La filière caprine en France, comme d'autres filières laitières, est confrontée à des défis liés à la valorisation des mâles et des réformes. Cependant, le lait et le fromage de chèvre gagnent en popularité auprès des consommateurs, ce qui soulève la question de savoir comment réduire la production de chevreaux sans compromettre la production laitière. La lactation longue et l'induction de la lactation chez les chèvres non gestantes apparaissent comme des pistes prometteuses.

Contexte et Enjeux de la Filière Caprine

La filière caprine est en constante évolution. Les éleveurs sont conscients que la période de mise-bas représente un investissement important en temps et en risques sanitaires. De plus, la vente de chevreaux est souvent mal valorisée, et la viande caprine est de moins en moins recherchée.

Défis de la Valorisation des Chevreaux

La valorisation des chevreaux est un problème récurrent dans la filière caprine. Au niveau national, les opérateurs d'engraissement et d'abattage des chevreaux se concentrent dans les gros bassins de production, tels que le Grand Ouest de la France et Rhône-Alpes. La consommation de chevreaux reste confidentielle, en particulier pour les chevreaux bio.

Lorsque les chevreaux ne sont pas engraissés et valorisés dans leur élevage de naissance, ils sont envoyés chez des engraisseurs et se retrouvent dans la filière conventionnelle, principalement pour l'exportation. La viande de chevreau souffre d'une image d'animal mignon auprès des consommateurs, notamment les consommateurs bio, qui consomment généralement moins de viande.

Alternatives pour la Valorisation des Chevreaux

Face à ces difficultés, les éleveurs mettent en place diverses solutions pour valoriser les chevreaux. Certains utilisent des circuits courts et longs, tandis que d'autres privilégient l'un ou l'autre mode de commercialisation. Près de 50 % des chevreaux et des chèvres sont valorisés directement par les éleveurs, principalement sous forme de caissettes de viande fraîche ou de plats transformés, vendus à une clientèle variée.

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Cependant, l'élevage des chevreaux nécessite du lait, ce qui crée une concurrence avec la production de fromage. Les éleveurs doivent donc trouver des alternatives pour nourrir les chevreaux, telles que l'élevage sous la mère, l'achat de lait de vache bio chez un voisin ou l'achat de poudre de lait bio. La poudre de lait bio coûte jusqu'à trois fois le prix de la poudre conventionnelle, ce qui incite certains élevages à utiliser de la poudre de lait conventionnelle, une pratique que le réseau FNAB souhaite voir évoluer vers l'utilisation de lait bio.

La Lactation Longue: Une Solution pour Diminuer la Production de Chevreaux

La conduite du troupeau de chèvres en lactation longue s'est développée dans les élevages comme une solution pour diminuer la production de chevreaux sans perte de production laitière. Cette pratique consiste à prolonger la lactation des chèvres au-delà de la période habituelle de neuf à dix mois, en évitant de les faire saillir à nouveau.

Avantages de la Lactation Longue

La lactation longue présente plusieurs avantages pour les éleveurs:

  • Réduction des problèmes de santé: La plupart des problèmes de santé rencontrés par les chèvres sont liés à la gestation et à la mise-bas. En supprimant ces deux facteurs, les problèmes de santé diminuent considérablement.
  • Amélioration du bien-être animal: La lactation longue permet d'éviter la séparation des chèvres et de leurs chevreaux, ce qui réduit le stress et améliore le bien-être animal.
  • Simplification de l'organisation du travail: La lactation longue permet une production laitière plus linéaire, ce qui facilite l'organisation du travail et la fabrication de fromages tout au long de l'année.
  • Viabilité économique: La lactation longue peut être économiquement viable, car elle permet de réduire les coûts liés à la reproduction et d'améliorer la qualité du lait.

Jean-Yves Ruelloux, éleveur et producteur de fromages de chèvre depuis plus de 40 ans, mène son troupeau en lactation continue. Ses chèvres ne mettent bas qu'une fois dans leur vie et donnent du lait toute l'année, jusqu'à douze années consécutives. Il a constaté que cette pratique améliore le bien-être animal, simplifie l'organisation du travail et assure une production laitière stable et de qualité.

L'Induction de la Lactation: Une Alternative Naturelle

L'induction naturelle de la lactation chez les chèvres non gestantes est une autre piste prometteuse pour diminuer la production de chevreaux. Le projet Lactodouce (2021-2023), initié par l'institut de recherche de l'agriculture biologique (FiBL), a démontré qu'il est possible d'induire naturellement une lactation chez des chèvres non gestantes.

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Protocole et Résultats du Projet Lactodouce

Le projet Lactodouce a étudié une méthode naturelle d'induction de la lactation, sans stimulation hormonale. L'expérimentation s'est déroulée chez six éleveurs drômois qui ont gardé cinq chèvres vides, de race saanen ou alpine.

Les éleveurs ont stimulé les chèvres non gestantes dès l'ouverture de la salle de traite. En parallèle, des prélèvements sanguins ont été effectués sur un lot de cinq chèvres témoins, pour les comparer aux analyses de sang des chèvres non gestantes.

Les premiers résultats ont montré que 60 % des chèvres "vides" ont produit du lait. Les chèvres non gestantes ont produit le même niveau de lait au bout du quatrième ou cinquième mois, avec un démarrage plus lent. Les analyses de sang ont révélé que les chèvres non gestantes qui démarrent une lactation ont un taux de prolactine plus élevé que les chèvres vides qui ne produisent pas de lait.

Perspectives et Recherches Futures

Pour aller plus loin, le FiBL a lancé le programme Gentle Dairy, afin de comprendre les mécanismes induisant cette lactation. La pratique d'induction naturelle de lait chez des chèvres non gestantes peut permettre, à terme, de diminuer le nombre de chevreaux, mal valorisés, tout en améliorant le bien-être animal.

Facteurs Clés pour la Réussite de la Lactation Caprine

Que ce soit en lactation longue ou en lactation induite, plusieurs facteurs sont essentiels pour assurer la réussite de la production laitière et la santé des chèvres:

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Alimentation et Compléments

Une alimentation équilibrée et adaptée aux besoins des chèvres est primordiale. Les minéraux comme le calcium, le phosphore, le magnésium et les oligo-éléments tels que le zinc, le cuivre et le sélénium, ainsi que les vitamines (notamment A, D3 et E), jouent un rôle essentiel dans la production et la santé générale des chèvres. Il est recommandé d'opter pour une cure de TONIC OLIGO VIT 20 KG et un apport journalier d'EURIMIN 15 à 20 g /ch/jour.

Santé et Gestion des Maladies

La stabilité de la production est essentielle en lactation longue, toute chute de lait risquant d'être définitive. Une surveillance sanitaire régulière par un vétérinaire permet de détecter et traiter précocement les problèmes de santé. Un programme de vaccination, établi en consultation avec le vétérinaire, protège les chèvres contre les maladies présentes dans le troupeau. La gestion des parasites internes et externes, incluant des analyses régulières et des pratiques de pâturage rotatif, est également indispensable.

Environnement et Bien-Être Animal

L'environnement dans lequel vivent les chèvres a un impact direct sur leur bien-être et leur capacité reproductive. Un logement bien ventilé, spacieux et enrichi permet aux chèvres de se déplacer librement et de réduire le stress. Une hygiène rigoureuse dans les locaux d'élevage est essentielle. Il est important de s'assurer que les chèvres bénéficient d'un environnement social positif et ne subissent pas de stress excessif. Les interactions sociales et les soins attentionnés contribuent à leur bien-être général et à leur capacité de production.

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