Lara Croft, archéologue aventurière, est devenue une figure emblématique de la pop culture depuis sa création en 1996. Issue d'une série de jeux vidéo à succès, elle a rapidement conquis le cinéma, d'abord sous les traits d'Angelina Jolie, puis d'Alicia Vikander. "Lara Croft Tomb Raider : Le Berceau de la Vie", sorti en 2003, fait partie des adaptations cinématographiques qui ont contribué à forger le mythe Lara Croft. Cet article propose une analyse approfondie de ce film, en explorant ses forces, ses faiblesses et sa contribution à l'évolution du personnage.
Une Narration Faible, Mais des Symboliques Fortes
Le récit du "Berceau de la Vie", bien que plus étoffé que celui du premier film, peine à convaincre. Il souffre d'une logique parfois incohérente et d'une structure qui rappelle le "copier-coller". Le film, comme beaucoup de blockbusters américains, semble être un prétexte à une succession de scènes spectaculaires, sacrifiant le symbolique à l'imaginaire.
Pourtant, le film recèle des symboliques intéressantes. L'opposition entre la boule et la boîte, la lumière et la musique, le berceau de la vie et la boîte de la mort, auraient pu donner de l'épaisseur au récit si elles avaient été exploitées de manière plus cohérente. Ces idées, malheureusement, ne sont pas intégrées dans une narration unifiée, ce qui les empêche de prendre tout leur sens.
Malgré une intrigue souvent ingénieuse, la fin reste prévisible : le monde est sauvé de justesse, le méchant est puni et Lara s'en sort indemne. Les obstacles se multiplient, Lara risque sa vie à plusieurs reprises, mais le spectateur a du mal à trembler pour elle, car son invincibilité est acquise.
Lara Croft : Un Idéal Féminin Inaccessible ?
Au-delà de l'intrigue, "Le Berceau de la Vie" pose une question intéressante sur le personnage de Lara Croft : quel homme ne rêverait pas d'épouser une femme jeune, intelligente, cultivée, autonome, belle, riche et célibataire ? Lara Croft incarne cet idéal féminin, mais la question est de savoir si elle est réellement accessible à l'autre.
Lire aussi: Lara Croft : Immersion dans Le Berceau de la Vie
Pour trois raisons, narrative, psychologique et mythologique, Lara Croft ne rencontre pas l'homme. Tout d'abord, le film suggère une évolution chez Lara. Sa première phrase, "Tout ce qui est égaré est appelé à être retrouvé", est contredite par sa dernière, "Il est parfois des choses qu'il vaut mieux ne pas retrouver". Cette inclusion suggère un passage de la toute-puissance à un consentement à la finitude.
Ensuite, Lara, malgré son omnipotence, apparaît comme un être vulnérable et attachant. Un psychiatre pourrait soupçonner un versant hystérique : elle éveille le désir, puis fait comprendre que le prétendant s'est trompé sur ses intentions. La figure paternelle, idéalisée car disparue, rend difficile le remplacement de ce père si aimé.
Enfin, Lara Croft ne se réduit pas à la figure d'Athéna. Elle est celle qui, dans le film, refuse d'ouvrir la boîte de Pandore et sauve ainsi l'humanité. Elle fait partie de ces figures messianiques qui renoncent à la relation exclusive pour être disponibles à tous.
Lara Croft et James Bond : Similitudes et Différences
Lara Croft partage des points communs avec James Bond. Tous deux travaillent pour les services secrets britanniques, affrontent des maîtres du monde sans conscience morale et sont des indépendants séduisants et intouchables. Les décors spectaculaires du film rappellent également l'univers de James Bond.
Umberto Eco a analysé les romans de Ian Fleming, l'inventeur de James Bond, et a mis en évidence la distinction entre récits synchroniques (ou structuraux) et récits diachroniques (ou dynamiques). Dans "Casino Royal", Bond remet en question le bien-fondé de sa mission. Cependant, il renonce à la psychologie comme moteur narratif et adopte une stratégie structurale objective et conventionnelle.
Lire aussi: Test de la poussette Bébé Confort Lara
Une conséquence de ce caractère structural est le manichéisme : un bon est opposé à un méchant, sans possibilité d'évolution. Lara Croft, comme Bond, semble être une pure, un parangon de droiture, tandis que Jonathan Reiss est la malice incarnée.
Cependant, une différence majeure apparaît : "Le Berceau de la Vie" introduit un troisième personnage, Terry Sheridan, qui n'est ni totalement bon ni totalement mauvais. En passant d'un schéma binaire à un schéma triangulaire, le film se complexifie et s'historicise. Terry doit choisir entre le bien et le mal, ce qui crée du mouvement et grippe la machine structurale.
Lara Croft et Terry Sheridan : Une Rencontre Possible ?
L'introduction de Terry Sheridan ouvre la possibilité d'une rencontre amoureuse pour Lara Croft. Contrairement à James Bond, Lara est amoureuse de Terry et son passé amoureux hante son présent. Elle donne plus que son corps dans la relation.
Cependant, Terry choisit finalement le mal en prenant la boîte de Pandore. Il préfère son propre bien au sacrifice de soi pour l'autre. Son choix est motivé par une intention foncière de préférence de soi jusqu'au mépris de l'autre.
L'Évolution de Lara Croft à Travers les Adaptations
Lara Croft a connu plusieurs états à travers les jeux vidéo et les adaptations cinématographiques. Dans le premier jeu, elle est un mélange entre Sonic et Barbie, avec des mouvements rapides et un physique caricatural. Le premier film avec Angelina Jolie est dominé par l'action et le sexisme. Le dernier film avec Alicia Vikander présente une héroïne plus normale, intelligente et athlétique, qui correspond davantage aux revendications féministes.
Lire aussi: Lara 2 : Est-ce le bon arceau de poussette ?
Le personnage de Lara Croft a évolué du fantasme masculin à une femme à part entière. Elle est passée d'un simple corps dans l'action à un personnage doté d'une histoire et d'une personnalité complexe.
Le "Male Gaze" et Lara Croft
Le modèle du "male gaze" de Laura Mulvey s'applique à la Lara Croft jouée par Angelina Jolie dans les premiers films. Le voyeurisme est explicite, notamment dans une scène de douche inutile. Cependant, Lara prend également en charge le plaisir du narcissisme et de l'identification.
Dans le film de 2018, Alicia Vikander est moins sexualisée et son apparence est plus réaliste. Elle est plus indépendante et refuse toute aide extérieure. L'histoire de Lara est évoquée, ce qui en fait un personnage plus complexe.
tags: #lara #croft #tomb #raider #le #berceau
