La mamelle de vache est un organe glandulaire complexe, essentiel à la production laitière. Sa structure sophistiquée, sa physiologie unique et sa sensibilité aux maladies nécessitent une compréhension approfondie pour optimiser la production laitière et le bien-être animal. Cet article explore l'anatomie détaillée de la mamelle, son rôle crucial dans la production de lait, les problèmes de santé courants et les stratégies de prévention.

Structure Anatomique de la Mamelle

La mamelle de vache est composée de quatre quartiers indépendants, chacun possédant sa propre structure anatomique complexe. Chaque quartier fonctionne comme une unité de production laitière autonome.

Le Trayon

Au centre de chaque quartier se trouve le trayon, un canal d'une longueur de 5 à 10 centimètres par lequel le lait s'écoule. Le sphincter du trayon, un muscle circulaire situé à l'extrémité du trayon, joue un rôle crucial en empêchant l'entrée des bactéries entre les traites, protégeant ainsi la mamelle contre les infections.

Les Alvéoles et les Canaux Galactophores

À l'intérieur de chaque quartier, des millions d'alvéoles microscopiques produisent le lait. Ces alvéoles sont connectées à un système de canaux galactophores, qui convergent vers la citerne de la mamelle. La citerne de la mamelle est un réservoir capable de contenir jusqu'à 400 ml de lait par quartier.

Vascularisation de la Mamelle

L’artère et la veine honteuses externes sont des vaisseaux de gros calibre (l’artère pouvant atteindre 2 cm de diamètre chez une vache forte productrice, au pic de lactation). L’artère provient d’un tronc pudendo-épigastrique et la veine aboutit à ce tronc situé sous le péritoine de la région prépubienne, non loin de l’anneau inguinal profond. L’artère honteuse externe se divise à la face dorsale de la mamelle en deux ramifications, les artères mammaires craniale et caudale. Cette dernière est anastomosée vers l’arrière avec l’artère périnéale ventrale (prolongement de l’artère honteuse interne). En ce qui concerne le système veineux, il est organisé en trois étages : veines des trayons, veines du parenchyme et collecteurs de la base du pis.

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Physiologie de la Production Laitière

La production de lait dans la mamelle de vache est un processus complexe, déclenché par des hormones. La production de lait est stimulée par la prolactine, une hormone produite par l'hypophyse.

Réflexe Neuro-Hormonal

Le mécanisme d'éjection du lait, appelé réflexe neuro-hormonal, s'active lors de la stimulation des trayons pendant la traite. La stimulation des trayons envoie des signaux au cerveau, qui libère de l'ocytocine. L'ocytocine provoque la contraction des cellules myoépithéliales entourant les alvéoles, forçant le lait à descendre vers la citerne, prêt à être collecté.

Durée de Lactation

Une vache en lactation peut produire continuellement du lait pendant 305 jours en moyenne. La production de lait varie en fonction du stade de lactation, avec un pic généralement atteint 6 à 8 semaines après le vêlage.

Santé de la Mamelle : Prévention et Maladies Courantes

La santé de la mamelle est cruciale pour la productivité et le bien-être des vaches laitières. Les infections et les blessures peuvent compromettre la production laitière et causer de la douleur et de l'inconfort aux animaux.

Mammite

La mammite, une inflammation de la mamelle causée principalement par des bactéries, est la maladie la plus fréquente et la plus coûteuse en élevage laitier. La gestion thérapeutique des mammites bovines repose principalement sur l’utilisation d’antibiotiques (intramammaires et/ou parentéraux, selon le type de mammite), associée éventuellement à celle de molécules anti-inflammatoires, à une fluidothérapie et à divers traitements adjuvants (antioxydants, par exemple).

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Autres Affections

D'autres affections peuvent toucher la mamelle de vache, notamment les blessures aux trayons, l'œdème mammaire post-vêlage et les verrues.

Prévention

La prévention reste la meilleure stratégie pour maintenir des mamelles saines.

  • Nettoyage des trayons : Le nettoyage systématique des trayons avant la traite avec des lingettes individuelles permet d'éliminer les contaminants.
  • Désinfection post-traite : La désinfection post-traite avec des produits adaptés crée une barrière protectrice contre les infections.
  • Entretien du matériel de traite : L'entretien régulier du matériel de traite garantit son bon fonctionnement et limite les traumatismes. Le contrôle mensuel du niveau de vide et le changement des manchons trayeurs selon les recommandations du fabricant sont essentiels.
  • Contrôle régulier : Un contrôle régulier permet de détecter précocement les problèmes de santé.

Rôle de la Mamelle dans la Production Laitière

La mamelle de vache représente l'interface entre l'alimentation de l'animal et la production de lait destiné à la consommation.

Facteurs Influençant la Production Laitière

  • Génétique : La génétique joue un rôle fondamental, certaines races comme la Holstein produisant naturellement plus de lait.
  • Stade de lactation : Le stade de lactation influence également la production, avec un pic généralement atteint 6 à 8 semaines après le vêlage.
  • Bien-être animal : Le bien-être des vaches impacte directement l'état de leur mamelle et la qualité du lait produit. Des conditions d'élevage optimales incluent un couchage confortable et propre, réduisant la pression sur les mamelles et limitant l'exposition aux pathogènes.

Mammectomie Physiologique

Les publications scientifiques rapportent plusieurs techniques chirurgicales permettant de prendre en charge ces infections graves de la mamelle, mais aussi les abcès mammaires. Ces techniques peuvent être séparées en mammectomies radicales (retrait du tissu mammaire) et en mammectomies physiologiques, dans lesquelles certains (ou la totalité) des vaisseaux participant à la vascularisation de la mamelle sont ligaturés. La première technique (mammectomie au sens strict ou mammectomie radicale) n’est réellement applicable qu’aux petits ruminants, car trop lourde chez la vache.

Ligature Vasculaire

La voie d’abord pour ligaturer les vaisseaux intra-abdominaux (artères et veines honteuses externes) varie également selon les chirurgiens : ces vaisseaux sont abordés soit via une laparotomie par le flanc, soit par colpotomie. Les revues scientifiques proposent des descriptions de mammectomie physiologique consistant à ligaturer, après laparotomie, les artères et veines honteuses externes seules. Cependant, cette ligature seule n’est pas suffisante chez toutes les vaches, des échecs avec persistance de la production de lait ayant été notés alors même que ces vaisseaux étaient totalement oblitérés. Il est, par conséquent, nécessaire de compléter la technique proposée dans les revues scientifiques en ajoutant à la ligature de l’artère et de la veine honteuses externes celle des artères périnéales. La ligature des veines mammaires craniales est également nécessaire pour limiter le relargage des toxines bactériennes d’origine mammaire dans la circulation générale. L’existence du cercle veineux du pis nécessite la ligature des deux veines, même si un seul côté de la mamelle est atteint.

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Matériel Nécessaire

Le matériel nécessaire pour la réalisation de cette intervention comprend l’équipement chirurgical classique pour une laparotomie (dont un fil monofilament résorbable déc. Pour réaliser la ligature des vaisseaux de gros calibre (artère et veine honteuses externes), l’utilisation d’élastiques de 1 cm de large (bracelets élastiques de 1,5 cm ´ 10 mm, disponibles en papeterie) est préférée à celle de fil de suture, qui risque de sectionner les vaisseaux. L’emploi de colliers de serrage Colson® de 7 mm de large (colliers d’électricien, disponibles en magasin de bricolage) est également envisageable, même si leur utilisation a été, dans notre expérience, associée dans certains cas à une moins bonne oblitération des vaisseaux.

Procédure de Ligature

Une laparotomie est pratiquée par le flanc gauche ou droit (les vaisseaux gauche et droit étant accessibles par le côté opposé). L’animal est préparé de manière classique, comme pour toute laparotomie : tonte, nettoyage, désinfection, anesthésie locale traçante ou, mieux, paravertébrale. Une fois dans la cavité abdominale, l’anneau inguinal profond situé du côté du site de laparotomie est repéré à l’aveugle : la main est posée à plat contre l’aile de l’ilium, puis ramenée cranialement, tout en restant en contact avec la paroi musculaire abdominale. Les premiers vaisseaux rencontrés sont les vaisseaux honteux externes, environ 5 cm cranialement à l’ilium. Afin de confirmer qu’il s’agit bien de ces vaisseaux, il est possible de les suivre en direction ventrale : ils s’engagent et disparaissent dans une fente longitudinale horizontale d’environ 4 cm de long dans la paroi abdominale. Cette structure (constituée par le bord du muscle droit de l’abdomen, extrêmement tendu en raison de la proximité de son attache tendineuse sur le pubis) est l’anneau inguinal interne, zone légèrement dépressible, avec un rebord très tendu et dur. Une fois les vaisseaux repérés (par le pouls de l’artère honteuse), le péritoine les entourant est disséqué à l’aveugle. En pratique, celui-ci est pincé et déchiré au doigt sur le côté des vaisseaux, le plus près possible de l’anneau inguinal (photo 2). Il est important que la ponction ne soit réalisée que 2 à 4 cm au-dessus de l’anneau, pour ne pas provoquer la dévascularisation de vaisseaux destinés à la paroi abdominale. La ponction du péritoine n’est pas effectuée sur les vaisseaux pour éviter de les perforer. Le doigt poursuit alors la dissection dans le tissu conjonctif situé derrière les vaisseaux, jusqu’à ce qu’il soit possible d’en faire le tour (photo 3). Une fois les vaisseaux isolés, un élastique, préalablement coupé, afin d’obtenir une lanière, et désinfecté dans une solution à base de chlorhexidine, est passé derrière les vaisseaux. Il convient, à cette étape, de vérifier que l’artère et la veine sont bien toutes les deux entourées par l’élastique. L’élastique est ensuite serré comme un fil de suture afin de ligaturer les vaisseaux (photo 4) : à ce moment-là, il est nécessaire, lors de laparotomie par le flanc, d’introduire les deux bras dans l’abdomen pour placer l’élastique et serrer le nœud bien à plat (pour éviter de casser le bracelet caoutchouc). Le nœud est serré en avançant les pouces le plus près possible du vaisseau, afin de ne pas exercer de traction sur celui-ci. L’absence de pouls résiduel en dessous et la présence d’une turgescence au-dessus de la ligature confirment aisément la qualité de celle-ci. La même opération est réalisée avec les vaisseaux honteux externes controlatéraux, facilement accessibles par la même plaie de laparotomie. Lorsque des colliers Colson® sont employés, l’extrémité libre du collier après serrage ne doit pas être coupée. En effet, elle pourrait alors devenir tranchante et constituer un risque potentiel pour les organes abdominaux. En général, la partie libre du collier, aux bords mousse, finit emprisonnée dans un amas de fibrine (inflammation locale) et ne constitue donc pas un risque pour l’animal.

Ligature des Artères et Veines Périnéales Ventrales et Veines Honteuses Externes

La voie d’abord de l’artère périnéale ventrale est située dans le plan médian de la région périnéale, sous la vulve, à environ 20 cm en dessous de la limite ventrale de la pointe de la fesse (tubérosité ischiatique). Celle-ci est repérée avant l’intervention par son pouls (sauf chez les animaux en bon état corporel). Une anesthésie épidurale caudale est suffisante pour réaliser l’intervention. La zone est tondue et préparée aseptiquement. L’opérateur passe à travers la peau une aiguille triangulaire de forte section, sur laquelle est monté un fil monofilament déc. 5, puis charge les rameaux sanguins souhaités. Si les vaisseaux sont traversés, le monofilament va faire “glisser” le sang vers la sortie de l’aiguille (figure 3). Il convient alors de recommencer à un autre endroit. Une compresse pliée est placée entre les deux chefs, puis le nœud est posé et serré fortement au-dessus de celle-ci (photos 5a et 5b).

Ligature des Veines Mammaires Craniales

La zone de la veine mammaire craniale est repérée et tondue sur environ 20 cm de long, cranialement au pis (se laisser une marge de manœuvre caudalement, au cas où le vaisseau serait accidentellement traversé durant la ligature). Une anesthésie locale de part et d’autre de la veine est réalisée et la zone est préparée chirurgicalement. Étant donné la localisation de la suture à réaliser, l’éleveur tient la queue de l’animal horizontale afin de limiter les éventuels coups de pied contre le chirurgien. De la même façon qu’au deuxième temps, l’opérateur passe à travers la peau, puis charge la veine mammaire craniale à l’aide d’un fil monofilament déc. 5 doublé et d’une aiguille triangulaire de forte section. L’opérateur passe alors l’aiguille dans la paroi musculaire, en veillant à ne pas lui faire suivre une trajectoire trop verticale afin qu’elle ne pénètre pas dans la cavité abdominale. À nouveau, une compresse pliée est ensuite placée, puis le nœud très serré est posé (photo 6).

Soins Postopératoires et Évolution

Une antibiothérapie classique de couverture est mise en place pendant 3 à 5 jours, associée à un traitement anti-inflammatoire non stéroïdien. Ce traitement anti-inflammatoire doit être réalisé pendant 3 jours afin de prévenir la douleur qui pourrait survenir à la suite de la pose des ligatures, même si, d’après notre expérience, celle-ci est limitée. En particulier, nous n’avons pas observé d’engorgement mammaire douloureux, ni de signes de douleur associés à la dévascularisation du parenchyme mammaire. À la fin de l’intervention, il est fréquent d’observer des trayons plus pâles et plus froids qu’avant la chirurgie. Les jours suivant l’intervention, les signes généraux sont réputés être moins importants, et l’amélioration de l’état général se fait rapidement, avec une reprise de l’appétit en 1 à 2 jours chez des animaux anorexiques avant l’intervention. L’amélioration des symptômes est le seul signe précoce permettant de s’assurer de la réussite de l’intervention. En effet, aucune différence de température n’est observée au niveau de la peau de la mamelle, celle-ci étant irriguée par d’autres rameaux vasculaires que ceux ligaturés. De plus, à la suite de la ligature des vaisseaux, l’involution du parenchyme mammaire est très lente, pouvant prendre 6 à 8 semaines. À la suite de la ligature des vaisseaux, un caillot se met en place en amont de l’élastique. Lors de ligature incomplète des vaisseaux (essentiellement au niveau de l’artère honteuse externe), ce caillot se forme, mais oblitère incomplètement le vaisseau : un reliquat de vascularisation du pis est alors présent et aucune amélioration n’est observée.

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