La diversification alimentaire est une étape essentielle dans la vie d'un nourrisson, marquant la transition progressive du lait maternel ou infantile vers une alimentation plus variée. Ce processus, qui suscite de nombreuses questions chez les parents, a connu d'importantes évolutions au cours des dernières années. Cet article vise à éclaircir les recommandations actuelles en matière de diversification alimentaire, en tenant compte des dernières directives de Santé Publique France et des études menées auprès des parents et des professionnels de la santé.

Définition et Importance de la Diversification Alimentaire

La diversification alimentaire du nourrisson correspond à l’introduction d’aliments solides ou liquides autres que le lait de femme ou le lait infantile. L’alimentation est essentielle pendant les premières années de vie pour permettre d’assurer une croissance optimale. C'est un moment important pour les parents mais source de nombreux questionnements.

Recommandations d'Âge pour le Début de la Diversification

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande un allaitement maternel exclusif pendant six mois et une diversification alimentaire lorsque les besoins nutritionnels du nourrisson ne sont théoriquement plus couverts par l’allaitement maternel exclusif. Les recommandations françaises actuelles du Programme National Nutrition Santé (PNNS) préconisent une diversification idéalement à partir de 6 mois, et jamais avant 4 mois, après une période d’allaitement exclusif préconisée par l’Organisation Mondiale de la Santé. Certains aliments peuvent être introduits un peu plus tôt entre 4 et 6 mois. L’European Society for Paediatric Gastro­enterology, Hepa­tology and Nutrition (ESPGHAN) et l’European Food Safety Authority (EFSA) recommandent de débuter la diversification alimentaire entre 4 et 6 mois.

Selon une étude, l’âge médian pour le début de la diversification alimentaire est de 152 jours, soit 5 mois révolus. Seulement 13% des nourrissons sont diversifiés avant 4 mois et 67% le sont avant 6 mois.

Pourquoi cet intervalle d'âge ?

Avant 3-4 mois, le développement psychomoteur du nourrisson ne lui permet pas encore de manger des aliments solides en toute sécurité ; il existe un risque de fausses routes, d’hypersensibilité de la sphère orale, puis de potentiels refus alimentaires par la suite. À l’inverse, si l’on reporte la diversification, le développement de la mastication risque de prendre du retard, et des troubles de l’oralité alimentaire peuvent apparaître ultérieurement.

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Introduction des Aliments : Ordre et Types

Aujourd’hui, on considère qu’il n’y a pas d’ordre particulier à respecter pour introduire ces différents aliments : poisson, viande, œuf, légumes secs, féculents, produits laitiers, légumes, fruits, volaille… Vous pouvez introduire tous les groupes d’aliments, même les aliments allergènes dès le début de la diversification alimentaire entre 4 et 6 mois. En effet, plus bébé goûte tôt à ces aliments, plus ils développent leur tolérance à ces aliments. L’introduction précoce des aliments les plus allergisants, comme les œufs, le poisson, l’arachide, diminue le risque d’allergie ultérieure.

Au début seulement quelques cuillères ! Vous pouvez par exemple commencer par les légumes à midi ou le soir, et les fruits pour le goûter. En revanche, pour que bébé puisse découvrir les saveurs une à une, il est recommandé de servir au démarrage chaque nouvel aliment séparément, sans le mélanger. Vous pourrez par la suite les mélanger une fois que chaque aliment aura été accepté.

Aliments à éviter

Les fromages non pasteurisés sont fortement déconseillés avant l’âge de 10 ans, de même que les viandes crues ou peu cuites (cuire à coeur les viandes hachées) pour prévenir le risque de syndrome hémolytique et urémique chez l’enfant. Les produits de la mer crus sont également déconseillés avant l’âge de 5 ans. La mention d’aliments à proscrire (lait cru et produits laitiers au lait cru, miel) a été une surprise pour la plupart des parents, les risques associés étant inconnus.

Textures et Mastication

La texture des aliments doit être adaptée au développement psychomoteur de l’enfant et à ses capacités masticatoires. Les textures doivent être adaptées aux capacités masticatoires de l’enfant, mais il ne faut pas retarder l’introduction des morceaux.

Les purées lisses et onctueuses, introduites entre 4 et 6 mois, ne requièrent aucune force masti­catoire particulière. Les purées granuleuses sont proposées vers 7-10 mois (mastication basique haut-bas), puis les textures molles (banane, avocat…) vers 10-12 mois (mastication intermédiaire). Les aliments durs mais solubles et fondants en bouche (sablés…) peuvent être introduits vers 10-12 mois. Les aliments durs sont proposés progressivement, après 10-12 mois, car ils nécessitent une mastication bien développée et rotatoire.

