La Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) est une maladie virale qui affecte les ruminants domestiques, notamment les bovins, les ovins et, plus rarement, les caprins. Transmise par des moucherons piqueurs du genre Culicoïdes, elle représente une préoccupation majeure pour les éleveurs en raison de ses impacts sur la santé animale et la production. L'avortement est l'une des conséquences possibles de cette infection, suscitant des inquiétudes quant à la fertilité et au renouvellement des troupeaux.
Généralités sur la Fièvre Catarrhale Ovine
La FCO est une maladie virale, non contagieuse par contact direct (la contamination est possible par les aiguilles), transmise par des moucherons piqueurs : les Culicoïdes. Elle touche les ruminants (bovins, ovins, lamas, plus rarement les caprins et d’autres ruminants). La faune sauvage n’a pas de rôle dans la propagation de la maladie. Il est important de souligner que la FCO n'est pas une zoonose, ce qui signifie qu'elle n'est pas transmissible à l'humain et n'affecte pas les denrées alimentaires.
L’incubation (délai entre l’infection et le début de la maladie) est de 6 à 8 jours. Les bovins sont moins sensibles que les ovins : moins d’animaux touchés et moins de mortalité. Les animaux avec une baisse d’immunité (âgés, récemment stressés, transportés, etc.) sont davantage sujets à exprimer des signes cliniques. Les signes cliniques de la FCO (3 ou 8) sont identiques à ceux de la MHE.
Propagation de la maladie
Depuis l’année dernière, la FCO se propage dans notre pays depuis le sud-ouest vers le nord pour la FCO-8 et depuis le nord-est vers l’ouest pour la FCO-3. La France fait actuellement face à une épidémie de Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) qui touche les ovins et les bovins. Deux sérotypes sont particulièrement virulents : le numéro 8 qui circule en France depuis 2023, date de son apparition dans le sud du Massif Central, et le sérotype 3 qui a émergé aux Pays-Bas en septembre 2023 et a atteint la France en juillet 2024.
Depuis lors, ce virus s’est propagé vers l’Allemagne, l’Angleterre, la Belgique, depuis le 7 août 2024 en France. Le Grand-Est déclare ses premiers foyers en août 2024. La MHE gagne également du terrain sur notre territoire.
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Impact sur les élevages
Afin d’évaluer les conséquences de cette maladie pour les élevages, la plateforme Epidémiosurveillance en santé animale (ESA) a lancé une enquête auprès de 314 élevages bovins ou ovins ayant été touchés par la FCO-3 ou la FCO-8.
L’enquête montre que certains cheptels touchés par la FCO n’ont eu que très peu d’animaux malades alors que dans certains cas, la plupart des animaux ont été affectés. La variabilité est donc très forte selon les troupeaux. Il ressort que la morbidité médiane (nombre d’animaux malades dans un troupeau) chez les bovins est de 6 % pour la FCO-3 et de 3 % pour la FCO-8. Chez les ovins, ces chiffres sont respectivement de 8 % et 4 %. La FCO infecte donc légèrement plus les ovins que les bovins et la FCO-3 contamine plus d’animaux que la FCO-8. Dans la plupart de cas, seule une faible proportion des animaux sont malades.
Concernant la mortalité, l’enquête fait ressortir que celle-ci est faible même si là-aussi, il y a de fortes différences entre élevages. Chez les bovins, entre un quart (FCO-8) et un tiers (FCO-3) des élevages ont perdu au moins une vache.
L'Avortement : Une Conséquence de la FCO
L'infection par certaines souches de FCO peut entraîner des problèmes de reproduction chez les ruminants, notamment l'avortement. Certaines souches de FCO sont capables de passage transplacentaire et de malformations importantes chez les bovins. Elle peut causer des avortements, des anomalies cérébrales sur les veaux nés à terme qui peuvent se manifester par une cécité ou un veau « idiot ». Les mâles peuvent excréter du virus dans le sperme.
Les avortements empêchent aussi le renouvellement des troupeaux en vaches. Pour les vaches, la contamination de la fièvre catarrhale ovine entraîne souvent des avortements. Et après un avortement, les animaux restent souvent infertiles. Une source d'inquiétude. Moins de lait à cause des avortements, et des animaux qui se vendent moins bien.
