L'inceste père-fille, un crime profondément enfoui dans le silence et le déni, émerge peu à peu grâce au courage des victimes qui osent témoigner. Leurs récits poignants, empreints de douleur, de rage et d'incompréhension, révèlent l'ampleur de ce fléau et la nécessité urgente d'une prise de conscience collective.

Des Témoignages qui Brisent le Silence

Les mots des victimes résonnent comme un cri d'alarme :

  • "J'ai passé 10 ans dans le noir."
  • "Les viols se passaient alors que ma grand-mère était juste à côté."
  • "Aujourd'hui je suis comme invalide."
  • "Les actes sexuels ont commencé, j'avais tout juste 15 ans."

Ces fragments de vie brisées témoignent de la violence et de la durée des abus, souvent perpétrés dans le cercle familial, là où la confiance devrait être la plus forte.

L'ampleur du Phénomène en France

Le 21 septembre, une date symbolique marquant le premier appel à témoignages de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise). Cette commission a révélé des chiffres alarmants : 5,5 millions de femmes et d'hommes en France auraient été victimes de violences sexuelles durant leur enfance, soit environ une personne sur dix. La Ciivise a constaté que les actes sexuels débutent très tôt (25 % des victimes avaient moins de 5 ans au moment des faits), se réitèrent et perdurent, en particulier lorsqu’ils se sont produits dans le cadre de la famille ou de l’entourage proche.

Selon la commission, dans l’entourage proche et au sein des institutions, “les agresseurs usent de la relation de confiance établie avec la jeune victime pour commettre des violences sexuelles“. Les agresseurs sont le plus souvent un membre de la famille (dans 81 % des cas) ou de l’entourage proche (22 %) ou d’une institution (11 %), certaines personnes ayant été victimes plusieurs fois dans des contextes différents.

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Les Conséquences Dévastatrices sur la Vie des Victimes

Les violences subies laissent des cicatrices profondes et durables, affectant tous les aspects de la vie des victimes. Sont en effet évoquées, conséquence des violences subies, “des souffrances encore contemporaines et vives qui s’immiscent dans toutes les sphères de l’existence“, sur la vie familiale, affective et sexuelle, sur la santé psychique et physique ou encore sur les études et le travail et ce tout au long de la vie.

Les témoignages révèlent également les difficultés rencontrées par les victimes pour être entendues et crues. Cette femme estime qu' “on est dans un système qui broie la victime“ tandis que pour cette autre “vous vous adressez à des gens, ce sont des murs“.

La Nécessité d'une Action Collective

Face à cette réalité alarmante, la Ciivise insiste sur la nécessité d'une action collective pour protéger les victimes et prévenir de nouveaux abus. Pour protéger les victimes, il faut “aller les chercher“, ce qui sous-entend avoir des professionnels spécialisés et formés. La mise en sécurité de l’enfant implique une réponse pluridisciplinaire médicale, psychologique, socio-éducative et juridique qui doit le plus souvent être donnée dans l’urgence. Des conseils doivent pouvoir être donnés par une cellule de soutien disponible par téléphone sur l’ensemble du territoire national. Les professionnels sont souvent isolés et auraient avantage à bénéficier de conseils et d’outils partagés lorsqu’ils et elles sont confrontés à des situations d’enfants victimes de violences sexuelles, et notamment d’inceste.

Mais surtout, la prise de conscience de la société “doit aller jusqu’à l’exigence de réparation à laquelle ces enfants ont droit, même s’ils sont devenus adultes“, ce qui passe notamment par le soin.

Les Mesures Gouvernementales

Le gouvernement a annoncé la mise en place de cinq premières mesures, sur les 20 que préconise la Ciivise, pour “lutter contre l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants“. Pour “mieux prévenir et repérer les violences“, la Secrétaire d’Etat chargée de l’Enfance promet la mise en œuvre d’une grande campagne nationale sur les violences sexuelles faites aux enfants et la création d’une cellule de conseil et de soutien pour les professionnels destinataires de révélations de violences sexuelles de la part d’enfants.

