que son corps dans la relation. Elle est disposée à rencontrer Terry, mais celui-ci a opté pour le mal en choisissant de prendre la boîte de Pandore.

Bien que Terry puisse sembler se situer entre le bien et le mal, il se rapproche de Reiss en préférant son propre bien au sacrifice de soi. L'intention foncière de Terry est démasquée lors de la scène finale, où il choisit de garder la boîte plutôt que de suivre Lara.

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