L'expression "Je te salue, Comblée-de-grâce" prononcée par l'ange Gabriel à Marie lors de l'Annonciation est au cœur de la compréhension de la place unique de Marie dans la foi chrétienne. Cet article explore la signification profonde de cette salutation, le rôle de Marie dans le plan de Dieu, et comment son exemple peut inspirer chacun à embrasser la sainteté dans sa propre vie.
L'Annonciation: Un Moment Décisif
Le récit de l’Annonciation, tel qu'il est rapporté dans l'Évangile de Luc, est un moment charnière. L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu à Nazareth, une ville de Galilée, auprès d’une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.
L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »
Cette rencontre divine révèle plusieurs aspects essentiels de la foi chrétienne :
- L'initiative divine: Dieu prend l'initiative de se rapprocher de l'humanité, envoyant son ange à Marie.
- La grâce divine: Marie est saluée comme "Comblée-de-grâce", soulignant qu'elle est l'objet d'une faveur spéciale de Dieu.
- L'incarnation: L'annonce de la conception virginale de Jésus marque le début de l'incarnation, le moment où Dieu se fait homme.
- La mission de Jésus: L'ange révèle que Jésus sera le Fils du Très-Haut, héritier du trône de David et roi éternel.
Marie, Première Disciple et Modèle de Foi
Le récit de l'Annonciation ne se limite pas à une simple annonce. Il révèle la profondeur de la foi de Marie et son rôle primordial dans le plan de Dieu. Marie aura un jour sa place parmi les disciples de Jésus. Les Actes des Apôtres la présentent assidue à la prière avec les apôtres et quelques femmes, petite communauté, cellule souche de l'Eglise à venir. Mais le récit de l'Annonciation nous apprend quelle place a Marie dans l'assemblée des disciples de Jésus-Christ. Elle est la toute première.
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Marie est la toute première disciple, elle montre aussi ce qu'est la foi. La foi ne consiste pas d'abord en mots. Ou alors, en fait de mots, il s'agit d'un seul mot. La foi est un "oui", celui qui résonne dans le "que tout m'advienne selon ta parole". La foi est un "oui" à la vie reçue de Dieu, envers et contre tout, en dépit de tout ce qui pourrait nous inciter à dire "non". La foi s'engage à avancer là où on ne sait pas aller, là où cela semble impossible de passer. Là où il semble évident qu'on ne pourra pas y arriver tout seul, sans qu'une route s'ouvre devant nous, sans qu'un sol porte nos pas, sans qu'un Esprit de force nous soutienne et nous oriente.
Marie, face à l'annonce de l'ange, exprime son étonnement : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? » L'ange lui répond : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. »
La réponse de Marie est un modèle de foi et d'abandon à la volonté divine : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Cet "oui" de Marie est un acte de confiance totale en Dieu, même face à l'incompréhensible.
La Sainteté: Un Appel Universel
Le pape François, dans son exhortation apostolique "Gaudete et exsultate" sur la sainteté, rappelle que "le vrai bonheur" est à la fois le déroulé et l'objectif de toute vie chrétienne. Il souligne que la sainteté n'est pas réservée à une élite, mais est un appel universel adressé à chaque personne, quelle que soit sa condition de vie.
Le pape François explique que le bonheur - "le vrai bonheur" - est à la fois le déroulé et l'objectif de toute vie chrétienne. "Le mot “heureux” ou “bienheureux”, devient synonyme de “saint”, parce qu’il exprime le fait que la personne qui est fidèle à Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur."
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Il nous faut un esprit de sainteté qui imprègne aussi bien la solitude que le service, aussi bien l’intimité que l’œuvre d’évangélisation. La sainteté au XXIè siècle, si elle évoque souvent pour les chrétiens un objectif inaccessible, "il y a des témoins qui sont utiles pour nous encourager et pour nous motiver, mais non pour que nous les copiions". Ainsi, les saints sont là pour nous dire qu'une vie nourrie de l'Évangile est possible. Le pape rappelle aussi que si la sainteté s'adresse à tous elle est d'abord le fruit d'une intimité avec Dieu.