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Éric Dupond-Moretti annonce lui, dans le but de “mieux accompagner et prendre en charge les enfants victimes“, que sera déposée au Parlement “une modification législative permettant le retrait de principe de l’exercice de l’autorité parentale en cas de condamnation d’un parent pour violences sexuelles incestueuses sur son enfant“. S'y ajoute “l’accompagnement de l’enfant, de façon personnalisée et attentionnée, tout au long du processus pénal par les associations d’aide aux victimes et avec l’intervention d’un administrateur ad hoc, en cas de défaillance parentale“.

L'importance de la Prévention en Milieu Scolaire

La prévention en milieu scolaire est un élément essentiel pour lutter contre l'inceste. Il est crucial que les enfants soient informés de leurs droits et qu'ils sachent à qui s'adresser en cas de problème. Il y a encore tellement de non-dits, de paroles bâillonnées… mais ce dont on ne parle pas c’est la prévention en milieu scolaire. Une personne témoigne qu’elle n’a pas souvenir d’avoir entendu parler de consentement pendant toute sa scolarité. En échangeant avec l’association SOS inceste, elle a découvert que leur demande d’agrément pour faire de la prévention au collège avait été refusée.

Témoignages et Observations de la Communauté

De nombreux témoignages et observations de personnes non directement concernées soulignent l'ampleur du problème et la nécessité d'un soutien accru aux victimes.

  • Une personne raconte l'histoire d'une amie agressée et violée par plusieurs de ses beaux-pères consécutifs depuis ses 5 ans et jusqu’à l’adolescence. Elle ne savait même pas que c’était du viol, elle a compris en grandissant. Aujourd’hui elle est traumatisée, elle arrive pas à grandir hors de ça et elle est pas assez accompagnée.
  • Une autre personne constate que les victimes autour d'elle sont nombreuses, et que c'est toujours un membre de la famille.
  • Quelqu'un a accompagné une victime abusée par son grand-père pendant 7 ans au tribunal et a été profondément choqué par les détails.
  • Une personne témoigne avoir été victime d'une mère incestueuse et avoir été rejetée par sa famille lorsqu'elle a commencé à en parler.
  • Une personne dénonce le manque de protection des jeunes par la loi en France.
  • Une autre personne raconte avoir été victime d'attouchements sexuels par un curé à l'âge de dix ans, à une époque où personne n'en parlait.
  • Plusieurs personnes soulignent la difficulté d'en parler et la nécessité d'avoir une oreille attentive et un soutien constant.

L'Inceste : Un Tabou Lié à la Sexualité

Le viol, la pédophilie, l'inceste sont des sujets tabous car elles sont liées à la question de la sexualité qui relève de l'interdit et sont donc niées tellement c'est impensable. Or, pourtant, ce sont des faits véridiques et qui nécessitent d'être reconnus par les médias, la société, la politique et la justice. C'est cette reconnaissance qui va permettre à beaucoup de victimes de témoigner car peu d'entre elles n'osent par culpabilité, honte ou crainte de ne pas être entendu. Et c'est justement ce dernier point qui doit mis en place, une bonne fois pour toutes : écouter la parole des victimes.

L'Importance de la Parole et du Soutien

Il est crucial d'encourager les victimes à parler et de leur offrir un soutien adapté. Une personne témoigne qu'une personne de sa famille a été victime d’inceste à ses 9 ans, son cousin (le violeur) en avait 16. Plus de 40 ans après elle en a parlé, elle n’a jamais réussi à surmonter ça, tout est devenu logique pour nous, son comportement etc. Il faut en parler, sinon c’est la fin d’une vie.

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Il est important de rappeler aux victimes qu'elles ne sont pas responsables de ce qui leur est arrivé et qu'elles ne doivent pas ressentir de honte. Courage aux victimes, vous ne devez pas ressentir de honte sur ce qui vous est arrivé, ce n'est pas votre faute, c'est l'agresseur le coupable. Ne vous sentez pas obligé de porter plainte si vous n'êtes pas prêt.e, les procédures sont difficiles et épuisantes, mais avertissez tout de même vos proches si vous le pouvez, pour que d'autres ne subissent pas la même chose que vous.

