Introduction
La production laitière est un pilier de l'agriculture française, reposant sur les filières bovines et caprines. Comprendre les facteurs qui influencent la lactation chez les vaches et les chèvres est essentiel pour optimiser les performances des élevages et répondre aux enjeux économiques et sociétaux. Cet article compare les aspects clés des lactations bovines et caprines, en s'appuyant sur les données de contrôle laitier, les pratiques d'élevage et les recherches récentes.
Lactation Bovine
Résultats du Contrôle Laitier en Races Bovines
Les résultats du contrôle laitier mettent en évidence des tendances positives dans la production laitière bovine. En 2020, la production moyenne était de 8 777 kg de lait par vache sur une durée de 339 jours. Les taux moyens de matière grasse (TB) et de matière protéique (TP) étaient respectivement de 40,5 g/kg et 32,8 g/kg, en augmentation par rapport à l'année précédente. La situation cellulaire s'est également améliorée, avec une proportion croissante de lactations présentant un faible nombre de cellules somatiques. La Prim'Holstein, la Montbéliarde et la Normande restent les races les plus représentées.
Facteurs Influant sur la Rentabilité des Vaches Laitières
La rentabilité d'une vache laitière dépend de sa capacité à rembourser les coûts d'élevage, depuis le veau jusqu'à la première lactation. Plusieurs leviers peuvent être actionnés pour améliorer cette rentabilité, tels que la réduction de l'âge au premier vêlage et l'amélioration du niveau de production en première lactation. L'Index Economique Laitier (INEL) permet de maximiser la marge nette de l'atelier lait. Les index liés à la production (lait, MP, MG) ont une forte héritabilité et répétabilité, ce qui signifie que la génétique joue un rôle important dans l'expression de ces caractéristiques. Le génotypage est donc nécessaire pour être précis dans les accouplements et optimiser les performances laitières.
Elevage des Génisses
L'élevage des génisses est une étape cruciale pour assurer le renouvellement du troupeau laitier. Les conduites d'élevage classiques visent un développement mammaire optimal à un coût maîtrisé. Les recommandations usuelles proposent des croissances soutenues durant les 6 premiers mois de vie et modulées au-delà, en fonction de l'âge visé au premier vêlage et de la stratégie d'alimentation. Le colostrum est essentiel pour apporter au veau la protection immunitaire dont il est dépourvu à la naissance et l'énergie nécessaire à sa survie. Le retrait immédiat du veau de sa mère permet de contrôler la prise de colostrum, facilite les premiers soins et réduit le risque d'exposition aux pathogènes de l'environnement.
Lactation Caprine
Races Locales Caprines
Pour les races locales caprines, qui sont le plus souvent à très petits effectifs (moins de 1000 chèvres), une meilleure connaissance de leur potentiel laitier est primordiale pour mieux conseiller les éleveurs, en particulier ceux qui souhaitent s’installer avec ces races. Cela implique de tenir compte de tous les résultats existants issus du Contrôle Laitier Officiel (CLO) ou Simplifié (CLS). Le nombre croit ou décroit selon les races, sans lien le plus souvent avec l’évolution du nombre de chèvres totales de chaque race, mais à cause de l’adhésion ou du retrait de quelques éleveurs du contrôle de performance laitier qui a un impact fort sur le nombre de lactations contrôlées. Ainsi, les effectifs des races Chèvre des Savoie, Chèvre de Lorraine, Pyrénéenne et Chèvre des Fossés croissent respectivement de 54%, 58%, 21% et 34 %, tandis que les effectifs des races Poitevine, Rove et Provençale baissent de 20 à 17%.
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Résultats du Contrôle Laitier en Races Caprines
En 2023, 28 745 exploitations ont fourni 1 878 620 lactations qualifiées. La production laitière brute, qui avait légèrement baissé en 2022, augmente de 60 kg en 2023 et atteint en moyenne 8 938 kg de lait pour une durée de lactation moyenne de 346 jours. L’amélioration de la situation cellulaire observée depuis plusieurs années se poursuit. Le nombre de lactations qualifiées diminue en 2023 pour atteindre 226 442 lactations. Les gros troupeaux représentent 19,3 % des troupeaux et 48 % des lactations. Les deux races principales (Alpine et Saanen) représentent 96,7% du total des lactations prises en compte. En 2023, avec une moyenne à 1023 Kg par lactation, la production par chèvre se situe pour la première fois nettement au-dessus la barre des 1000 Kg. Le Taux Protéique est stable à 33,6 g/Kg tandis qu’avec 37,4 g/Kg, le taux butyreux est en baisse de 0,1 g/Kg.
