L'expression "la montagne qui accouche d'une souris" est une métaphore puissante et intemporelle qui traverse les domaines de la littérature, de la philosophie et même de la vie quotidienne. Son origine se trouve dans une fable, qui se moque d'un poète promettant une œuvre grandiose, mais ne produisant qu'un résultat médiocre. Cependant, la portée de cette expression dépasse largement la simple critique littéraire. Elle s'applique à toute situation où l'attente est disproportionnée par rapport au résultat obtenu, créant un sentiment de déception, voire de ridicule.

Origines et Signification de l'Expression

L'expression "la montagne qui accouche" trouve son origine dans la locution latine "Parturiunt montes, nascetur ridiculus mus", que l'on peut traduire par "Les montagnes vont accoucher ; il naîtra une ridicule petite souris". Cette image frappante illustre le contraste saisissant entre l'ampleur de l'annonce et la petitesse du résultat. Elle est utilisée pour dénoncer les projets ambitieux qui n'aboutissent à rien de concret, les promesses grandiloquentes qui se soldent par des réalisations insignifiantes.

Applications Diversifiées de la Métaphore

La pertinence de cette métaphore se manifeste dans divers contextes. Par exemple, elle peut s'appliquer dans le domaine culinaire, lorsqu'un plat est présenté avec une description pompeuse, mais se révèle être une simple préparation banale. De même, elle peut être utilisée pour critiquer les réformes politiques ou économiques qui sont annoncées avec des ambitions élevées, mais qui n'apportent que des changements mineurs et superficiels.

Dans le domaine de l'éducation, l'annonce du B.O. n°17 du 28 avril 2022 portant sur des modifications du CCF en EPS a suscité des réactions contrastées. Certains enseignants ont exprimé leur soulagement face à la perspective d'une réforme de l'évaluation de l'EPS au BAC, tandis que d'autres ont déploré le caractère cosmétique des modifications apportées. La déception est grande, car cette nouvelle publication n'est pas à la hauteur des enjeux de l'EPS et ne répond en rien à la situation engendrée par le dernier cadre certificatif.

Traduction et Philosophie : Le Dictionnaire des Intraduisibles

La notion de traduction, et en particulier de traduction philosophique, est intimement liée à la question de l'interprétation. Barbara Cassin, dans son "Vocabulaire européen des philosophies : Dictionnaire des intraduisibles", explore le paradoxe selon lequel plus une tradition se traduit, moins la traduction est aisée. Le livre entendait délivrer deux messages principaux. Le premier était que toute philosophie se fait dans une langue donnée, exprimant un cadre de pensée propre et déterminant l’usage des concepts que les philosophes reprennent de leurs prédécesseurs ou forgent eux-mêmes, et que les opérations de traduction d’une langue à l’autre sont surdéterminées par l’épaisseur de ces traditions linguistiques et de pensée. Le second était un message « politique » : toute tentative pour développer un espace conceptuel global, transcendant les langues dans lesquelles la philosophie s’est constituée, est vaine et dangereuse pour la liberté de la pensée.

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Cassin explique que le but de l’entreprise n’était pas d’explorer tous les mots du vocabulaire philosophique, ni d’examiner leurs traductions dans toutes les langues, mais de prendre un certain nombre de symptômes de termes « intraduisibles ». Elle ajoute aussi qu’« intraduisible » ne veut pas dire « impossible à traduire », mais qu’on ne cesse de traduire, au prix d’homonymies, d’oublis de sens courants à d’autres époques, de contresens qui finissent par marquer l’histoire des concepts et font d’eux de véritables nœuds et énigmes. L’objectif était de choisir des termes qui ont marqué une certaine tradition, celle de la philosophie européenne depuis les Grecs, qui est supposée être celle de la philosophie tout court.

Le Vocabulaire, selon Barbara Cassin, a voulu éviter deux écueils. Le premier est la croyance, qu’elle prête à la philosophie analytique anglophone, qu’on pourrait tout traduire, de manière transparente et claire, dans un langage universel, qui exprimerait, comme le prétend selon elle la philosophie du sens commun, une expérience humaine partagée par tous les peuples de la Terre et que la philosophie pourrait recueillir. Le second est l’idée herderienne que chaque langue exprime la pensée d’un peuple et son monde propre, dont l’expression la plus caricaturale est la déclaration de Heidegger selon laquelle le grec est le langage de la philosophie, et que l’allemand hérite de ce statut.

La Réforme de l'Entreprise : Une Montagne qui Accouche ?

Le rapport Notat/Senard sur la réforme de l'entreprise, commandé par le ministre de l'économie, a suscité des réactions contrastées. Les plus déçus, ceux qui en espéraient beaucoup et avaient défendu l’idée de cette réforme avant même que le rapport ne soit publié, ont feint de s’y retrouver et se sont efforcés d’y trouver des « éléments positifs ». D’autres, représentant des milieux d’affaires, et qui craignaient que ce rapport ne vienne bousculer des prérogatives et pouvoirs solidement installés dans le monde des actionnaires et des dirigeants d’entreprise, ne cachent pas leur soulagement.

Le rapport lui-même est dense et formule 20 propositions. Le grand sujet sur lequel le rapport était attendu est celui de la réforme du statut juridique de l’entreprise, ce qui ne peut advenir qu’à partir de la redéfinition de ce qu’il est convenu de désigner comme « l’objet social » de l’entreprise. Il s’agit là en effet d’une question majeure, et en vérité d’une question quelque peu complexe.

Le rapport Notat-Senard opère entièrement du côté de la RSE (responsabilité sociale des entreprises), tout en donnant à croire (par les propositions concernant les précisions apportées à la notion d’objet social) qu’il agit sur le versant du renouvellement du statut de l’entreprise. Sur ce sujet majeur, celui où le rapport était le plus attendu, la proposition apparaît comme bien timorée. L’innovation du rapport consiste seulement à proposer une adjonction, non à l’article 1832, fondateur, mais à l’article 1833, qui en est un simple prolongement. Apparaît une notion « d’intérêt propre » de l’entreprise, supposé distinct de celui des « associés », ce qui serait un progrès si l’on précisait : i) en quoi consiste cet intérêt propre et ii) qui (hors les associés actionnaires) en est le dépositaire ; toutes précisions que le rapport n’apporte pas.

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Au nom de cet « intérêt propre », il est aussi suggéré - et c’est là le second ajout - l’idée que l’entreprise doit être gérée « en tenant compte des enjeux sociaux et environnementaux ». Comme on l’aura compris, il n’y a ici nulle mention d’une contrainte à caractère légal pesant sur les « associés », lesquels en tout état de cause restent maîtres du jeu. De même aucune implication n’est tirée de l’introduction de cette notion « d’intérêt propre » en matière de gouvernance. Les adjonctions proposées sont ainsi pensées pour n’avoir aucune implication « statutaire ».

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