Introduction
Isabella Eugénie Boyer, figure centrale de la famille Singer, a marqué son époque par son mariage avec Isaac Merritt Singer et son influence sur la vie de ses enfants, notamment Winnaretta Singer, princesse Edmond de Polignac. Cet article explore la vie d'Isabella, l'éducation et l'héritage de ses enfants, en particulier l'impact de Winnaretta sur le monde de la musique et des arts. L'article mettra également en lumière le contexte familial et social dans lequel ils ont évolué, ainsi que les contributions significatives de la famille Singer à la culture et à la société.
Isabella Eugénie Boyer : Une union et une descendance au cœur d'une fortune industrielle
Isabella Eugénie Boyer, une jeune Française, épousa Isaac Merritt Singer, l’industriel américain qui perfectionna la machine à coudre. Ce mariage, célébré à New York en 1863, alors qu’Isaac avait 52 ans et Isabella seulement 22, marqua le début d'une vie entre deux continents. Isaac Singer avait déjà une nombreuse descendance, ayant eu 25 enfants au cours de sa vie, dont Winnaretta Eugénie Singer, née à Yonker (New York), le 8 janvier 1865, vingtième des vingt-cinq enfants.
Face à la désapprobation de la société new-yorkaise concernant ses nombreuses "familles", Isaac et Isabella déménagèrent à Paris, puis à Oldway Mansion à Paignton, sur la côte du Devon. Isaac Singer mourut en 1875, laissant une succession d’environ 14 millions de dollars, une somme colossale à l’époque. Ses deux testaments ont créé des tensions familiales et des procès. Le 8 janvier 1879, Isabella épousa un musicien néerlandais, Victor Reubsaet, et s’installa à Paris. Victor était un chanteur et violoniste de renommée internationale. Il est né en 1843 à Sittard, sous le nom de Nicolas Reubsaet, fils d’un simple cordonnier. Prétendant être d’ascendance noble, il revendique à tort le titre de Vicomte d’Estenburgh.
L'Éducation et les Premières Années de Winnaretta Singer
Winnaretta ne passa que les deux premières années de sa vie à New York. Isaac Singer, une fois fortune faite, alla s’installer à Paris avec sa famille en 1867 et c’est en France que la jeune Winnie Singer fut élevée. Des voyages fréquents développèrent son goût pour l’art. En 1870, à l’approche de la guerre franco-prussienne, la famille Singer partit pour l’Angleterre. Isaac Singer fit bâtir une énorme propriété à Paignton dans le Devonshire, qu’il appela ironiquement “The Wigwam”. Cette somptueuse résidence comprenait plus de cent pièces ; Isaac Singer y organisait d’importantes représentations théâtrales et y accueillit au moins une représentation de cirque. Il venait juste de terminer sa demeure lorsqu’il mourut, le 23 juillet 1875, à l’âge de 64 ans. Isabelle Singer retourna avec sa famille vivre à Paris.
Winnaretta partageait la passion de sa mère pour la musique ; d’après ses mémoires, elle ne reçut aucune formation particulière en dehors de ses leçons de piano, mais elle assistait aux nombreux concerts donnés dans le salon familial. À l’occasion de son quatorzième anniversaire, en 1879, elle demanda comme cadeau une interprétation de son morceau favori de Beethoven - le quatuor à cordes en mi mineur, op. 131. Elle suivit des cours de peinture dans l’atelier de Félix Barrias, qui avait été prix de Rome, et fréquenta l’atelier de Manet. Elle était un peintre accompli - plus tard, ses tableaux furent souvent pris pour des Manet. Elle parlait aussi bien le français que l’anglais, et en 1882, à dix-sept ans, elle fut invitée par la Direction du Louvre à participer à la préparation du catalogue en anglais.
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Un des grands plaisirs de sa jeunesse fut les étés passés dans le château familial de Blosserville, en Normandie. Ce fût là qu’en 1880 Winnaretta rencontra Gabriel Fauré, qui avait alors trente-cinq ans. Il fut son premier ami musicien; elle devait devenir sa confidente et, ensuite, sa bienfaitrice. Deux ans plus tard, sa mère emmena Winnaretta à Bayreuth pour assister à une représentation de Parsifal et elle devint aussitôt une admiratrice passionnée de la musique de Wagner.
