L'expression "la montagne qui accouche d'une souris" est passée dans le langage courant pour désigner les résultats décevants et dérisoires d'une entreprise ou d'un projet ambitieux. Cette locution trouve son origine dans l'Antiquité et a été popularisée par Jean de La Fontaine dans sa fable éponyme. Cet article se propose d'explorer en profondeur cette fable, son origine, sa signification et sa portée.

Origines et Inspirations

L'inspirateur de cette fable est Horace, qui, vers l'an 14 avant J.-C., a traité ce sujet avec une remarquable concision dans son Art poétique. La Fontaine reprendra cette idée avec ironie, dénonçant le poète qui annonce un sujet grandiloquent et qui ne produit qu'une œuvre médiocre. Au XVIe siècle, Rabelais la reprendra dans le « Tiers-Livre », chapitre 24 : « La mocquerie est telle que la montagne d'Horace, laquelle crioyt et lamentoyt énormément comme femme en travail d'enfant. A son cris et lamentation accourut tout le voisinage, en expectation de veoir quelque admirable et monstrueux enfantement ; mais enfin ne nasquit d'elle qu'une petite souris. »

La Fable de La Fontaine : Un Récit Concis et Percutant

La fable "La Montagne qui accouche" figure dans le Livre V, fable 10, du recueil de La Fontaine, paru en 1668. Elle est composée de quatorze vers, répartis en deux strophes : un sizain d'octosyllabes et un septain de vers de métrique variable.

Le récit est bref, vif et plaisant, comme le suggérait La Fontaine dans la fable "Démocrite et les Abdéritains".

L'Art du Récit

La première strophe (vers 1 à 6) expose l'exemplum. La Fontaine utilise l'imparfait pour décrire une action durable ("Jetait une clameur", vers 2) et le passé simple pour la brièveté ("Elle accoucha d'une souris", vers 6). Il joue avec les sonorités et les mots pour donner du rythme à son récit, notamment grâce à :

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  • une allitération en [k] qui parcourt la strophe ("clameur", vers 2 ; "Que, chacun et accourant", vers 3 ; "Crut et accoucherait", vers 4 ; "accoucha", vers 6)
  • la paronomase "accourant / accoucherait" (vers 3-4), qui renforce l'idée d'action.

La montagne est symbolisée par de nombreuses personnifications, à commencer par la majuscule dans le titre et la présentation de la montagne avec des caractéristiques humaines. Une insistance est mise sur son bruit fort ("une clameur si haute", vers 2 ; "au bruit", vers 3), soulignant la disproportion entre l'annonce et le résultat.

L'Art de la Versification

La seconde strophe (vers 7 à 14) est composée de vers de métrique variable (alexandrins, hepta- et octosyllabes, voire dissyllabique). On constate un changement fréquent de rythme, avec des vers courts, voire très courts. L'ironie de La Fontaine apparaît lors de la rupture conclusive, qui souligne l'assimilation de l'annonce d'un sujet prétentieux à une œuvre finalement médiocre, par un passage de l'alexandrin régulier à un vers dissyllabique : "C'est promettre beaucoup : mais qu'en sort-il souvent ?"

La Portée Morale et la Réflexion sur la Littérature

La Fontaine, en tant que moraliste, intervient dans sa fable. Le dernier vers, "Du vent", s'oppose aux termes du style direct de l'auteur (vers 10) : "la guerre, les Titans, Maître du tonnerre", et renvoie à l'hyperbole conclusive de la première strophe ("Elle accoucha d'une souris"). Ainsi, la montagne et l'auteur font bien trop de bruit pour pas grand-chose !

La fable se moque d'un poète qui annonce un sujet ronflant et qui ne produit qu'une œuvre très médiocre. La portée de l'expression dépasse largement la simple littérature.

La fable est un genre double : elle appartient en même temps au grand genre du récit (conte, fabliau, etc.) et à celui de la littérature d’idées. Or ces deux genres, de même que l’huile et l’eau, éprouvent quelque difficulté à se mélanger. En effet le récit suppose des personnages bien identifiés, la morale parle pour l’humanité entière ; le récit a un début et une fin, la morale est intemporelle. Le projet de La Fontaine est très différent : il s’agit non pas de soumettre le récit à l’idée qu’il est censé illustrer, mais de jouer sur la tension entre les deux genres pour donner une force nouvelle à la fable. Il a donc développé l’art du récit, en même temps qu’il lui a donné une valeur souvent plus philosophique que purement morale.

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Interprétations et Applications Modernes

L'expression "la montagne qui accouche d'une souris" est utilisée pour dénoncer la disproportion entre les moyens engagés et les résultats obtenus. Elle s'applique dans de nombreux domaines, qu'il s'agisse de projets politiques, économiques, sociaux ou personnels.

Par exemple, on peut l'utiliser lorsque, dans un restaurant, le menu vous annonce "Emincé de suprême de porc sur son lit de verdure" et qu'on vous amène une vulgaire et fine tranche de pâté industriel accompagnée d'une feuille de salade flétrie.

Elle peut également s'appliquer à des situations où l'on attend une réponse positive à un projet et que le résultat arrive négatif ou décevant par rapport à l'ambition initiale.

En parlant de ''la montagne qui accouche'' ou de ''la montagne qui accouche d'une souris'' on parle de la frustration que nous éprouvons lorsque notre action ne produit pas le résultat attendu par nous-même ou par les autres. C'est le sens proprement dit de la locution. C'est le sens littéral d'accouchement de souris qu'on peut aussi rencontrer dans l'expression ''c'est un enfant qui accouche'' ou encore ''c'est un enfant qui accouche de souris'' et qui veut dire que l'enfant qu'on a mis au monde est très différent de ce que nous espérions. Enfin, en parlant de ''la montagne qui accouche'' on parle de la difficulté de se montrer crédible.

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