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Vous pouvez les introduire dès 6/8 mois, selon l’âge de début de diversification et si votre enfant semble prêt :

  • S’il avale correctement ses purées épaisses
  • S’il maintient sa tête et son dos bien droit dans sa petite chaise
  • S’il cherche à se nourrir tout seul
  • S’il effectue des mouvements de mâchonnement en portant les aliments à sa bouche

Les 3 types de textures possibles :

  • À partir de 6/8 mois : tous les aliments hachés ou écrasés grossièrement.
  • À partir de 8 mois : aliments en morceaux très mous qui s’écrasent entre la langue et le palais ou entre les doigts.
  • À partir de 10 mois : aliments en morceaux à croquer, à mâcher

Petite astuce : Introduisez une seule nouvelle texture par repas et n’hésitez pas à lui proposer un petit quignon de pain pour venir stimuler les muscles de sa mâchoires

La diversification menée par l'enfant (DME)

La diversification menée par l’enfant (DME) se définit par des aliments que l’enfant peut manger par lui-même, en limitant la nécessité d’utiliser la cuillère à moins de 10 % des aliments. Cela lui permet, dès l’âge de 5 à 7 mois, de prendre lui-même les aliments solides en main. Cette méthode a plusieurs avantages : développer plus précocement les capacités masticatoires, faire découvrir les goûts, individuellement, et diminuer le risque de néophobies alimentaires. Il est effectivement très important de laisser les enfants toucher et jouer avec les aliments qu’ils mettront à la bouche, pour qu’ils aient un rôle actif et autonome dans leur alimentation.

Vous pouvez débuter la DME vers les 6 mois de bébé, lorsqu’il tient assis tout seul et qu’il arrive à porter les aliments à sa bouche. Idéal pour stimuler ses sens et son autonomie, la DME présente de multiples bienfaits pour l’enfant :

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  • Développe sa motricité et son langage (par la stimulation des muscles de sa mâchoire)
  • Prévient les risques d’obésité et de néophobie alimentaire
  • Eveille la confiance en soi

Une seule règle, commencez la DME quand bébé est prêt et que vous l’êtes également. En tant que parents vous avez un rôle fondamental en observant ce que l’enfant ressent et ce qu’il aime, en l’encourageant et en le rassurant.

Besoins Nutritionnels Spécifiques

Lipides

Les besoins lipidiques des nourrissons sont supérieurs à ceux des enfants plus grands et des adultes, notamment pour leur développement cérébral. L’ajout de matières grasses est donc requis systématiquement, y compris dans les petits pots industriels (beurre, crème fraîche, fromage fondu, huile). Les besoins en acides gras essentiels et semi-essentiels (acide linoléique, acide alphalinolénique, acide docosahexaénoïque [(DHA]) sont le plus souvent couverts par les laits infantiles. L’enrichissement des laits de croissance en DHA n’est pas obligatoire. Après 1 an, la consom­mation de deux portions de poisson par semaine permet de couvrir les besoins en DHA. Les enfants de moins de 3 ans ont des besoins importants en gras pour leur développement. Dès le début de la diversification, on ajoute une petite cuillère à café dans le repas de bébé en alternant les apports : huile de colza, noix, olive, beurre…

Fer

Les besoins en fer absorbé sont très faibles pendant les six premiers mois de vie et augmentent ensuite. La carence martiale est la carence nutritionnelle la plus fréquente au monde, y compris dans les pays développés. Compte tenu des coefficients d’absorption très variables du fer (30 % pour le fer héminique des viandes et des poissons, 5 à 10 % pour le fer non héminique des légumineuses, des végétaux et des céréales enrichies en fer), la Société française de pédiatrie recommande d’évaluer les apports, non pas en fer ingéré, mais en fer absorbé. Les besoins en fer absorbé (1 mg/j entre 6 et 12 mois) sont couverts par 700 mL de lait 2e âge, ou moins selon la consommation de viande par l’enfant.

Sucre et Sel

Les nourrissons ont une préférence innée pour les saveurs sucrées ou salées, et une inappétence pour l’amer. Il n’est pas nécessaire d’ajouter du sucre ou du sel dans les plats destinés aux nourrissons après cuisson. Non, évitez tout ajout de sel avant 1 an. Les reins de bébé ne sont pas matures pour éliminer l'excès de sodium. Les aliments ont leur goût naturel que bébé apprend à apprécier.

