L'interruption volontaire de grossesse (IVG), autorisée en France depuis la loi Veil du 17 janvier 1975, demeure un sujet complexe et personnel. Malgré cette légalisation, l'accès à l'IVG et les expériences vécues par les femmes restent marqués par des réalités diverses et des émotions profondes. Cet article explore ces réalités à travers des témoignages poignants, offrant un aperçu des défis, des choix et des sentiments entourant l'avortement.

Parcours et Décisions : Une Diversité de Situations

Les raisons qui mènent une femme à envisager une IVG sont multiples et profondément personnelles. Les témoignages recueillis mettent en lumière cette diversité de situations.

  • Emilia explique : « Je suis tombée enceinte à la suite d’une erreur dans le calcul de ma date d’ovulation. Avec mon compagnon, nous n’étions pas prêts à accueillir un enfant. Pas à ce moment-là. J’ai donc choisi de ne pas poursuivre cette grossesse. J’ai choisi de recourir à une IVG par voie médicamenteuse. »
  • Laurie, quant à elle, témoigne : « Il y a une quinzaine d’années, j’avais 27 ans et demi. À ce moment-là, j’étais déjà parente de deux enfants : une petite fille de deux ans et demi, et un nouveau-né. Les deux sont arrivés alors que je prenais la pilule. »
  • Nolwenn: « Suite à un retard de règles de 2 jours, j’ai fait un test de grossesse qui s’est révélé positif. J’ai déjà 2 enfants et ne souhaite pas en avoir un autre. Ainsi, je me renseigne pour une IVG. »
  • Maya souligne : « À toi, en train de lire les témoignages, probablement en train de stresser de ce qui t’attend suite à ta décision : Ne panique pas, tu n’es pas seule ! Après un accident de contraception et un test positif, étudiante et sans moyen, le choix était vite pris. »
  • Céline: « A la lecture du test de grossesse, je me suis sentie surprise et démunie. Première fois, pour moi, d’être confrontée à l’avortement. Le choix pour nous (moi et Z) était clair : l’IVG. »

Ces témoignages illustrent que les femmes peuvent choisir l'IVG pour des raisons liées à leur situation personnelle, familiale, financière ou à leur projet de vie.

Accès à l'IVG : Un Droit Toujours en Question

Bien que l'IVG soit légale en France, l'accès à ce droit peut encore être difficile pour certaines femmes. La rédaction de « Ouest-France » à Lisieux s’interroge sur l’accès à l’IVG (interruption volontaire de grossesse) dans le sud du pays d’Auge. Au centre hospitalier Robert-Bisson, les femmes sont accueillies pour réaliser des avortements, qu’ils soient instrumentaux ou médicamenteux.

Sarah, déjà maman de deux enfants, a eu recours à un avortement chirurgical il y a deux ans. Sitôt la grossesse décelée, elle s’est sentie « totalement perdue. Bien qu’informée sur le sujet, Sarah estime qu’il faudrait en faire plus, notamment via des campagnes de communication au niveau local pour identifier davantage les lieux d’accueil. Ce manque d’informations s’est également fait ressentir par la suite, à quelques minutes de l’opération dans le bloc : « J’ai tourné la tête et vu tous les instruments qui allaient servir à l’avortement. On se fait donc beaucoup de films, c’est un peu traumatisant.