Exemples de parcours judiciaires et difficultés rencontrées

Les témoignages mettent en lumière les difficultés rencontrées par les victimes et leurs proches dans le parcours judiciaire. L'histoire d'Anne et de sa fille Marie illustre les obstacles et les préjugés auxquels sont confrontées les mères qui dénoncent des abus. Malgré les signalements, les expertises et les déclarations de l'enfant, la justice a privilégié le père, laissant Marie dans une situation de danger.

Inceste et manipulation : le cas des mères mises en cause

La Commission Inceste a été contactée par des centaines de mères dont l’enfant a révélé des faits d’inceste et qui sont suspectées de le manipuler pour nuire à leur ex-conjoint. Elle rend publics certains de ces témoignages ce mercredi.

Une fillette de quatre ans révèle à des professionnels de santé et de l’Éducation nationale les violences sexuelles dont elle est victime de la part de son père. Sa mère, qui a quitté son mari après des violences conjugales, dépose une plainte pour viol, qui est classée sans suite, selon un témoignage cité par la Ciivise. Un an après, la fillette refait les mêmes révélations à sa maîtresse. À sa mère elle confie « Maman j’ai envie de me tuer » et « J’ai envie de mourir parce que c’est trop ». À la question « pourquoi ? », elle répond « à cause de papa ». Le juge pour enfants confie la fillette à l’aide sociale à l’enfance. L’équipe éducative du foyer reproche à la mère d’avoir « élevé sa fille contre son père » et de « marquer sa fille de son empreinte en lui faisant des tatouages éphémères ou en lui vernissant les ongles ». Le père a obtenu trois heures de visite tous les quinze jours, la mère ne peut la voir que 45 minutes, avec un médiateur.

Un garçon de cinq ans déclare à une psychologue : « Papa m’a fait des chatouilles dans les fesses, le soir, je suis triste, très, très triste ». « Tu sais que ton papa peut aller en prison pour ça ? C’est ta maman qui t’a dit de dire ça ? », demande la psychologue, citée par la mère.

Jules, 15 ans, porteur d’un handicap cognitif, formule les violences que lui fait subir son père : « Mon père m’a frappé sur le trou des fesses ». « Son père utilise le fait qu’il a beaucoup de mal à s’exprimer pour discréditer ma parole en disant que je le manipule ou l’influence », écrit la mère à la commission. « Je suis fatiguée. Son père est présumé innocent et je suis présumée coupable. »

Ces exemples mettent en lumière la complexité des situations et la nécessité d'une approche attentive et impartiale de la justice.

Témoignage d'une victime : de l'abus à la reconstruction

Une victime témoigne avoir été abusée de ses 2 ans à ses 9 ans par son grand-père paternel. Elle décrit les différentes phases de l'abus, la manipulation psychologique et la difficulté de comprendre ce qui se passait. Elle souligne l'importance de la reconstruction et du soutien pour surmonter ce traumatisme.

La responsabilité collective face à l'inceste

Édouard Durand, magistrat, président du tribunal pour enfants de Pontoise et ancien président de la CIIVISE, souligne qu'il y a une responsabilité collective. On a inventé des constructions théoriques pour neutraliser par avance la parole de l'enfant qu'on invite à parler d'inceste.

Une mère d'une jeune victime d'inceste paternel dénonce une société patriarcale : "Les institutions me croient, les professionnels me croient mais in fine ce sont les magistrats qui prennent les décisions et on est dans une société où la justice défend les pères. On est dans une société patriarcale. Je ne l’aurais jamais dit avant mais aujourd’hui je me rends compte que si."

Un cas particulier : l'inceste consenti

L'article de 2012 sur une famille où le père a eu des relations incestueuses avec ses deux filles aînées soulève des questions complexes sur le consentement et l'emprise. Ce cas, bien que rare, met en évidence la nécessité de ne pas simplifier les situations et de prendre en compte la parole de toutes les parties prenantes.

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