Jorge Semprún, figure marquante du XXe siècle, fut un écrivain, scénariste et homme politique espagnol dont l'œuvre littéraire majeure a été rédigée en français. Son parcours exceptionnel, marqué par l'exil, la résistance, la déportation et l'engagement politique, a profondément influencé son œuvre et sa vision du monde.
Une Enfance Privilégiée et la Guerre Civile Espagnole
Né à Madrid le 10 décembre 1923, Jorge Semprún grandit dans une famille de la haute bourgeoisie espagnole. Son grand-père maternel, Antonio Maura, fut un homme politique influent, plusieurs fois président du gouvernement espagnol. Son père, José María Semprún, était avocat et professeur de droit, et bien que catholique pratiquant, il soutenait la République.
En 1931, les Espagnols votèrent pour la Seconde République. Susana Maura enseignait à ses enfants à la maison. Ils grandirent bilingues et valorisant les idéaux de l’éducation allemande. Jorge se souviendra toujours de sa mère accrochant le drapeau tricolore et faisant jouer l'hymne de la république. Tragiquement, sa mère décède en 1932, alors qu'il n'a que neuf ans.
La guerre civile espagnole éclate en 1936, bouleversant la vie de la famille Semprún. José María Semprún, fidèle à ses convictions républicaines, fuit l'Espagne avec ses sept enfants pour se réfugier en France.
L'Exil et l'Engagement dans la Résistance
L'exil en France marque le début d'une nouvelle vie pour Jorge Semprún. Il doit apprendre le français et s'adapter à un contexte nouveau et parfois hostile. Malgré les difficultés, il excelle dans ses études au lycée Henri IV à Paris, où il remporte un prix de philosophie.
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En 1940, il participe à la manifestation étudiante de la place de l’Étoile et entre dans un réseau de résistance, dans l’Yonne. Il devient Gérard Sorel, jardinier.
En 1943, il est arrêté par la Gestapo et déporté au camp de concentration de Buchenwald. Il survit grâce à sa connaissance de l'allemand et à la solidarité des communistes. Cet épisode traumatisant marquera profondément son œuvre et sa vision du monde.
L'Après-Guerre et l'Engagement Politique
Après la libération du camp en 1945, Jorge Semprún s'engage activement en politique. Il rejoint le Parti communiste espagnol (PCE) et milite clandestinement contre la dictature franquiste, sous le pseudonyme de Federico Sánchez.
Basé à Paris, il entreprend des voyages risqués en Espagne pour analyser la situation politique, établir des contacts et recruter de nouveaux membres. Son engagement politique est total, mais il finit par se heurter aux divergences idéologiques au sein du PCE.
En 1963, il a de sérieuses divergences avec le Parti communiste Espagnol et se lança à vivre avec son propre nom comme écrivain. En 1964, il est exclu du parti pour "déviationnisme".
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L'Écrivain et le Scénariste
Après son exclusion du PCE, Jorge Semprún se consacre à l'écriture. Il publie son premier roman, Le Grand Voyage, en 1963, qui rencontre un grand succès. Il écrit en français, trouvant dans cette langue une nouvelle patrie.
Il devient également un scénariste reconnu, collaborant avec de grands réalisateurs comme Costa-Gavras (Z, L'Aveu), Alain Resnais (La Guerre est finie, Stavisky) et Joseph Losey (Les Routes du sud). Il est nommé deux fois aux Oscars pour ses scénarios.
Ministre de la Culture et Homme de Lettres
Après la mort de Franco et le rétablissement de la démocratie en Espagne, Jorge Semprún est invité par le Premier ministre Felipe González à devenir ministre de la Culture en 1988. Il occupe ce poste jusqu'en 1991, contribuant à la modernisation de la politique culturelle espagnole.
En 1996, il est le premier auteur non-français élu à l'Académie Goncourt, consacrant ainsi son œuvre littéraire.
Une Œuvre Marquée par la Mémoire et l'Engagement
L'œuvre de Jorge Semprún est profondément marquée par son expérience de la guerre, de la déportation et de l'exil. Ses romans, essais et scénarios explorent les thèmes de la mémoire, de l'identité, de l'engagement politique et de la condition humaine.
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Il aimait sans doute les mondanités, y compris quand il portait le pseudonyme de Sanchez et portait beau dans Madrid soumise au franquisme mais il avait aussi le panache, apparemment. Il est difficile de dresser le portrait d’un homme aussi complexe et surtout d’oublier l’apparence. Ce n’est pas un reproche qu’on peut adresser à la biographe, puisqu’elle s’efforce au contraire, de partir des textes, et de dire ce qu’ils relatent, de montrer en quoi ils sont proches ou distants de la réalité. On regrettera cependant qu’une professeure de littérature n’accorde pas plus d’importance à l’écriture de Semprun. Certes, elle explique comment il pratique l’autofiction, elle parle de la construction de ses romans, autour du souvenir, de l’association d’idées, de la digression, mais au bout du compte, on ne lit pas une seule analyse de livres comme Quel beau dimanche ! qui, pour l’auteur de ces lignes restent inoubliables.
Semprún ne représentait pas seulement la mémoire vive d’un passé tragique, mais aussi l’espérance d’un futur européen. Avec sa vision politique et philosophique, il voyait clairement le rôle d’une Allemagne réunifiée pour le bien de l’Europe.
Il est décédé à Paris le 7 juin 2011, et a été enterré, selon ses vœux, avec le drapeau républicain espagnol.
Une Famille Engagée
Jorge Semprún était issu d'une famille profondément impliquée dans la politique et la culture espagnoles. Son grand-père maternel, Antonio Maura, était un homme politique de premier plan, et plusieurs de ses oncles ont également occupé des fonctions importantes.
Il avait eu deux fils, Jaime, décédé l'été 2010, fondateur de L'Encyclopédie des nuisances et éditeur aux éditions du même nom de l'intégrale des articles, essais et lettres de George Orwell, et Dominique.
Ses frères et sœurs ont également marqué leur époque. Carlos Semprún Maura était écrivain et journaliste.
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