Lorsque la succession compliquée d’Isaac Singer fut finalement réglée, en 1877, Winnaretta reçut directement 167.000 dollars du compte d’épargne personnel de son père ; de plus, elle hérita d’une partie de la vente de la Compagnie des machines à coudre Singer, plus de 50.000 dollars en espèces et environ 610.000 dollars en actions. Une autre disposition laissait à Winnaretta une partie de la propriété anglaise.
Winnaretta Singer : Mariages et Salons Musicaux
En 1887, Isabelle arrangea le mariage de sa fille avec le Prince Louis de Scey Montbéliard. Winnaretta, qui avait toujours fait preuve d’un esprit indépendant, était ravie d’échapper à la tutelle d’une mère dominatrice, mais elle ne trouva pas le bonheur dans ces nouveaux liens. Leur union resta un mariage blanc pendant les quatre ans qu’ils passèrent ensemble, avant que Winnaretta ne briguât et n’obtînt une annulation en cour de Rome. Quelques mois avant son premier mariage, Winnaretta avait acheté un hôtel particulier avenue Henri Martin. Dès 1888, elle reçoit ses amis musiciens dans le chalet, qui est alors à la fois son atelier de peinture et le « hall » de musique, (comme l’appelle Proust dans À la recherche du temps perdu). C’est là que Vincent d’Indy, Emmanuel Chabrier, Ernest Chausson, Gabriel Fauré vont, les premiers, venir jouer, et créer leurs œuvres les plus remarquables. Le premier concert, donné le mardi 22 mai 1888, donne des extraits de Gwendoline, de Chabrier ; de Clair de lune, de Fauré ; d’œuvres de Vincent d’Indy et de Chausson. Fauré est à l’harmonium, Chabrier au piano, d’Indy et Messager aux percussions, avec les chœurs et les orchestres des concerts Lamoureux et du Conservatoire.
Au printemps, tandis qu’elle attendait la réponse papale au sujet de l’annulation de son mariage, la princesse s’installa pour une longue villégiature à Venise. Le 1er février 1892, le Vatican annula officiellement le mariage Scey Montbéliard. À la fin de cette même année, Robert de Montesquiou et son influente cousine, la comtesse Elisabeth Greffuhle, encouragèrent Winnaretta à se remarier pour retrouver une position respectable dans la société aristocratique. L’homme qu’ils avaient choisi pour elle était leur ami, le Prince Edmond de Polignac, un célibataire âgé de cinquante-neuf ans, qui avait étudié au Conservatoire de Paris et jouissait alors d’une certaine réputation comme compositeur. Winnaretta et le Prince de Polignac se marièrent le 15 décembre 1893.
Durant leur court mais heureux mariage, le Prince et la princesse transformèrent leur demeure en un glorieux et vibrant salon de musique. Les soirées musicales des Polignac devinrent régulières et très recherchées. Tout ce que Paris comptait alors de personnalités illustres dans les arts, les lettres et les sciences, se pressait dans leurs salons. Mais le Prince avait une santé fragile et et il mourut le 8 août 1901, à l’âge de soixante-sept ans.
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Mécénat et Influence Musicale de Winnaretta Singer
En 1904, elle confia à l’architecte Henri Grandpierre la construction d’un nouvel hôtel, avec un salon de musique magnifique, assez vaste pour recevoir confortablement un orchestre de chambre et près de deux cents invités Avec deux salons de musique à sa disposition, elle pouvait accroître ses activités musicales, et elle donna des représentations commémoratives des œuvres de son mari. Le grand salon du 43 de l’avenue Henri-Martin était réservé aux orchestres plus grands ou aux artistes de grande renommée, tandis que l’atelier de la rue Cortambert proposait des concerts avec accompagnement d’orgue ou des soirées musicales plus intimes. Parallèlement, le salon de la princesse de Polignac reflétait l’activité artistique florissante de son temps. Une douzaine de fois par an, les artistes et les aristocrates s’y réunissaient pour un somptueux dîner et ils passaient ensuite dans le salon de musique pour jouir d’un merveilleux évènement musical.
Winnaretta était une mécène dévouée, soutenant de nombreux compositeurs et musiciens de son époque. Elle commanda de nombreuses pièces à des compositeurs célèbres. On lui doit entre autres la création de Socrate d'Erik Satie, du Renard d'Igor Stravinsky, du Retablo de Maese Pedro de Manuel de Falla, du Concerto pour deux pianos et du Concerto pour orgue, cordes et timbales de Francis Poulenc. Ravel lui dédia sa célèbre Pavane pour une infante défunte.
