Introduction

Cet article explore la position de Kathleen Bennett sur l'avortement, en l'inscrivant dans un contexte plus large de l'émancipation des femmes, de leur accès au marché du travail et des luttes féministes. Nous analyserons comment les enjeux liés à l'avortement se croisent avec les questions de justice sociale, d'égalité salariale et de reconnaissance du travail domestique.

L'Émancipation des Femmes et l'Accès au Marché du Travail

L'accession des femmes au marché du travail est un aspect incontournable de leur émancipation. Pour mieux comprendre leur réalité dans les années 1970 et 1980, période durant laquelle sont créées, en majorité, les animations étudiées ici, il est essentiel de s’intéresser à leur situation économique et socioprofessionnelle. L’accession des femmes au marché du travail passe inévitablement par leur éducation et les premières manifestations féministes remontent à bien avant la « première vague », puisque, depuis plusieurs siècles, les femmes ont eu conscience des restrictions imposées à leur liberté. Plusieurs femmes se questionnent sur leurs destinées : doivent-elles rester à la maison pour élever leurs enfants ou aller sur le marché du travail ? Pour les femmes, les accès aux emplois sont limités et peu payés. D’ailleurs, certaines cherchent à s’émanciper du ghetto des métiers auxquels elles sont confinées en se réalisant dans des professions qui ne sont pas associées à la sphère domestique.

Les Préjudices et les Disparités Salariales

Les préjudices envers les femmes sont réels. Elles sont sous-représentées dans plusieurs professions prestigieuses comme celles de médecin ou d’avocat. La disparité salariale entre les genres est certaine. C’est au cours des années 1960 que certaines féministes dénoncent les écarts salariaux dans la rémunération du travail et clament : « À travail égal, salaire égal ! » Elles protestent contre l’idée que le travail des femmes ne procure qu’un salaire d’appoint. En effet, l’un des préjugés envers les femmes de l’époque, c’est qu’elles vont travailler pour se « divertir ». Pourtant, c’est souvent par réelle nécessité financière que les femmes vont sur le marché de l’emploi. Avec l’éclatement de la cellule familiale traditionnelle, de plus en plus de femmes doivent faire vivre leur famille. Elles représentent plus du tiers de la force de travail au Canada : 250 000 d’entre elles sont séparées, veuves ou divorcées (Shannon, 1974). Ce genre de statistiques fait tomber le mythe voulant que les mères de famille aient quelqu’un pour les faire vivre, malgré le fait que le gouvernement provincial accordait des pensions de « mère nécessiteuse » aux femmes qui n’avaient pas le soutien financier d’un mari. On admettait donc officiellement que ce n’était pas toutes les mères de famille qui avaient « quelqu’un pour les faire vivre ».

La Double Journée de Travail

Quant à celles qui se retrouvent sur le marché de l’emploi, en plus des discriminations salariales et des politiques d’avancement peu favorables, elles sont souvent astreintes à une double journée de travail. Voilà les conséquences d’un féminisme libéral égalitaire pour celles qui travaillent à l’extérieur de la maison. Elles doivent, en plus de leur emploi, fournir le travail gratuit qui est attendu d’elles dans l’espace privé : le ménage, le lavage, la cuisine, les soins aux autres membres de la famille, etc. Cela représente facilement une cinquantaine d’heures de travail par semaine. Cette double journée de travail est encore aujourd’hui une réalité difficile à assumer.

Le Recul de la Condition Féminine au Fil des Époques

Pourtant, au Moyen Âge, les femmes étaient des sujettes actives. Elles pouvaient régner, être propriétaires et exercer les métiers de médecin et de chirurgienne. La grande différence au cours de cette période, c’est la séparation pratiquement inexistante entre l’espace public et l’espace privé. La majorité de la population vit à la campagne et la production rurale se fait à partir de la maison. Il n’y a donc pas de divisions évidentes entre le travail salarié et le travail gratuit. C’est au passage du Moyen Âge (500-1450) à la Renaissance (1450-1600) que les femmes perdent leur autonomie et leurs libertés, sous l’influence grandissante de l’Église qui contribue indéniablement au développement de la pensée sexiste, provoquant un recul considérable de la condition des femmes (Federici, 2004).

