Depuis la fondation de la République populaire démocratique de Corée en 1948, la dynastie Kim règne sur la Corée du Nord, cultivant un culte du secret autour de sa vie privée. Kim Jong-Un, qui a succédé à son père en 2011, perpétue cette tradition, mais les récentes apparitions de sa fille, Kim Ju-ae, suscitent des interrogations sur l'avenir de la succession.

L'énigmatique famille Kim

Pendant des années, les médias d'État nord-coréens ont gardé le silence sur les enfants de Kim Jong-Un. Selon les renseignements sud-coréens, il aurait trois enfants avec son épouse, Ri Sol-ju, nés en 2010, 2013 et 2017. Seule l'existence de la cadette, Kim Ju-ae, a été révélée au public, en 2013, par l'ex-star américaine du basket-ball, Dennis Rodman, qui s'est vanté de l'avoir tenue dans ses bras lors d'une visite en Corée du Nord.

Kim Ju-ae : L'ascension d'une étoile

C'est en novembre 2022 que Kim Ju-ae fait sa première apparition publique officielle, aux côtés de son père, lors d'un essai de missile. Depuis, elle multiplie les apparitions, lors de revues militaires, de visites d'usines d'armements ou d'élevages de poulets. Les médias d'État la présentent comme la fille « bien-aimée » et « respectée » de Kim Jong-Un, et elle est souvent montrée marchant main dans la main avec son père, tandis que sa mère les suit.

Ces apparitions répétées ont conduit certains experts à penser que Kim Ju-ae pourrait être pressentie pour succéder à son père. Les services de renseignements sud-coréens affirment qu'elle est « sa successeure la plus probable » et qu'il la prépare « dès à présent ». Selon Cheong Seong-chang, chercheur à l'Institut Sejong de Corée du Sud, la Corée du Nord a commencé à bâtir un « culte de la personnalité » autour de Ju-ae, ce qui « signale qu'elle a été désignée successeur de facto même si elle ne détient pas encore le statut officiel de "successeur" ».

Un fils aîné dans l'ombre

Si Kim Ju-ae est mise en avant, l'existence d'un fils aîné, né en 2010, reste entourée de mystère. Selon un retraité du Service national de renseignement (NIS), Choe Su-yong, ce fils serait « pâle et maigre », suscitant une forme de honte chez son père. Des rumeurs persistantes affirment également qu'il souffrirait de troubles mentaux.

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Le fait que Kim Jong-Un préfère présenter Kim Ju-ae plutôt que son aîné a alimenté les spéculations sur les raisons de ce choix. Certains pensent que Kim Ju-ae ressemble davantage à son père en termes de personnalité et de tempérament, tandis que d'autres estiment que le fils aîné n'est pas apte à assumer la succession.

Une succession féminine, une rupture avec la tradition ?

Si Kim Ju-ae succédait à son père, cela constituerait une rupture avec la tradition dynastique nord-coréenne, qui a toujours privilégié les hommes. Cependant, certains experts estiment que des changements dans la société nord-coréenne pourraient rendre une succession féminine possible.

Selon Bronwen Dalton, cheffe de département à l'Université de technologie de Sydney, les dirigeants nord-coréens tentent de « maintenir leur légitimité en créant une nouvelle version de la féminité », qui reflète les changements sociaux dans leur pays ces dernières décennies. Les jeunes générations ont « grandi en utilisant des téléphones portables et en ayant accès au contenu des médias étrangers », ce qui a forcé la Corée du Nord à recalibrer sa version d'une femme idéale.

Des obstacles à surmonter

Malgré ces évolutions, une succession féminine en Corée du Nord reste un scénario incertain. An Chan-il, un transfuge aujourd'hui chercheur qui dirige l'Institut mondial d'études nord-coréennes, estime qu'« personne n'accepterait l'idée que Kim Jong Un disparaisse tout de suite et que Ju Ae lui succède ».

De plus, la place des femmes dans la société nord-coréenne reste limitée. Selon Mme Dalton, le rôle essentiel de toutes les femmes nord-coréennes reste « la dévotion à leur "père" Kim Jong Un ».

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L'avenir de la dynastie Kim

L'avenir de la dynastie Kim reste incertain. Si Kim Ju-ae semble être la favorite pour succéder à son père, de nombreux obstacles doivent encore être surmontés. L'existence d'un fils aîné, les traditions dynastiques et les limites de la place des femmes dans la société nord-coréenne sont autant de facteurs qui pourraient remettre en question sa succession.

En fin de compte, la décision finale reviendra à Kim Jong-Un, qui devra choisir entre perpétuer la tradition dynastique ou ouvrir une nouvelle voie pour la Corée du Nord. Quelle que soit sa décision, elle aura des conséquences importantes pour l'avenir du pays et de la région.

Le rôle de Kim Yo-jong

Il est impossible de parler de la succession en Corée du Nord sans mentionner Kim Yo-jong, la sœur cadette de Kim Jong-Un. Considérée comme une figure influente au sein du régime, elle occupe un poste clé au sein du Parti des travailleurs de Corée depuis 2017. Plus expérimentée que Ju-ae et plus âgée (36 ans), elle pourrait également être une candidate à la succession.

Certains experts estiment que Kim Jong-Un pourrait envisager de nommer Kim Yo-jong comme régente si Kim Ju-ae était trop jeune pour gouverner à sa mort. D'autres pensent qu'elle pourrait être une rivale de Kim Ju-ae dans la course à la succession.

Les motivations de Kim Jong-Un

Les motivations de Kim Jong-Un dans la mise en avant de sa fille restent floues. Certains pensent qu'il souhaite simplement assurer la pérennité de la dynastie Kim, tandis que d'autres estiment qu'il a des raisons plus personnelles, comme la volonté de projeter une image plus douce et plus humaine de son régime.

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Selon Yang Moo-jin, professeur à l'université d'études nord-coréennes de Séoul, il est possible que « Ju-ae soit juste utilisée » pour donner l'illusion « d'un pays avancé, prêt à propulser une femme à sa tête ». Le politologue n'exclut pas que « le fils aîné de Kim [14 ans] soit en train de se préparer à la succession à huis clos ».

La Corée du Nord et l'arme nucléaire

Il est important de noter que la question de la succession en Corée du Nord est étroitement liée au programme nucléaire du pays. Pour les Kim, l'un des éléments les plus importants de la préservation du régime a été leurs programmes de missiles nucléaires et balistiques.

Selon Leif-Eric Easley, professeur à l'université Ewha de Séoul, « les célébrations de la fabrication de missiles à capacité nucléaire par la Corée du Nord peuvent sembler d'étranges occasions de projeter une image attrayante d'un enfant », mais elles représentent une efficace propagande intérieure.

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