Elevage des Chevrettes
La filière caprine française compte près de 330 000 chevrettes de renouvellement, qui donnent naissance à leur premier chevreau vers l'âge d'un an. Les chevreaux sont retirés de leur mère à la naissance. Comme chez les autres ruminants, la prise de colostrum est essentielle à leur démarrage pour éviter les affections néonatales. Il est conseillé de distribuer au chevreau, moins de 6 heures après sa naissance, 400 mL de colostrum riche en immunoglobulines. De plus, pour limiter l'apparition de maladies des adultes (paratuberculose, mycoplasmose et arthrite encéphalite virale [CAEV]), il est préconisé de séparer immédiatement le cabri de sa mère, de ne pas la laisser le lécher ni laisser le cabri boire au pis, de traire le colostrum et de le thermiser (56°C pendant une heure) avant distribution. Les chevrettes sont ensuite principalement nourries avec du lait en poudre jusqu'à 6-8 semaines d'âge, pour atteindre un poids de 14 à 16 kg au sevrage selon la race. Dès que les chevrettes ruminent, leur sevrage peut être envisagé. Pour assurer sa réussite, la prise alimentaire doit être d’au moins 200 g/j de fourrage et 100 g/j de concentré. L’objectif étant de réaliser une première mise bas vers 12-13 mois pour au moins 90 % des chevrettes, celles-ci sont régulièrement pesées et ré-allotées afin d’assurer une croissance homogène. Comme pour les génisses, des poids à âge-type sont préconisés.
Comparaison des Systèmes d'Allaitement
Allaitement Naturel vs. Artificiel
Dans les élevages laitiers bovins et caprins, les nouveau-nés sont généralement séparés de leur mère peu après la naissance et logés individuellement ou en groupes. Après l'ingestion de colostrum le plus souvent maternel dans les premières heures de vie, ils sont allaités « artificiellement » au seau, à la louve, ou au DAL. L'aliment distribué est soit du lait entier, soit un aliment d'allaitement en poudre dilué dans de l'eau chaude, voire une combinaison des deux. La séparation mère-jeune précoce est toujours largement préconisée car elle induirait moins de stress, permettrait un meilleur contrôle des consommations de colostrum et de lait, réduirait le risque de transmission de certaines maladies et augmenterait la quantité de lait commercialisable. Mais cette séparation précoce est remise en cause régulièrement et fait l'objet de campagnes médiatiques de la part d'associations abolitionnistes ou de protection animale. Certains éleveurs laitiers font le choix d'un allaitement « naturel », par les mères ou des nourrices, parfois jusqu'au sevrage, tel qu'il se pratique en élevage allaitant et traditionnellement en élevage ovin laitier.
Isolement et Lien Mère-Jeune
À l'approche de la mise bas, les vaches, les brebis et les chèvres tendent à s'isoler du reste du groupe. Dans les minutes qui suivent la mise bas, la mère flaire et lèche son ou ses petits. Le nouveau-né, ainsi encouragé par la mère à se lever, est attiré par la mamelle grâce à des signaux essentiellement olfactifs. La première tétée a lieu généralement dans l'heure qui suit la naissance. Après les premières tétées, un agneau reconnait sa mère non seulement par des signaux olfactifs mais aussi grâce aux bêlements associés à la vue de la brebis. Le lien préférentiel mère-jeune s'instaure dès le premier jour. La mère et son jeune sont proches l'un de l'autre, échangent des flairages et léchages et ils montrent des signes de détresse s'ils sont séparés.
Comportement des Jeunes
Le comportement des jeunes est souvent décrit selon la dichotomie « hider/follower ». Les followers, tels les agneaux, suivent leur mère dès la naissance et intègrent donc rapidement le troupeau. Les « hiders », tels les veaux et les chevreaux, restent isolés du troupeau dans les heures qui suivent la naissance, parfois même en l'absence de la mère ; ils rejoignent le reste du troupeau au bout d'un ou plusieurs jours. Après la phase néo-natale, au cours de laquelle il échange des interactions essentiellement avec sa mère, le jeune développe ses relations avec les autres membres du groupe. La mère joue un rôle déterminant non seulement pour la survie du jeune (alimentation, protection) mais aussi pour son développement comportemental.
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Autres Aspects Importants
Alimentation et Compléments
Les minéraux comme le calcium, le phosphore, le magnésium et les oligo-éléments tels que le zinc, le cuivre et le sélénium, ainsi que les vitamines (notamment A, D3 et E), jouent un rôle essentiel dans la production et la santé générale des chèvres.
Santé et Gestion des Maladies
La stabilité de la production joue un rôle essentiel, toute chute de lait risquant d’être définitive. Des contrôles réguliers de santé par un vétérinaire permettent de détecter et traiter précocement les problèmes de santé. Un programme de vaccination, établi en consultation avec votre vétérinaire, permet de protéger les chèvres contre les maladies présentes dans le troupeau. La gestion des parasites, internes et externes, est également indispensable.
Environnement et Bien-être Animal
L'environnement dans lequel vivent les chèvres a un impact direct sur leur bien-être et leur capacité reproductive. Un logement bien ventilé, spacieux et enrichi permet aux chèvres de se déplacer librement et de réduire le stress. Il est essentiel de maintenir une hygiène rigoureuse dans les locaux d'élevage et d'assurer un environnement social positif pour les animaux.
Induction de la Lactation
L’induction de la lactation consiste à tarir une chèvre vide et à la stimuler manuellement au niveau des trayons lors de la mise bas des autres chèvres. Cette pratique permet de laisser une seconde chance pour les chèvres en échec de reproduction et d’avoir moins de chevreaux, tout en gardant une période de tarissement.
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