Conseils Pratiques pour les Parents

  • Écoute et observation: L’écoute et l’observation de l’enfant pour adapter l’alimentation à son évolution sont primordiales.
  • Ne pas forcer: Une règle d’or est de ne jamais forcer bébé à manger, surtout pas en enfonçant une cuillère dans sa bouche. On observe bébé et ses réactions : s’il ne veut pas manger, c’est peut-être qu’il n’a plus faim ou qu’il est surpris par un nouvel aliment, un nouveau goût.
  • Exposition répétée: On lui re-proposera une prochaine fois en sachant qu’il faut souvent présenter plusieurs fois le même aliment (parfois jusqu’à 10 !), pour que l’enfant l’accepte et commence à y prendre plaisir. Ne pas hésiter à proposer un aliment jusqu’à 10 fois, un bébé peut avoir besoin de temps pour l’apprécier.
  • Ambiance calme: Il faut inciter les parents à donner à manger à leur enfant dans une ambiance calme, sans distraction. Etre attentif à l’environnement du repas, en évitant notamment la présence d’écrans.
  • Installation adéquate: L’installation du nourrisson pendant le repas est primordiale : en position contenue, dans les bras, ou dans une chaise haute adaptée.
  • Fait maison privilégié: Goûts, textures, personnalisation des repas… cuisiner maison est la meilleure façon pour diversifier l’alimentation de bébé.

Les Sources d'Information pour les Parents

Les professionnels de santé sont la principale source d’information pour 81 % des parents (sans différence selon le niveau de diplôme) et la plus influente sur la diversification alimentaire, surtout chez les plus diplômés et ceux se considérant dans une bonne situation financière. Les médecins généralistes et les pédiatres sont essentiellement cités (par 47% des parents). Internet (sites web, blogs, réseaux sociaux, applications pour smartphones) est la seconde source d’information pour 72 % des parents. Son niveau d’influence est toutefois moindre. Le réseau parental (amis, famille) est une source d’information pour 63 % des parents (surtout pour les moins diplômés) avec un niveau d’influence assez élevés surtout chez les plus diplômés. Quant aux supports imprimés (livres, presse écrite), ils sont une source d’information pour 44 % des parents et d’un niveau d’influence un peu moindre, plus élevé chez les plus diplômés.

Selon les pédiatres, les outils les plus efficaces pour attirer l’attention des parents sont les sites internet (pour 73 % des répondants), des brochures (59 %) et des applications smartphone (57 %).

Les Nouvelles Recommandations de Santé Publique France (2021)

En 2021, Santé publique France a formulé avec l’appui de professionnels de santé et de la petite enfance, les recommandations alimentaires pour les parents d’enfants âgés de moins de 3 ans. Elles ont fait l’objet de plusieurs études auprès de parents et de professionnels de la santé, afin de s’assurer de leur compréhension et accessibilité :

  • Possibilité d’introduire tous les groupes d’aliments, y compris les aliments réputés allergènes, dès le début de la diversification, c’est-à-dire entre 4 et 6 mois
  • Introduire de nouvelles textures à partir de 6-8 mois (environ 2 mois après le début de la diversification)
  • Ne pas hésiter à proposer un aliment jusqu’à 10 fois, un bébé peut avoir besoin de temps pour l’apprécier
  • Ajouter systématiquement des matières grasses dans les préparations maison ou dans celles du commerce qui n’en contiennent pas
  • Introduire les produits sucrés à l’âge le plus tardif possible et de manière limitée
  • Faire confiance à l’appétit de l’enfant et être attentif aux signes de rassasiement
  • Ne pas forcer un enfant à manger
  • Etre attentif à l’environnement du repas, en évitant notamment la présence d’écrans

Réactions et perceptions des parents face aux nouvelles recommandations

Certaines informations considérées comme nouvelles par les parents ont provoqué de vives réactions à l’image des femmes ayant allaité surprise par la recommandation de commencer la diversification dès 4 mois alors que l’OMS recommande l’allaitement exclusif jusqu’à 6 mois. L’introduction de tous les types d’aliments « y compris ceux réputés allergènes » entre 4 et 6 mois a aussi été difficilement acceptée, en raison de la crainte d’allergies ou de problèmes digestifs. Une réticence liée à la croyance que l’unique rôle de la diversification est de repérer les aliments susceptibles de provoquer une allergie en les introduisant un par un.

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