Lire aussi: Avis et comparatif poussettes doubles côte à côte

Monique, 68 ans, en 1979, Monique à 23 ans. Elle est en couple et arrête la pilule. « Mon compagnon souhaitait avoir un enfant. Moi, je le suivais un peu… Je crois surtout que j’obéissais plus à l’injonction faite par la société de cette époque à toute jeune femme. Je n’avais pas un si grand désir que cela d’être maman. Quand je suis tombée enceinte, tout s’est embrouillé dans ma tête. » Malgré cet état qu’elle décrit, Monique sait assez rapidement ce qu’elle fera. « Je ne me sentais pas prête psychologiquement à avoir un enfant. Alors, j’ai bu des décoctions abortives. » De ce chamboulement physique et psychique, elle ne dit rien à son compagnon : « il n’aurait pas compris ».Un médecin bienveillantLes remèdes créoles, conseillés par une amie, ne font pas effet. Alors Monique se rend chez le gynécologue qui la suit depuis des années. « C’était à son cabinet. Je l’ai senti dans la bienveillance, pas dans le jugement. J’ai exprimé mon mal-être, mes incertitudes matérielles, mon instabilité psychologique face à cette maternité. » Le médecin programme une aspiration dans son cabinet. De ce jour-là, Monique ne se rappelle que des grandes lignes. Est-ce qu’elle a eu mal ? Pris des médicaments ? Eu droit à une anesthésie ? Elle ne sait plus. Une chose est sûre : hormis à l’amie qui lui a conseillé les plantes, elle n’a parlé à personne de cette interruption volontaire de grossesse.« C'est une décision qui appartient aux femmes » Deux ans après, elle devient mère. À l’occasion de cette grossesse, elle avoue à son compagnon son IVG précédente. « Il a très mal réagi et m’a traitée de tous les noms. » Mais Monique reste droite dans ses bottes et assume son choix. « C’est une décision qui appartient aux femmes. » Une IVG sans stigmatisationCet épisode de sa vie, Monique confie ne pas trop y penser, ou juste « maintenant, parce qu’on en parle. Au fond de moi, je n’ai aucun regret. Je pense que c’est parce que tout s’est fait dans de bonnes conditions. Je ne me suis pas sentie stigmatisée. J’ai aussi ressenti une forte solidarité, de la part notamment de l’amie qui m’avait accompagnée. Elle, elle avait vécu la galère des avortements dans de moins bonnes conditions. Cette affaire-là, c’était une affaire de femmes… »

Lucienne, 60 ans, des interruptions volontaires de grossesse, Lucienne en a eu trois : au début des années 90, six ans plus tard et au début des années 2000. Mais lorsqu’elle parle de son rapport à l’IVG, un des souvenirs les plus intenses qui lui revient remonte au-delà, à la fin des années 80. À l’époque, elle tombe rapidement enceinte après la naissance de son aînée. Lucienne veut garder l’enfant, son compagnon non. Alors, elle qui vit en commune, se résout à venir à Cayenne pour y subir une IVG.« Ils avaient gardé les bocaux avec les fœtus des avortements précédents » Lucienne, 60 ans« Je suis arrivée la première, mais à chaque fois, je laissais passer les autres avant moi. Le médecin et l’infirmière, ou peut-être que c’était une sage-femme, ont bien vu que je restais dans mon coin. À la fin, je ne pouvais plus reculer. Je leur ai expliqué ce que je voulais. Ils m’ont installée, j’ai mis les pieds dans les étriers… J’avais tellement peur ! Parce que toute la matinée j’avais entendu les cris des autres femmes… Et puis sur la table, à côté de moi, ils avaient gardé les bocaux avec les fœtus des avortements précédents… Quand j’ai vu la dame arriver avec son aspirateur, j’ai mis mes mains entre mes jambes en criant "non, non ! Je ne veux pas !" Je suis repartie chez moi et j’ai fait croire à mon compagnon qu’il n’y avait plus de place et que je devrais y retourner. Mais je n’y suis jamais allée. »Une tisane en premier recoursSes enfants ont à peine l’âge de la maternelle quand elle tombe de nouveau enceinte. « Il ne voulait pas de cette grossesse… J’avais peur qu’il me quitte si je gardais l’enfant » souffle-t-elle, évoquant son compagnon, père des deux premiers.Trente ans après, Lucienne se rappelle encore du goût des tisanes qu’elle a préparées à partir de « petites fleurs jaunes ». Echaudée par son premier passage à l’hôpital, elle préfère ce « remède » naturel. « J’étais maman, j’avais peur de mourir et de laisser mes enfants. » Mais la potion n’est pas magique. « Je voyais que je continuais à grossir. Alors j’étais bien obligée de retourner à la clinique. Là, on a vu que je portais des jumeaux. Peut-être que c’était à cause des herbes, mais l’un des deux était presque mort. Alors on a pris rendez-vous pour un curetage, même si j’avais dépassé la date pour une IVG. »Lucienne, se souvient de son sentiment d’abandon, au soir de l’intervention. « J’ai commencé à pisser le sang. Il n’y avait personne hormis un gardien qui dormait sur un brancard et qui m’a crié dessus parce que j’avais sali tous les couloirs. Ce soir-là, j’ai failli mourir. En plus, c’était le début des années Sida, tout cela faisait très peur. »Des prières pour ces enfantsQue ce soit cet avortement ou les deux suivants « suite à des accidents de préservatif » avec son second compagnon, son verdict est le même : « j’ai toujours fait ces avortements avec regret. Par la suite, j’ai fait beaucoup de prières pour que ces enfants me pardonnent. »Pas de tabou avec ses fillesSi elle n’a pas fait étalage de son histoire auprès de son entourage « pour ne pas avoir de réflexions débiles », Lucienne ne l’a jamais cachée à ses enfants et ses petits-enfants. « C’est important, assène-t-elle, d’autant plus que ce sont des filles. Elles auraient pu, elles aussi, être confrontées à cela. »