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Sur la reproduction : baisse de la fertilité et de la prolificité des brebis, avortements. La libido réapparait avant la fertilité avec retour à la normale entre 2 et 5 mois. Dans ¼ des cas, stérilité définitive.
Données sur les avortements liés à la FCO
Concernant les avortements, l’étude insiste sur le fait que les différents impacts sur la reproduction ne peuvent pas être mesurés avec cette enquête. Elle se contente de dénombrer le nombre d’avortements constatés dans les élevages touchés par la FCO. Les avortements précoces ne sont pas comptabilisés, à l’inverse certains des avortements comptabilisés ne sont peut-être pas causés par la FCO. Il en ressort qu’au moins 44 % (FCO-3) et 20 % (FCO-8) des élevages bovins ont observé des avortements. Ces chiffres sont plus faibles chez les ovins puisqu’ils sont respectivement de 7 % et 15 %.
L’Institut de l’élevage note : « Dans la région Grand Est, par exemple, la collecte avait dépassé les niveaux des trois dernières années avant de chuter brutalement à partir de fin septembre, en raison de l’épidémie. E. L’infection par le sérotype 8 du virus de la fièvre catarrhale ovine (FCO) est associée à divers troubles liés à la reproduction, tels qu’une diminution de la fertilité chez les mâles et une réduction du nombre de gestations.
Autres causes d'avortement chez les ruminants
Il est crucial de noter que la FCO n'est pas la seule cause d'avortement chez les bovins et les petits ruminants. Historiquement motivée par la lutte contre la brucellose dont c’est le signe majeur, la déclaration de l’avortement chez les bovins ainsi que de tout épisode abortif chez les petits ruminants (au moins 3 avortements sur une période de 7 jours) est obligatoire au vétérinaire sanitaire de l’élevage avec une prise en charge de la visite et des prélèvements par l’Etat. Elle est hélas négligée notamment car la France est désormais indemne de brucellose. Or divers facteurs peuvent intervenir dans l’arrêt d’une gestation (traumatisme, alimentaire, maladies). Depuis 2010, un groupe national d’experts travaille pour donner un guide d’intervention dans le cas de séries d’avortements.
Soit on met en évidence l’agent pathogène grâce à différentes techniques, soit on recherche les anticorps produits par les animaux contre cet agent pathogène (sérologie). Ces 2 parasites assez voisins s’installent chez les ruminants et se transmettent in utero à leurs produits, ils se localisent alors souvent sur le bloc « cerveau/yeux ». Récupérer l’avorton afin que le laboratoire teste le cerveau est le seul geste assurant la certitude d’un résultat positif. Par ailleurs, comme il s’agit d’une maladie parasitaire, si la contamination a eu lieu sur le troupeau, d’autres femelles sont vraisemblablement infectées. Exemple de la Fièvre Q : au moment de l’avortement causé par la Fièvre Q, la bactérie responsable, Coxiella est présente dans les sécrétions génitales (ATTENTION A SE PROTEGER, ZOONOSE !), le placenta voire l’avorton, mais en quantité variable selon l’espèce : en abondance chez les petits ruminants, beaucoup moins chez la vache. On ne parvient pas toujours à la mettre en évidence par la technique PCR. D’un autre côté, un résultat positif isolé en PCR peut ne pas être significatif de la cause d’avortement.
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Symptômes de la FCO
Les signes cliniques de la FCO (3 ou 8) sont identiques à ceux de la MHE.
Chez les ovins
Les ovins sont les plus touchés cliniquement avec une mortalité possible, très importante dans certains cas, et baisse de production. Les signes cliniques (au moins 2 signes cliniques associés) :
- Cavité buccale : ulcères gencives/intérieur des lèvres, cyanose de langue (langue bleue)
- Hypersalivation importante
- Tête : oedème des lèvres, de l’auge, de la langue, des paupières, des oreilles
- Locomoteur : boiteries, démarche raide, oedème des membres, atteinte plus fréquente des postérieurs mais souvent des 4 membres, ulcères et perte d’onglons.
- Hyperthermie (souvent marquée)
- Jetage nasal (« nez qui coule ») voire difficultés respiratoires
- Conjonctivite
- Abattement, anorexie, amaigrissement
- Avortement
Les signes cliniques ainsi que leur intensité sont différents d’un animal à l’autre et d’un élevage à l’autre.