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Les Femmes dans la Société et les Professions

Tout comme au Moyen Âge, la situation égalitaire dans la division du travail a été à la base de la société qui deviendra le Canada. Contrairement aux sociétés européennes qui préconisent déjà la subordination des femmes, les habitants qui occupent le territoire (dont les Micmacs, les Malécites, les Algonquins, les Montagnais, les Cris, les Atikamekw, les Agniers, les Iroquoiens, les Hurons, les Sénécas, les Inuits et bien d’autres) vivent dans une société relativement égalitaire. Bien que la division des tâches entre les hommes et les femmes soit assez précise chez les Premières Nations, elle ne présente pas de hiérarchie de valeurs. Les femmes sont autonomes, libres et considérées au même titre que les hommes : tant sur le plan politique que social. On trouve même, chez les Iroquois, une société matrilocale.

Le Moyen Âge voit le développement des villes et d’une classe ouvrière commerciale. Les femmes peuvent devenir bijoutières, propriétaires de magasins, couturières ou apothicaires. Bien que les guildes d’artisans n’acceptent que les hommes, les femmes peuvent s’infiltrer dans le monde des affaires en apprenant le métier de leurs parents ou en héritant du commerce de leur mari. Elles sont à l’œuvre dans la production et la transformation du textile : l’une crée une tapisserie, l’autre élève des vers à soie et certaines tissent le fil. La réalisatrice illustre aussi les artistes femmes qui créent des œuvres et des jeunes qui enseignent aux enfants. Les religieuses prient et font la lecture.

La Perte de l'Autonomie et le Contrôle de l'Accouchement

D’ailleurs, la perte de la pratique de l’accouchement entre femmes constitue un recul pour ces dernières. C’était l’un des rares métiers qu’elles étaient autorisées à pratiquer en Nouvelle-France (en plus de ceux de servante ou de nourrice). Plus tard, profitant de l’exode rural et de l’industrialisation, l’État canadien s’approprie graduellement l’accouchement des femmes en encourageant sa médicalisation, puisque cela s’avère notamment une entreprise lucrative : « l’accouchement était une affaire de femmes […] se faisant gratuitement, et qui est devenue largement une affaire d’hommes dans les villes, où les femmes sont accouchées la plupart du temps par des médecins. Il n’y a pas que l’accouchement qui échappe aux femmes et, avec la progression de l’industrialisation et de l’urbanisation au Canada, graduellement, l’intervention étatique s’immisce et s’approprie les systèmes d’éducation et des soins infirmiers qui, jusque-là, étaient des services principalement dispensés par les communautés religieuses. D’ailleurs, c’est par les communautés que les femmes font leur marque et construisent les bases du système d’éducation et de santé au Québec. Avec tant de choses à faire, il restait probablement peu de temps pour la romance ou les dragons. À cette époque au cours de laquelle la population doit faire les choses selon sa classe, les femmes sont doublement opprimées par leur sexe. Par contre, elles ont su investir les champs considérés comme masculins, réduisant ainsi les restrictions qui leur sont imposées uniquement parce qu’elles sont des femmes.

La Renaissance est une période noire pour la condition des femmes. Les maris sont autorisés à discipliner physiquement leur épouse et il y a l’instauration d’un double standard dans la fidélité maritale. Les femmes sont progressivement marginalisées du système économique, retirées des professions et cantonnées dans la sphère familiale. Des femmes sont persécutées, particulièrement les guérisseuses et les sages-femmes, car elles transmettent une éducation à celles qui sont pauvres, menaçant ainsi certains acquis de la bourgeoisie. On édicte des lois pour autoriser la peine de mort en cas de sorcellerie. Plusieurs femmes ont été brûlées pour cette raison.