Les Dernières Années de Winnaretta Singer et son Héritage
Le plus jeune frère de la princesse, Franklin Singer, mourut à Paris le 10 août 1939. La princesse accompagna sa dépouille en Angleterre pour rejoindre la famille des Singer dans la crypte de Torquay, et elle décida de rester un peu plus longtemps pour rendre visite à des amis. Le 3 septembre, l’Angleterre et la France déclaraient la guerre à l’Allemagne. Le 17 septembre, la princesse écrivit à Nadia Boulanger et à Francis Poulenc que sa famille lui avait demandé de rester un peu en Angleterre. Elle s’installa dans le Devonshire, où elle avait passé ses plus jeunes années. Elle aida à organiser des concerts dont les bénéfices étaient versés à la Croix-Rouge.
Au début du printemps 1940, Winnaretta quitta le Devonshire pour Londres. Malgré l’apparence de force indomptable qu’elle montrait en société et le fervent désir de retourner dans sa France bien-aimée qu’elle exprimait si souvent dans ses lettres, la princesse était incapable de se décider à franchir la Manche. Sa santé commença à décliner sérieusement en 1943, bien qu’elle continuât à participer autant que possible à la vie mondaine dans les cercles culturels. Elle organisa plusieurs dîners, parmi lesquels figuraient le ténor Peter Pears, l’éditeur Cyril Connolly - qui l’aida à enregistrer ses souvenirs - l’écrivain Stephen Spender - qui était curieux de l’entendre évoquer ses souvenirs personnels à propos de Proust - les compositeurs Benjamin Britten, Lennox Berkeley, Gerald Berners, et d’autres personnalités artistiques et politiques.
La princesse mourut d’une crise cardiaque aux premières heures du 26 novembre 1943. Un service à sa mémoire fut célébré dans l’Église de l’Immaculée Conception à Londres, avec de la musique de Bach, Mozart et Fauré, chantée par Peter Pears accompagné à l’orgue par William McKie. Elle fut enterrée dans la crypte familiale des Singer à Torquay, aux côtés de son père et de son mari. Pour le premier anniversaire de sa mort, Le Figaro fit paraître un article à la mémoire de la princesse de Polignac, regrettant que, sa disparition étant survenue un an plus tôt, “les évènements et la sujétion qui pesaient sur toute expression libre en France ne permirent pas de parler comme il convenait de la princesse Edmond de Polignac et de lui rendre l’hommage qu’elle méritait”.
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Isabella Eugénie Boyer et la Statue de la Liberté : Mythes et Réalités
Des sources diverses mettent en avant différents modèles qui auraient servi à déterminer le visage de la statue de la Liberté. Parmi les modèles proposés, on trouve Isabella Eugénie Boyer, veuve du milliardaire du monde de la couture, Isaac Singer qui avait contribué au financement du projet. Selon certaines sources, Bartholdi se serait inspiré du visage de sa mère, Charlotte Bartholdi (1801-1891), dont il était très proche, pour donner à la statue son visage sévère. D'autres modèles ont été avancés sans faire l'unanimité. Bartholdi a peut-être réalisé une synthèse de plusieurs visages féminins, afin de donner une image neutre et impersonnelle de la Liberté.
Marie Louise Singer et la Villa Vaucourt-Singer
Marie Louise Singer est née en Alsace le 26 mai 1859 à Reichshoffen, dans un milieu aisé si l’on en juge par la photographie de sa maison natale. Dans cette région de forêts, son père et son grand-père étaient marchands de bois. À l’époque de la naissance de Marie Louise, vivaient à demeure au foyer Singer, outre sa sœur Adèle et son frère Alfred (deux autres sœurs Hélène Rosalie et Julie Louise naîtront plus tard), une cuisinière, une domestique, une bonne d’enfants, deux commis et un adolescent placé « en nourrice », c’est-à-dire apprenti, en attendant d’être commis lui-même. Peu avant la Seconde Guerre mondiale, Marie Louise Singer acheta la belle villa Ker Salina, située sur la butte de la Tallique, près de la chapelle Notre-Dame-du-Mûrier, face à l’ouest et aux dunes de Valentin, qu’elle rebaptisa, à partir de son prénom, Villa Marie-Louise. La villa prit alors son nom définitif :Vaucourt-Singer.
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