Le Fonds Régional d'Art Contemporain de La Réunion (FRAC RÉUNION) est un acteur majeur de la scène artistique et culturelle de l'océan Indien. À travers ses multiples initiatives, le FRAC RÉUNION explore les phénomènes sociétaux et les civilisations, en considérant les origines, les carrefours et les nouveaux paradigmes en lien avec le territoire. Cet article se penche sur les différentes facettes de cette institution, de sa collection à ses actions de médiation, en passant par ses partenariats et ses projets innovants.

Phénoménologies du Monde : Un Projet Artistique et Culturel Ambitieux

Depuis 2015, le FRAC RÉUNION déploie son projet artistique et culturel "Phénoménologies du monde" en trois volets. Ce projet s'articule autour de l'observation et de la description des phénomènes sociétaux et des civilisations, en tenant compte de leurs origines, de leurs points de convergence et des nouveaux modèles qui émergent en lien avec le territoire.

Le décloisonnement est une valeur fondamentale du FRAC RÉUNION. La collection s'étend aux œuvres du bassin de l'océan Indien et prend en compte les scènes africaines, asiatiques et ultramarines. Les expositions, les résidences et les projets dépassent les arts plastiques pour englober le design, la poésie, la mode, le numérique et la botanique.

Le FRAC RÉUNION rayonne au-delà de son site principal. Les projets se déplacent et les expositions deviennent itinérantes à Maurice, à Madagascar, et prochainement en France continentale au CCC OD (Centre de Création Contemporaine Olivier Debré) de Tours et à la Friche la Belle de mai à Marseille. Des partenariats et des réseaux se tissent à travers le monde, avec une attention particulière pour les programmes mis en place dans les territoires des Suds. Le FRAC RÉUNION est partenaire de la Biennale de Casablanca depuis 2018 et de la Biennale de Kochi-Muziris depuis 2022.

La Collection du FRAC RÉUNION : Un Voyage à Travers l'Art Contemporain

La collection du FRAC RÉUNION s'articule autour de plusieurs ensembles significatifs. Les premières œuvres de la collection comprennent des œuvres de grands maîtres modernes du XXe siècle. Une seconde période commence avec l'acquisition d'œuvres d'artistes de Maurice, ainsi que d'artistes indiens et réunionnais. À la fin des années 2000, la collection s'ouvre aux territoires africains et intègre de nouveaux supports tels que la vidéo et l'installation.

Lire aussi: Annoncer bébé numéro 3

Très récemment, avec l'acquisition d'œuvres d'artistes ultramarins, le FRAC RÉUNION confirme sa volonté de créer des ponts et de faire écho aux œuvres d'ici et d'ailleurs, ainsi qu'aux problématiques partagées. Cette collection, riche de plus de 500 œuvres, est diffusée sur le territoire, conformément à l'engagement de tous les FRAC et de leur labellisation.

Frac Bat’ Karé : Une Salle d'Exposition Itinérante

Une fermeture administrative de la Maison du FRAC en 2020 a contraint l'institution à repenser son déploiement sur le territoire. Cette réflexion a mené à la conception d'un container itinérant appelé Frac Bat' Karé, conçu comme une salle d'exposition avec les mêmes exigences (cimaises, parquet, climatisation, éclairages qualitatifs, etc.). Des expositions monographiques d'artistes invités, des expositions de collection et des accrochages mixtes y ont été présentés.

Le container peut circuler dans les grands ensembles scolaires, sur le parvis d'un théâtre ou dans un centre de loisirs et de vacances. Le container est la promesse d'une présence des arts visuels dans les quartiers prioritaires. Grâce à lui, le FRAC développe sa présence dans les communes de l'île et intensifie ses relations avec les acteurs territoriaux.

