Introduction
L'imagerie par résonance magnétique (IRM) est un outil de diagnostic puissant, mais son utilisation pendant l'allaitement soulève des questions quant aux risques potentiels pour le nourrisson. Cet article examine les données actuelles sur l'excrétion des produits de contraste utilisés en IRM dans le lait maternel, les risques potentiels pour le nourrisson et les recommandations des sociétés savantes.
Produits de contraste utilisés en IRM et excrétion dans le lait maternel
Les produits de contraste iodés (PCI) et les produits de contraste à base de gadolinium (PCG) sont utilisés en IRM pour améliorer la visualisation des tissus et des organes. Les PCI traversent la barrière placentaire et sont excrétés via les urines dans le liquide amniotique, puis déglutis par le fœtus.
Plusieurs types de produits de contraste à base de gadolinium sont utilisés pour les IRM chez les adultes et les enfants, notamment l'acide gadotérique, l'acide gadopentétique, le gadobénate de diméglumine et le gadotéridol. Leur biodisponibilité orale est quasiment nulle et leur demi-vie est habituellement très courte (au plus 90 minutes), ce qui limite leur passage dans le lait maternel.
Une étude a examiné l'excrétion lactée du gadopentétate de diméglumine (Magnevist®) chez 20 femmes ayant reçu une injection intraveineuse de 0,1 à 0,2 mmol/kg. Les femmes ont tiré leur lait pendant 24 heures. Le taux lacté maximal constaté pendant cette période était en moyenne de 9,8 ± 19,8 μmol/l. La quantité totale de gadolinium excrétée pendant les 24 heures suivant l'injection était de 0,57 ± 0,71 μmol/l, soit 0,001 à 0,04 % de la dose maternelle. Cette quantité ne dépassait jamais 0,04 % de la dose pédiatrique. De plus, la biodisponibilité orale de ce produit est de 0,8 %, ce qui signifie que ce qui passera dans le sang de l’enfant représentera au maximum 0,0004 % de la dose pédiatrique.
Risques potentiels pour le nourrisson
Le gadolinium est toxique sous sa forme libre et doit être chélaté pour être administré à l'homme. Chez l'animal, les PCG traversent la barrière placentaire et s'accumulent dans le tractus urinaire fœtal. Ils sont ensuite excrétés dans le liquide amniotique, favorisant ainsi un contact prolongé du fœtus avec le gadolinium sous sa forme libre, la plus toxique.
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Chez l'homme, aucune étude clinique n'a évalué les risques des PCG durant la grossesse. Cependant, aucun effet tératogène n'a été rapporté à ce jour dans des études rétrospectives sur plus de 400 femmes exposées.
En ce qui concerne l'allaitement, l'excrétion des PCG dans le lait est partielle en raison de sa faible fixation aux protéines et de son hydrosolubilité. Cependant, les sociétés savantes ont des avis contradictoires sur la conduite à tenir chez la femme allaitante.
Recommandations des sociétés savantes
Les sociétés savantes ont des avis divergents sur la conduite à tenir en cas d'IRM avec injection de produit de contraste chez une femme qui allaite.
- L’European society of Urogenital Radiology (ESUR) en 2015 préconise une suspension de 24 heures de l’allaitement.
- L’American College of Radiology (ACR) et l’American Congress of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) en 2016 recommandent de ne pas interrompre l’allaitement.
L'arrêt de 24 heures préconisé par l'ESUR est une recommandation préventive en raison du manque de données concernant le risque d'ingestion des PCG par les nouveau-nés et de ses conséquences sur le risque d'accumulation cérébrale des PCG décrit chez l'adulte.
Grossesse et PCI
Lazarus et al (1) ont montré que le taux de réalisation d’imagerie médicale chez une femme enceinte avait augmenté de 107% en une décennie aux États-Unis en raison de traumatisme ou de suspicion d’embolie pulmonaire.
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College of Obstetricians and Gynecologists et European Society of Radiology), l’utilisation des PCI (notamment ceux à faible osmolarité) est possible, à n’importe quel moment de la grossesse, si et seulement si l’examen peut apporter une aide au diagnostic et donc améliorer la prise en charge de la mère et/ou du foetus. Après cette date, la surcharge iodée ponctuelle consécutive à l’administration du PCI pourrait, en théorie, entraîner une dysthyroïdie foetale transitoire ; ce qui pose la question de la nécessité du contrôle de la fonction thyroïdienne du nouveau-né. Deux sociétés savantes (European Society of Urogenital Radiology et la Société Française de Radiologie) recommandent une surveillance systématique (3) mais cette position n’est pas partagée par tous.
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