Béatitudes: Un Guide de Sainteté à Contre-Courant
Le pape François consacre un large passage de son encyclique aux béatitudes, ce passage de l'Évangile de Matthieu aussi appelé Sermon sur la montagne. Service du frère, gratuité, esprit de pauvreté… En puisant dans les Écritures ou les textes des saints, mais aussi dans le quotidien de nos vies, le pape François se fait accompagnateur spirituel. Il encourage chacun à trouver "une force intérieure" et aussi "une assurance intérieure, une sérénité remplie d’espérance qui donne une satisfaction spirituelle incompréhensible selon les critères du monde". Insistant sur le service du frère, il nous prévient : "Pour les chrétiens, cela implique une saine et permanente insatisfaction".
Marie, l'Arbre de Vie et l'Alliance
Françoise Breynaert, spécialiste de Montfort, a publié L’arbre de vie, Myriam, Montfort et la grande tradition hébraïque. Riches d’exemples pris dans la vie du saint, ce livre reprend le plan de l’histoire du salut (l’histoire biblique) comme dans la première œuvre de Montfort L’amour de la Sagesse éternelle, et le symbole de l’arbre de vie qui conclut Le Secret de Marie, qui est comme son testament.
Le Seigneur Dieu, que nous pouvons appeler, avec la grande tradition hébraïque, « Adonaï » est la source de tout ce qui est, il est comme la fraîcheur de la rosée, il est aussi comme le soleil. Tout arbre vit et grandit par le soleil. De même, Adonaï donne la vie, il donne le sens. Adonaï est pour nous la chaleur de notre cœur et la lumière de notre conscience. Avec tendresse. Avec patience.
L’arbre de vie est un symbole. Parce qu’il se régénère sans cesse, il représente la vie du cosmos. Au jardin de la Genèse, se superposent l’arbre de l’Alliance et de la Torah, source d’immortalité, et l’arbre de la transgression par la connaissance magique, idolâtrique. Jésus, Yéshouah, arrêté au jardin de Gethsémani (Jn 18, 1), a son tombeau au jardin de Joseph d’Arimatie (Jn 19, 41). Le mot « jardin » employé par l’évangéliste rappelle volontairement le jardin de la Genèse. Jésus est aussi la Torah en personne, et tout homme reconnait en lui le bien pour lequel il est créé. Le péché avait défiguré en nous l’image et la ressemblance de Dieu, mais en regardant Jésus, chacun en retrouve le chemin.
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La mère de Jésus est, elle aussi et à sa façon, l’arbre de vie. En témoigne la liturgie arménienne : par le fruit de sa maternité, Marie répare les conséquences de l’arbre de la Genèse dont le fruit avait donné la mort. Avec le proverbe « l’arbre de vie germera du fruit de la justice » (Pr 11,30), Marie hérite de tout le patrimoine des justes de l’Ancien Testament. Eve avait voulu « prendre le fruit contre la parole du Père », et elle avait perdu la Vie. « Heureux celui en qui Marie, l’arbre de vie, est planté ! » (SM 78). Telle est la conclusion d’un petit livre appelé « Le Secret de Marie ». Beaucoup de livres commentent la spiritualité mariale de Montfort.
L’Alliance au Sinaï est le fondement de l’histoire biblique. Ce que nous vivons avec Marie doit y correspondre. L’Exil à Babylone fut comme une tempête où la foi de nos pères a tenu bon parce qu’elle avait de bonnes racines. Ce que nous vivons avec Marie doit être ferme comme un arbre qui a de bonnes racines. L’arbre de vie porte du fruit. Le fruit mûr se donne en plénitude. Plénitude de l’arbre qui attire des oiseaux du ciel… Les nations viendront à ta lumière. Plénitude de l’orientation vers la vie.
Dieu, que nous pouvons appeler, avec la grande tradition hébraïque, « Elohim », ou « Adonaï », prit Adam et le mit dans le jardin. Elohim fit alliance avec Adam et Eve auprès de l’arbre de vie. Nous n’avons pas été créés sans but. L’être et le maintien dans l’être nous est donné dans un but positif, élevé : une Alliance avec le Très-Haut ! Le Dieu du ciel fait de l’homme un vis à vis qu’il élève à lui. C’est un don, c’est une grâce, il est hors de question de capter cette égalité de force, il faut la recevoir. Tu ne mangeras du fruit de l’arbre de la connaissance magique, des prostitutions dites sacrées et des sacrifices d’enfants censés mettre la main sur la source qui t’a créé. Et si le récit de la Genèse raconte aussi un interdit (= entre-nous soit dit), c’est que l’Alliance suppose une réciprocité.
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