Expositions et Partenariats : Une Diffusion Élargie de l'Art Contemporain

Outre les expositions conçues pour le dispositif Bat' Karé, le FRAC propose des expositions dans les bibliothèques universitaires des deux campus universitaires de l'île, fréquentées par un public estudiantin, ce qui est déterminant en termes de sensibilisation des publics. Le FRAC RÉUNION a noué des partenariats avec de nombreux acteurs culturels, ce qui lui permet de mettre en place des expositions à l'Artothèque, dans des lieux patrimoniaux, des centres d'art, des lieux dédiés à la diffusion, une classe CHAAP, un centre culturel, etc. La variété des publics rencontrés donne un nouveau souffle aux propositions qui sont faites.

En 2021, la Région Réunion et l'État ont permis au FRAC RÉUNION de repenser son jardin minéral et de le végétaliser avec une ambition botanique, patrimoniale et artistique. Ce nouveau jardin a donné au public la possibilité de revenir sur le site historique qu'est le domaine de la Maison dite « Bédier » en même temps que de renouer avec la structure, les artistes et les œuvres.

Lire aussi: Les endroits sans nuit

Actions de Médiation : Rendre l'Art Accessible à Tous

Outre les expositions, le FRAC RÉUNION développe des actions de médiation ludiques et créatives. Un jeu de rôle réalisé par l'artiste Tatiana Patchama circule dans les écarts de l'île (quartiers éloignés des zones urbaines) depuis 2021. L'autrice et chanteuse lyrique Sabine Deglise déploie une médiation contée, chantée et clamée intitulée Les Héros de Fosso à partir de la série African Spirits du photographe Samuel Fosso. Elle présente en juin, à l'occasion des Rendez-vous aux jardins, une visite guidée musicale du jardin-collection. Un premier Escap'art a été imaginé en 2023 par Tatiana Patchama et Thierry Plante dans le quartier marqué par l'usine sucrière transformée en musée de société.

Le FRAC a fait le choix de faire appel aux jeunes diplômés de l'École supérieure d'art de La Réunion pour constituer une équipe de médiation indépendante et souple leur permettant de poursuivre leurs projets artistiques tout en s'assurant d'un revenu alimentaire sans les éloigner de l'écosystème des arts visuels. Cette équipe de médiation se voit proposer des opportunités de montée en compétences grâce à des formations ou des missions spécifiques. Le FRAC RÉUNION accueille également de jeunes artistes en résidence. Avec le titre d'artiste-associé qui permet la collaboration avec un artiste dans la durée, le FRAC travaille dans le détail sur les moyens nécessaires à la production, à la diffusion et aux actions d'éducation artistique et de démocratisation culturelle.

Brandon Gercara - artiste associé.e au FRAC depuis 2021 - est un·e partenaire privilégié·e qui participe à la réflexion inclusive que le FRAC tente de mener dans tous les domaines, et particulièrement dans celui de la médiation. Les droits culturels se trouvent au cœur des préoccupations du FRAC, et avec eux, une volonté d'inclusivité et d'accessibilité. Très bientôt, le site internet du FRAC RÉUNION sera également disponible dans une version créole.

La Place du Créole : Une Langue au Cœur de la Politique Éditoriale

La place du créole, langue maternelle de 80% de la population de l'île, s'exprime dans la politique éditoriale du FRAC RÉUNION. Relancées en 2015, les éditions du FRAC RÉUNION proposent des catalogues trilingues (français, créole, anglais). Depuis peu, une nouvelle collection « les cahiers du FRAC RÉUNION » accueille une variété de propositions allant de textes critiques, de recherches, ou de médiations, avec la volonté de constituer des archives et de garder des traces.

Coopération Régionale : Un Programme Ambitieux dans l'Océan Indien

Dans la zone océan Indien, le FRAC RÉUNION entend déployer un vaste programme de coopération avec divers partenaires comme l'Inde, Maurice, Madagascar, Zanzibar, le Mozambique ou encore les Comores. Ce programme pluriannuel a pour ambition de lier davantage nos connaissances, nos pratiques, nos institutions et les artistes afin d'affiner les contours de ce qui nous lie et nous différencie, ce qui nous est commun et ce qui nous sépare ; réinventer une carte du lien dans cette zone aux histoires plurielles.