La Reconnaissance du Travail Ménager et les Revendications Féministes

Un autre aspect essentiel à considérer concerne la reconnaissance du travail ménager sur le plan économique. Voilà une question éminemment politique qui est au cœur des revendications féministes de la « deuxième vague ». Dans Le salaire au travail ménager. […] c’est le travail multiforme et non reconnu, indispensable et producteur de richesses, effectué majoritairement par des femmes dans les familles et au sein des communautés. Même constatation du côté de Camille Robert, dans un ouvrage incontournable pour penser la question du travail ménager des femmes au Québec, qui souligne le déplacement de la question de l’espace privé vers l’espace public. […] la ménagère émerge progressivement comme un sujet politique contribuant au changement historique à travers son travail de reproduction sociale.

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L'Économie Libérale et le Travail Domestique

Le système libéral n’a jamais pris en considération le travail des femmes à la maison dans le rendement économique d’un pays, dans son produit intérieur brut. Les théories économiques ne tiennent pas compte de la production provenant de la sphère privée. Or, le travail des femmes à la maison en est un de service et de transformation de biens en produits de consommation. Pour la sociologue Christine Delphy, L’ennemi principal, Tome 2 : Penser le genre (2001), le coupable est clair : « C’est le mariage qui nous fait sortir de la productivité, du marché, et il ne faut pas regarder les tâches, il faut regarder les rapports de production » (Delphy, 2001, p. 64). Elle critique l’idéologie marxiste qui n’a pas su considérer la situation des femmes dans la sphère privée. L’analyse de Marx se préoccupe des travailleurs dans les usines et des paysans. En considérant exclusivement les femmes salariées comme exploitées dans le système capitaliste, l’idéologie marxiste laisse en plan près de la moitié de la population adulte, négligeant la valeur du travail ménager des femmes. Pourtant, l’exploitation des femmes se pratique en amont du marché capitaliste puisqu’elles ne sont pas rétribuées pour leur travail domestique. Ce sont les autres qui bénéficient gratuitement de leur labeur.

L’idéologie marxiste ne reconnaît pas les femmes comme une classe et c’est précisément ce qui va changer avec le féminisme radical et le féminisme matérialiste. Dans la sphère privée, les femmes mariées ou en union libre ainsi que les mères seules ne reçoivent aucun salaire pour le travail qu’elles exécutent. C’est ce qui, pour Delphy, forme le groupe des femmes, car elles ont en commun « qu’on leur extorque du travail gratuit, donc qu’elles sont dans des rapports de production spécifiques, ce qui est la définition d’une classe » (Delphy, 2001, p. 54).

L'Avortement et les Droits Reproductifs

Dans ce contexte de luttes pour l'égalité et la reconnaissance, la question de l'avortement et des droits reproductifs occupe une place centrale. Le droit à l'avortement est souvent perçu comme un élément essentiel de l'autonomie des femmes, leur permettant de contrôler leur corps et leur avenir.

Kathleen Bennett et son Engagement

Réalisé en 1975 par Cathy Bennett, produit par Wolf Koenig et Guy Clover, La ménagère est un court-métrage d’animation d’une durée de six minutes qui dénonce le travail gratuit des femmes. L’animation met en mouvement une ménagère complètement déconnectée de l’espace public, emprisonnée dans la monotonie et la répétition des tâches domestiques. La protagoniste exprime sa volonté d’émancipation en rêvant d’un espace où elle serait active dans la sphère publique : elle s’évade dans ses pensées et s’imagine être une autre.

Bien que les informations directes sur la position personnelle de Kathleen Bennett concernant l'avortement soient limitées dans les sources fournies, son implication dans des projets cinématographiques mettant en lumière les défis et les aspirations des femmes suggère un engagement envers les droits des femmes et leur émancipation. Il est probable que Bennett ait soutenu le droit des femmes à choisir, considérant l'accès à l'avortement comme un élément crucial de leur autonomie et de leur capacité à participer pleinement à la société.

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