Chez les bovins
Les signes cliniques (au moins 2 signes cliniques associés) :
- Mufle : congestion, nez irrité et crouteux, jetage nasal (« nez qui coule »)
- Bouche : muqueuses rougeâtres, ulcères, hypersalivation (« vache qui bave »)
- Hyperthermie (fièvre)
- Abattement, anorexie, amaigrissement
- Conjonctivite, larmoiement
- Boiterie, oedème des pattes
- Trayons enflés et rouges +/- oedème de la mamelle
- Baisse de production laitière de 3 à 5%
Les signes cliniques ainsi que leur intensité sont différents d’un animal à l’autre et d’un élevage à l’autre.
Diagnostic de la FCO
Le diagnostic de certitude entre FCO 8, FCO 3 et MHE se fait uniquement par PCR au laboratoire. La virémie (présence du virus dans le sang) est en moyenne de 15 à 30 jours après contamination. Elle dure généralement :
- 15-21 jours chez les ovins
- 30 jours chez les bovins
Les prélèvements se font sur tube EDTA voire les organes, préférentiellement la rate. A noter que la PCR reste positive beaucoup plus longtemps (environ 180 jours, allant jusqu’à 7 mois chez les bovins) La sérologie permet un diagnostic tardif souvent a posteriori.
Prévention et contrôle de la FCO
La prévention de la FCO repose principalement sur la vaccination et la lutte contre les vecteurs. Pour protéger votre troupeau contre la FCO 3, la FCO 8 et la MHE, vaccinez votre cheptel avant la mise à l’herbe et le retour de l’activité des culicoïdes.
La vaccination FCO est fortement recommandée afin de limiter les impacts d’une potentielle contamination.
La désinsectisation réduit les risques de piqûres par les moucherons (sous conditions d’une application régulière et d’une concentration suffisante pour atteindre les parties fines du corps, là où les vecteurs piquent de façon préférentielle). La désinsectisation reste un outil complémentaire mais ne permet pas une protection collective et ne remplace pas la vaccination (Avis AFSSA, 2009).
Vaccination
La vaccination est un relais efficace, sur les animaux non infectés (chevrettes/agnelles de renouvellement). Le vaccin ne protège que les animaux indemnes. Elle est possible et recommandée à partir de l’âge de 3 mois et dans tous les cas avant la mise à la reproduction (rappel annuel possible avant chaque mise à la reproduction).
Les vaccins développés actuellement ne sont pas prévus pour prévenir les troubles de la reproduction.
Mesures à prendre en cas de suspicion de FCO
Que faire ?
- Surveiller les animaux matin et soir : état général, comportement alimentaire/hydratation, production
- Contacter son vétérinaire rapidement
- Limiter et sécuriser les mouvements depuis une zone atteinte pour ralentir la propagation de la maladie
- Vacciner ses animaux (bovins et ovins) dès que possible afin de réduire l’impact clinique et, pour la FCO-8, la diffusion de la maladie.
Impact économique et psychologique sur les éleveurs
La FCO représente une charge importante pour les éleveurs, tant sur le plan économique que psychologique. Valentin Crimet, éleveur de vaches laitières, témoigne que la crainte d'une contamination est "un poids de plus et un frein de plus à l'élevage. C'est un motif de découragement pour arrêter l'élevage et ne faire plus que des terres, ou pourquoi pas quitter le métier pour certains. On a vraiment trop de contraintes, et on en peut plus quoi".
Il craint donc une grosse perte de chiffre d'affaires qui va s'étaler sur les prochains mois, voire années.
Moins de lait à cause des avortements, et des animaux qui se vendent moins bien. Les avortements empêchent aussi le renouvellement des troupeaux en vaches. Mais la fièvre catarrhale ovine va aussi ralentir la vente des veaux mâles, selon les anticipations de l'éleveur. "Le but, c'est quand même de limiter la propagation de la maladie et donc de ne pas vendre d'animaux qui potentiellement sont infectés dans des zones qui n'ont pas la fièvre catarrhale ovine", observe Valentin Crimet.
Conscient de ces difficultés, le gouvernement a mis en place des mesures de soutien aux éleveurs touchés. C'est pour faire face à cette situation que le Premier ministre, Michel Barnier, vient d'annoncer un chèque de 75 millions d'euros et des prêts garantis par l'Etat pour les éleveurs touchés.
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