Lire aussi: Tournage et Blake Lively

Le FRAC RÉUNION mène donc de front deux grandes ambitions : s'inscrire dans le bassin géographique de la zone océan Indien par des collaborations, des axes de recherche et de création, mais aussi donner aux artistes de la scène réunionnaise les mêmes chances et opportunités que celles dont bénéficient les artistes installés sur le sol de la France continentale.

Astèr Atèrla : Une Exposition Essentielle en France Continentale

À l'heure de la signature du pacte de visibilité des Outre-mer, l'exposition Astèr Atèrla - qui va présenter le travail d'une trentaine d'artistes réunionnais.es au CCC OD de Tours en juillet 2023 - apparaît essentielle. Sur le fond, confronter les artistes réunionnais·es, leurs œuvres, à un public averti, donner à voir ailleurs les esthétiques et problématiques travaillées sur cette île est indispensable à la construction d'un parcours artistique. Sur la forme, il était absolument nécessaire d'échapper au regard exotisant trop souvent porté sur le travail des artistes ultramarins en nouant des partenariats forts avec le CCC OD et « la Friche la Belle de Mai ».

Fort de sa position ultramarine qui oblige à déplacer le centre, le FRAC RÉUNION trouve sa puissance dans cette sphère géopolitique singulière, dans cet océan Indien qui l'autorise à déployer sa réflexion et ses projets sur un territoire immense, avec des partenaires et des alliés porteurs de richesses similaires et d'une histoire partagée. Cette singularité offre la possibilité d'une vigueur, d'un engagement, d'une énergie, qui se déploient davantage quand les moyens humains et financiers de l'établissement atteindront l'équilibre et la juste dimension nécessaires à la réalité d'une politique publique pensée au service de la création et des artistes.

Parole d’artistes : Alice Aucuit et son travail de la céramique

Alice Aucuit, artiste céramiste vivant et travaillant à La Réunion depuis 2004, témoigne de son travail avec les matériaux locaux : « Ces derniers temps, j’ai beaucoup travaillé à partir des cendres de végétaux qui, pour la plupart, viennent de mon jardin. C’est un travail sur les matériaux locaux que j’avais envie de développer depuis longtemps. Il est difficile de travailler avec de l’argile ici à La Réunion car nous sommes sur une île volcanique et grâce aux cendres, je peux travailler la couverture de la céramique. Je me suis intéressée aux essences que j’avais à disposition chez moi, et notamment aux “déchets” comme les peaux d’agrumes, le marc de café, ou la bagasse, que l’on peut revaloriser. Ensuite, j’ai travaillé avec des essences invasives comme le goyavier, ou des essences que l’on considère comme plus nobles, telles que le chêne, le manguier ou le pied de letchi. Ce sont ces recherches que j’ai notamment présentées lors de l’exposition collective Mutual Core à l’Artothèque du Département de La Réunion en 2021. La graine est en argile, mais son aspect n’est pas toujours optimal. Techniquement, l’application de cendres de végétaux est délicate, il est nécessaire d’essayer de diminuer les défauts des couleurs vitrifiées de la soude et de la potasse pour éviter que cela ne coule sur les plaques. Sur certaines graines, j’ai pris d’autres terres colorées, des terres plus ferrugineuses pour jouer sur la couleur. Pour récupérer les cendres, je pars de la matière première, par exemple du bois que je trouve dans mon jardin. Je fais sécher les végétaux, puis je les brûle, je nettoie ma sole pour qu’aucun élément ferreux ou cuivreux n’interfère. Je concentre chaque essence et je récolte environ 2% de ce que je brûle. Ensuite, le traitement des cendres varie en fonction de leur qualité basique ou acide. »

