L'inversion en cours de lactation, des taux butyreux (TB) et protéiques (TP), ou phénomène des taux butyreux faibles, est une spécificité de l’espèce caprine. Ce phénomène, bien que quelque peu « anormal », révèle le plus souvent un déséquilibre alimentaire. Ce croisement des taux pose problème aux entreprises de transformation, car le rapport gras sur sec réglementaire de 45 % est parfois difficile à atteindre.

Le phénomène d'inversion des taux : une spécificité caprine

L'inversion des taux butyreux (TB) et protéiques (TP) en fin de lactation est un phénomène particulier observé chez les chèvres laitières. Normalement, le taux butyreux, qui indique la proportion de matières grasses dans le lait, est supérieur au taux protéique, qui indique la proportion de protéines. Cependant, dans certains cas, on observe une inversion de ces taux, avec un TB inférieur au TP.

Cette inversion peut avoir des conséquences économiques importantes pour les éleveurs et les transformateurs de lait de chèvre. En effet, le rapport entre les matières grasses et les protéines est un critère de qualité important pour la fabrication de fromages et autres produits laitiers. Un rapport trop faible peut rendre difficile l'obtention de la texture et du goût souhaités, et peut même entraîner des pertes économiques.

Causes possibles de l'inversion des taux

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'inversion des taux butyreux et protéiques chez la chèvre en fin de lactation. Parmi les causes les plus fréquemment évoquées, on retrouve :

Déséquilibre alimentaire

Un déséquilibre alimentaire est la cause la plus fréquente de l'inversion des taux. Une ration mal équilibrée, avec un manque d'énergie ou un excès de protéines, peut perturber le métabolisme de la chèvre et affecter la composition du lait.

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Stade de lactation avancé

En fin de lactation, la production de lait diminue naturellement, ce qui peut entraîner une concentration plus élevée des protéines par rapport aux matières grasses.

Facteurs individuels

Certaines chèvres peuvent être plus prédisposées que d'autres à l'inversion des taux, en raison de facteurs génétiques ou physiologiques.

Santé de la mamelle

Les mammites, qu'elles soient cliniques ou subcliniques, peuvent également affecter la composition du lait et entraîner une inversion des taux. Les mammites sont une des principales maladies des ruminants laitiers. Elles peuvent être cliniques, souvent liées au CAEV chez la chèvre, à la Visna-Maedi ou au mycoplasme chez la brebis, ou gangreneuses, dues à un staphylocoque qui provoque une nécrose du quartier plus ou moins étendue. Les congestions mammaires, quant à elles, ne sont pas des mammites, mais se caractérisent par un pis gonflé, dur, parfois un peu douloureux mais qui contient du lait normal. Elles sont fréquemment provoquées par un excès alimentaire en fin de gestation. En début de lactation, il est possible d'observer du sang dans le lait ou un lait rosé, mais il ne s'agit pas forcément d'une mammite s'il n'y a pas de grumeaux dans le lait et que la mamelle est normale. Les mammites sub-cliniques sont fréquemment provoquées par des germes appelés "pathogènes mineurs" tels que le Staphylocoque coagulase négative. Un des premiers signe de mammite subclinique est l'asymétrie de la mamelle: on parle de "pis déséquilibré". Les symptômes locaux incluent une mamelle chaude, dure et rouge, ainsi qu'un lait modifié avec des grumeaux et un aspect aqueux. Dans les cas de mammites gangreneuses, une zone bleue à noire apparaît sur la mamelle, froide au toucher et qui envahit progressivement toute la mamelle.

Gestion de la traite

Un réglage inadéquat de la machine à traire ou une mauvaise hygiène de la traite peuvent également favoriser l'apparition de mammites et affecter la composition du lait. Il est donc important d'assurer un réglage régulier de la machine à traire par une personne compétente, de maintenir une bonne hygiène de la traite, de regrouper les animaux à cellules dans un lot à traire en dernier, de traire les primipares en premier, de faire du trempage de trayon après la traite et d'avoir une politique de réforme des chèvres à cellules plus drastique.

Prévention et gestion de l'inversion des taux

Pour prévenir et gérer l'inversion des taux butyreux et protéiques chez la chèvre en fin de lactation, il est important de mettre en place une stratégie globale qui prend en compte les différents facteurs de risque. Cette stratégie peut inclure :

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Alimentation équilibrée

Veiller à ce que les chèvres reçoivent une alimentation équilibrée, adaptée à leurs besoins nutritionnels en fonction de leur stade de lactation et de leur niveau de production. Il est important de fournir une ration riche en énergie et en fibres, avec un apport suffisant de protéines de qualité.

Suivi de la santé de la mamelle

Mettre en place un programme de surveillance de la santé de la mamelle, avec des contrôles réguliers pour détecter et traiter rapidement les mammites. Pour avoir une chance de guérir une mammite, il est indispensable d'intervenir le plus tôt possible. Il est conseillé d'y associer un drainage hépatique et rénal par voie orale pendant la durée du traitement.

Optimisation de la gestion de la traite

S'assurer que la machine à traire est correctement réglée et que les procédures de traite sont respectées pour minimiser le risque de contamination et d'infection de la mamelle.

Sélection génétique

Tenir compte de la prédisposition génétique à l'inversion des taux dans les programmes de sélection, en privilégiant les animaux qui produisent un lait avec un rapport TB/TP élevé.

Gestion du renouvellement du troupeau

Selon Guylaine Trou, de la chambre d’agriculture de Bretagne, un taux de renouvellement excessif coûte cher et pénalise la durée de vie productive des vaches. Il est donc important d'analyser les causes de réforme dans son élevage et de définir un taux de réforme obligatoire pour optimiser le renouvellement du troupeau. En dehors de circonstances particulières, comme des problèmes sanitaires, un taux de réforme de 20 à 25 % est un bon objectif. Pour assurer en toute sécurité un taux de réforme de 20 %, il faut cependant viser 25 % de primipares. Il ne faut pas chercher à augmenter la longévité à tout prix mais à l’optimiser. Atteindre quatre lactations à la réforme en moyenne est un bon objectif.

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Hypocalcémie et son impact potentiel

Il est important de noter que l'hypocalcémie, une autre condition métabolique, peut également affecter la santé des chèvres en fin de lactation. L'hypocalcémie est due à un trouble temporaire de la calcémie, résultant d'un défaut de réponse assez rapide face à une demande augmentée. Les chèvres sont plutôt touchées en début de lactation. Les animaux trop gras présentent une diminution importante des hydroxylations hépatiques et rénales de la vitamine D et donc un trouble de synthèse de cette vitamine intervenant dans le métabolisme calcique. L'apparition des troubles est brutale et souvent sporadique, mais si les conditions sont favorables, peut toucher jusqu'à 30% des animaux. Les signes cliniques sont variables, de la simple anorexie à un coma profond. Les premiers symptômes incluent hyperexcitabilité, tremblements musculaires et incoordination motrice. Ensuite, les animaux deviennent abattus, présentent une parésie, un décubitus sternal avec attitude de self-auscultation, ralentissement de la motricité digestive, salivation par hypokinésie des mâchoires et parésie du pharynx. La mort peut survenir en 6 à 36 heures. Le traitement consiste à rétablir l'équilibre calcique par l'apport intraveineux de calcium. La prévention est essentiellement d’ordre alimentaire, en évitant d’une part l’apport excessif de calcium, d’autre part les causes d’anorexie au moment de l’augmentation des besoins chez les femelles en fin de gestation.

Enquêtes et recherches

Une enquête auprès de 23 éleveurs caprins de Poitou-Charentes a permis de quantifier et de caractériser les phénomènes d’inversion des taux (causes, influence de l’alimentation), pour des animaux conduits en régimes alimentaires secs. Ces recherches soulignent l'importance de comprendre les spécificités de l'alimentation et de la gestion des chèvres laitières pour optimiser la qualité du lait.

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