Evelyne, 60 ans, des interruptions volontaires de grossesse, Evelyne en a, elle aussi, subi trois. Pour sa première IVG, dans l’Hexagone, elle est accompagnée de sa mère. Impossible de faire autrement à l’époque pour une mineure. Mais Evelyne se souvient que tout s’est bien passé « sans jugement », ni de la part de sa mère, ni du corps médical. Même constat pour sa seconde intervention, à l’âge de 30 ans.Enceinte à 50 ansL’histoire est différente pour sa dernière IVG, à Cayenne. « J’avais 50 ans. Cela faisait trois ans que je n’avais plus mes règles et je croyais que j’étais ménopausée. Un mois avant, ma fille m’avait annoncé qu’elle allait avoir un enfant et je l’avais engueulé parce qu’elle n’avait pas encore fini ses études. Quelques jours après, je vois que mon corps change… Nous les femmes, on sent ces choses-là. Je me dis "c’est pas possible, j’ai 50 ans !" Et oui, j’étais bien enceinte.»« On crie ton nom très fort, en tenant un dossier où il y a marqué IVG » Evelyne, 60 ansEvelyne se rend à la PMI. « Je me disais qu’il y aurait plus d’égards, parce qu’il n’y a que des femmes. Quand tu y vas, même si tu es au clair avec ton choix, tu n’y vas pas de gaité de cœur… Alors quand on crie ton nom très fort, en tenant un dossier où il y a marqué IVG… Ça m’a fragilisée. Je n’avais pas envie d’étaler mes affaires devant tout le monde. » Avec son mari, la discussion dès la révélation de la grossesse avait été claire. Evelyne ne se voyait pas être de nouveau mère à 50 ans. Le couple n’a plus jamais évoqué ce sujet par la suite.« Je n’estime pas avoir utilisé l’IVG comme une contraception, affirme Evelyne. J’ai toujours pris la pilule, mais il y a eu des accidents de parcours. Par contre, j’ai choisi mon destin d’être maman ou pas. »

  • Manque d'information : Sarah souligne le besoin de campagnes de communication locales pour mieux informer sur les lieux d'accueil.
  • Jugement et stigmatisation : Monique a subi le jugement de son compagnon après lui avoir révélé son IVG.
  • Conditions difficiles : Lucienne décrit des conditions d'accueil traumatisantes dans un établissement de santé.
  • Manque de bienveillance : Evelyne a été fragilisée par l'annonce de son nom et de la raison de sa venue à la PMI.

Ces témoignages mettent en évidence les obstacles que certaines femmes peuvent rencontrer dans leur parcours d'IVG, qu'il s'agisse de difficultés d'accès à l'information, de stigmatisation sociale ou de manque de bienveillance de la part du corps médical.

L'Expérience de l'IVG : Douleur, Soulagement et Émotions Complexes

L'expérience de l'IVG est unique pour chaque femme. Elle peut être marquée par des émotions diverses, allant du soulagement à la tristesse, en passant par la culpabilité ou le regret.