Elle explique également sa formation : « Je me suis formée avec des livres, et à l’école, car j’y fabriquais déjà des émaux avec des minéraux que j’achetais en grande quantité. J’ai appris comment ajouter des éléments afin de matifier, de craqueler, de faire des boursouflures, de développer des couleurs, etc. Un céramiste n’est pas obligé d’avoir autant de connaissances sur les émaux mais il est intéressant pour moi de développer de nouvelles esthétiques grâce à mes recherches complexes sur les émaux. C’est un travail continu de recherche pour obtenir de nouveaux effets, de nouvelles couleurs. À La Réunion, le végétal est défini par le sol sur lequel il pousse, et comme nous sommes sur une île volcanique, cela diffère grandement de ce que l’on pourrait observer en métropole par exemple. La Réunion est entourée par l’océan, le sol et l’air sont donc riches en sodium, ce qui rend intéressantes toutes les cendres que l’on peut obtenir ici. Afin d’appliquer la poudre sur la céramique, on mélange traditionnellement la poudre avec de l’eau, et comme la terre est poreuse, l’eau s’évapore et il ne reste que la poudre. On peut effectuer cela par trempage, par mouillage, par pistolet, il y a diverses techniques. Comme je fais beaucoup de tests, cela représente une certaine quantité de travail. Ici à La Réunion, la problématique des matières premières est complexe, car il faut souvent en faire venir d’ailleurs. C’est également pour cette raison que j’essaie de fabriquer mes propres émaux et d’être de plus en plus autonome. La céramique est un travail très segmenté. Lorsque je fais quelque chose, je ne le fais jamais tout seul, j’en profite pour réaliser plusieurs formes et objets en même temps, ce qui me permet de laisser poser la céramique et de me concentrer sur d’autres recherches et sculptures. J’essaie aussi de transmettre ce savoir grâce à des cours que je donne à des adultes mais aussi parfois à des scolaires. Cette année par exemple, j’ai un projet à l’Ilet à Cordes, dans une des écoles les plus isolées de l’île, avec une classe ULIS à Petite- Île, et aussi avec une école à Trois-Bassins. »

Elle évoque également sa résidence à Beauvais : « J’ai pu effectuer une résidence de trois mois à l’École d’Art du Beauvaisis, qui a été créée il y a une vingtaine d’années par Clotilde Boitel, directrice des Beaux-Arts du Beauvaisis à l’époque. La résidence avait lieu dans une crypte gothique, dans une chapelle, qui était auparavant un ancien hospice et le lieu d’accueil des orphelins, des fous, des mendiants, des handicapés, etc. Le lieu m’a inspiré des sculptures en lien avec la statuaire religieuse, avec des objets de culte, un chapelet géant par exemple, que j’ai disposé dans la crypte en remplaçant les perles par des yeux en céramique. J’ai aussi pu y réaliser une série de saints dans l’esthétique des portiques des cathédrales, des hosties, des chimères, ou encore une pietà. »

Enfin, elle parle de son travail de la céramique avec le transfert d’image : « J’ai réalisé une exposition avec le FRAC RÉUNION en 2021 au Musée Stella Matutina, que j’ai intitulée L’écho des berceuses. J’y ai notamment présenté des assiettes en céramique avec de petits tableaux à l’intérieur. Ces scènes qui apparaissent comme dessinées ou photographiées dans les assiettes sont le fruit d’un travail que j’ai commencé en Suisse, à l’école de Vevey. Cette école est très réputée pour la photographie et la céramique, et cela m’intéressait particulièrement car je travaillais aussi beaucoup le collage indépendamment de la céramique, et j’avais envie de lier les deux. J’ai donc pu me concentrer sur les techniques d’impression afin d’obtenir un dessin, un monotype adapté à la céramique que l’on fait à cru, quand la terre est encore fraîche. Je peux également utiliser une technique à base de vieilles images photocopiées, avec de l’encre dans laquelle on trouve de l’oxyde de fer. C’est un oxyde métallique que l’on utilise en céramique et qui donne une couleur sépia ou un peu ocre. C’est un peu comme un système de décalcomanie. Pour ce travail, je me concentre notamment sur le corps, l’anatomie, et j’aime beaucoup créer des an… »

tags: #jamais #bleu #touche #couche #définition

Articles populaires: