L'avortement est une question éthique et morale complexe, particulièrement au sein de la communauté catholique. L'article explore les différentes perspectives sur l'avortement au sein de l'Église catholique, en s'appuyant sur des déclarations officielles, des débats théologiques et des prises de position de personnalités influentes. Il met en lumière les tensions entre la doctrine officielle de l'Église, qui condamne l'avortement, et les opinions divergentes de certains catholiques, théologiens et institutions.

La Doctrine Catholique Traditionnelle

L'Église catholique condamne fermement toute forme d'avortement volontaire. Elle considère qu'il s'agit d'un acte immoral qui viole le caractère sacré de la vie humaine, laquelle doit être respectée depuis la conception jusqu'à la mort naturelle. Cette position est fondée sur la conviction que le fœtus est un être humain à part entière dès sa conception. Le pape Jean-Paul II a réaffirmé cette position de manière catégorique dans son encyclique Evangelium Vitae en 1995.

Les Débats Précurseurs à la Loi Veil

Contrairement à la vive contestation de l'encyclique Humanae Vitae sur la contraception, les débats ayant précédé la légalisation de l'avortement en France, avec la "loi Veil" du 16 janvier 1975, sont souvent oubliés. Dès 1969, la revue Esprit avait ouvert la discussion, suivie par le Planning familial qui créa l'Association pour l'étude de l'avortement (ANEA). Cette association comptait parmi ses vice-présidents des personnalités chrétiennes telles que le théologien et pasteur André Dumas et le religieux salésien René Simon.

L'ANEA, composée de vingt personnes, incluait sept personnalités chrétiennes : deux pasteurs (dont André Dumas), un jésuite (Philippe Julien) et trois dominicains (Jacques Pohier, Bernard Quelquejeu et Albert Plé).

Émergence de Perspectives Nuancées

Dans les années 1970, des voix discordantes se sont élevées au sein de l'Église catholique, remettant en question la position officielle sur l'avortement. Des articles ont commencé à paraître dans des revues catholiques, explorant les complexités morales et théologiques de la question.

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Un numéro de la revue de théologie Lumière et Vie (n° 109), publié en octobre 1972, était entièrement consacré à l'avortement. Il contenait des articles de Bernard Quelquejeu (une réflexion philosophique sur la procréation) et de Jacques Pohier, intitulé "Réflexions théologiques sur la position de l'Église catholique".

Jacques Pohier remettait en question l'idée que tout ovule fécondé est automatiquement un être humain. Il affirmait que, en l'absence de critères biologiques ou religieux définitifs, il revient aux hommes de décider à partir de leur connaissance des facteurs nécessaires au développement d'un fœtus en être humain. Selon lui, un embryon ne devient humain que lorsqu'il est accepté et intégré à la communauté humaine. Il concluait que "toute expulsion volontaire d'un fœtus n'est pas forcément l'élimination d'un être humain".

Le jésuite et psychanalyste Louis Beirnaert, membre de l'École freudienne de Paris, soutenait également que la relation des parents avec le fœtus était essentielle. Il affirmait qu'il était nécessaire de reconnaître que, dans certains cas précis, l'interruption de grossesse ne devrait plus être interdite.

La Position de la Fédération Protestante de France

La Fédération protestante de France adopta une position similaire le 29 mars, insistant sur une "morale de la responsabilité" plutôt que sur une "morale du respect de la nature". Elle affirmait que, dans certains cas, "il y a plus de courage et d'amour à prendre la responsabilité d'un avortement qu'à laisser venir au monde des vies qui seraient soit menaçantes pour la santé physique et psychique de la mère, soit menacées dans leur propre viabilité future". Cette prise de position suggérait qu'il était possible d'être chrétien et d'accepter l'avortement.

L'Appel à une Réforme de la Législation Française

En janvier 1973, la revue Études publia un article de 28 pages intitulé "Pour une réforme de la législation française relative à l'avortement". L'analyse, qui se voulait en dehors de toute considération religieuse, philosophique et éthique, concluait que, "s'il y a impossibilité d'humaniser l'enfant à naître", la décision d'interrompre la grossesse appartient à la fois à la mère ou au couple et à la société. Le texte était signé par quatorze personnalités, dont trois théologiens (Bruno Ribes, Philippe Roqueplo et René Simon), le pasteur André Dumas, six scientifiques et quatre médecins.

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Ainsi, trois grandes revues catholiques françaises - Études, le Supplément, Lumière et Vie - s'étaient prononcées en faveur d'une réforme, non seulement de la loi, mais aussi de la doctrine catholique.

Transgression et Soutien Parlementaire

Lors des débats parlementaires sur le projet de loi Veil, un groupe parlementaire entendit 42 personnalités. Le cardinal Renard défendit la position officielle de l'Église, tandis que deux dominicains, Jacques Pohier et Philippe Roqueplo, plaidèrent pour un changement de législation. Ils transgressèrent ainsi une interdiction de s'exprimer publiquement sur l'avortement qui leur avait été signifiée par les autorités romaines.

À la veille du débat à l'Assemblée nationale, un groupe de théologiens rédigea, à la demande de la secrétaire d'État à la condition féminine Françoise Giroud, une note destinée à "libérer" la conscience des députés.

Le Verrouillage Doctrinal

Le 25 novembre 1974, la Congrégation pour la doctrine de la foi publia une Déclaration sur l'avortement provoqué, marquant la fin du débat sur l'avortement au sein de l'Église catholique. Sous Jean-Paul II, un verrouillage doctrinal autoritaire fut mis en place. En février 1987, le cardinal Ratzinger précisa que "l'âme spirituelle de tout homme est immédiatement créée par Dieu". Les encycliques Veritatis splendor (1993) et Evangelium Vitae (1995) ancrèrent le magistère dans l'intransigeance, mettant fin à la recherche théologique florissante des années 1960.

La Croix et le Référendum Irlandais

L'essayiste Thibaud Collin a critiqué la position du quotidien La Croix sur le référendum irlandais autorisant l'avortement, utilisant l'expression "vichysme mental". Après la publication de ce texte, la direction de La Croix a mis fin à son blog.

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Dans son éditorial du 28 mai, La Croix déclarait qu'il fallait "respecter cette réponse" ouvrant la porte à la légalisation de l'avortement, justifiant cette décision en affirmant que "la vie n'est pas qu'un phénomène physique qui mettrait un signe strict d'égalité entre une vie déjà là, celle de la mère et une vie en devenir".

Thibaud Collin dénonçait la contradiction entre une telle ligne éditoriale et l'identité catholique revendiquée par le quotidien. Il utilisait l'expression "vichysme mental" pour dénoncer l'"illusion de croire que l'on peut négocier ce qui n'est pas négociable" en matière de dignité de la vie humaine innocente.

Les Papes et l'Avortement

Le pape François a qualifié l'avortement de "péché grave" et de "crime abominable", reprenant les mots du concile Vatican II. Il a également prolongé la possibilité pour tous les prêtres d'absoudre le péché d'avortement, une disposition initialement prévue pour l'année de la miséricorde.

Benoît XVI, quant à lui, a déploré l'utilisation du concept de "santé reproductive" par les organisations internationales comme une voie pour autoriser l'avortement comme moyen de contrôler les naissances.

Un Appel au Pardon

Un appel au pardon est lancé, demandant aux hommes de reconnaître leur responsabilité dans les avortements et de soutenir les femmes confrontées à des grossesses non désirées. Il est également demandé pardon pour les silences de l'Église et pour les divisions entre catholiques sur la question de la vie.

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