Lire aussi: Joie Chrome : Test et Avis

  • Rachel : « J’ai été accompagnée par un planning familial en ville qui m’a ensuite orientée vers un centre de planning familial relié à une clinique car j’avais une contre-indication à l’ivg médicamenteuse en ambulatoire. J’ai eu une ivg chirurgicale sous anesthésie générale qui s’est très bien passée. »
  • Méline : « C’était il y a 15 ans… J’avais 23 ans. Il était musicien et moi, régisseuse… Six mois de travail nomade, six mois d’amour fou. On a fait l’amour à la belle étoile cette nuit-là et on n’avait pas de capote sous la main. »

Certains témoignages mettent en lumière la douleur physique et psychologique qui peut accompagner l'IVG. Une femme témoigne : « Comment vivre quand on a tué son enfant ? J’ai payé cher ma décision précipitée, j’ai haï mon esprit aveuglé et apeuré, j’ai perdu goût à la vie. J’ai beaucoup de colère envers le système tel qu’il est, et envers le service Choisir de l’hôpital de Limoges pour ses manquements et son manque d’aide et d’empathie. » Elle ajoute : « Les avortements ont détruit ma vie. Si jamais vous me lisez et que vous êtes enceinte et que dans votre cœur, vous voulez le garder… Je vous supplie de le faire. N’écoutez que vous-même, personne d’autre. »

D'autres témoignages expriment un sentiment de soulagement et de libération. Une femme explique : « Je sais maintenant à quel point l’IVG n’est pas un problème, mais une solution. Ce qui est intolérable, c’est d’imposer une grossesse à une femme qui ne le désire pas, quelles que soient les raisons pour lesquelles elle ne le désire pas. »

Il est important de souligner que ces émotions sont toutes valables et légitimes. L'IVG est une expérience complexe qui peut avoir un impact profond sur la vie d'une femme.

IVG : un acte entouré de clichés

La parole sur ce sujet reste encore rare. « Je n’en parle pas facilement, il faut que je connaisse très bien la personne pour pouvoir l’évoquer. D’ailleurs, je crois au fond que les femmes ressentent encore une forme de honte », estime Nathalie. Pour cause, aujourd’hui encore, l’avortement est associé à un ensemble de clichés, parfois intériorisés par les femmes elles-mêmes. C’est le cas notamment de l’expression « avortement de confort », terme revendiqué par Marine Le Pen et utilisé par les anti-IVG pour attaquer ce droit. L’expression laisse entendre que l’avortement est un geste auquel les femmes auraient recours par pure négligence, voire par paresse. Nathalie appliquait ce terme à son propre cas :…

Un Droit Fondamental et Fragile

L'IVG est un droit fondamental pour les femmes, qui leur permet de choisir si elles souhaitent ou non devenir mères. Cependant, ce droit reste fragile et menacé dans de nombreux pays.

Lire aussi: Joie Pact Flex : Notre comparatif

Le 28 février, le Sénat a adopté le projet de loi visant à inscrire dans la Constitution « la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une IVG ». Le texte va désormais être présenté au Congrès le 4 mars. Au cours des débats, aucun parti politique ou parlementaire n’a abordé « le sort des enfants à naître, les causes et les circonstances sociales de l’IVG, ainsi que les conséquences de l’avortement sur les femmes elles-mêmes » dénonce le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ). Dans ce contexte, l’organisation non-gouvernementale (ONG) spécialisée dans les droits de l’homme a décidé de lancer une initiative afin de permettre à douze femmes de témoigner de l’avortement qu’elles ont vécu.

Annie Chemla raconte à franceinfo avoir rejoint le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (Mlac) en 1973. "Les solutions à l'époque, c'était soit les 'faiseuses d'ange', soit pour celles qui avaient de l'argent le fait d'aller voir un médecin. Et puis, il y avait le fait de se charcuter, c’est-à-dire d'introduire soi-même dans son utérus une sonde ou un morceau de métal pour déclencher des saignements et ensuite on allait à l'hôpital. Et c'est là que les femmes étaient maltraitées. (…) Souvent, on laissait les femmes saigner et les médecins disaient que comme ça, elles ne recommenceraient plus…"

C'est grâce notamment au courage de ces médecins et militants, qui ont pratiqué des milliers d'avortements clandestins, que la loi Veil a finalement été promulguée le 17 janvier 1975. Il a fallu attendre 2012 pour que l'IVG soit remboursée à 100% par la Sécurité sociale. Même si l'accès à l'IVG reste inégal dans certaines régions comme ici en Lorraine et compliqué par des actions de militants anti-IVG comme ici à Rouen, la « liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse » est désormais inscrite dans la Constitution depuis le 4 mars 2024.

Il est donc essentiel de rester vigilant et de défendre ce droit, afin que toutes les femmes puissent avoir la liberté de choisir leur avenir.

tags: #l'avortement #avis #des #femmes #témoignages

Articles populaires: