Une fausse couche précoce est un événement douloureux et malheureusement fréquent. Une étude relayée en octobre 2024 par Qare en partenariat avec IPSOS a indiqué qu’une femme sur quatre en France a déjà vécu une fausse couche dans sa vie. Cet article vise à informer sur les causes, les symptômes, la prise en charge médicale et le soutien psychologique disponibles pour les femmes confrontées à cette épreuve. Il aborde également les aspects liés à la prévention et à la reconnaissance des grossesses non évolutives et biochimiques.
Qu'est-ce qu'une fausse couche précoce ?
La fausse couche précoce se définit comme un arrêt spontané de la grossesse survenant avant la 14e semaine d’aménorrhée (soit la 12e semaine de grossesse). Au moins 15 % des grossesses se terminent par une fausse couche précoce. Elle se distingue de la fausse couche tardive, qui survient entre la 14e et la 22e semaine d’aménorrhée.
Grossesse non évolutive
La grossesse non évolutive est un terme générique qui englobe plusieurs situations où le développement de l'embryon s'arrête. On parle couramment de fausse couche spontanée ou fausse couche, de mort fœtale in utéro ou de mort périnatale, selon le terme auquel survient le décès du fœtus ou du nouveau-né.
L'œuf clair
Aussi appelé « œuf blanc » ou grossesse non embryonnée, l’œuf clair désigne l’arrêt du développement avant même l’apparition de l’embryon. La femme possède donc un sac ovulaire dépourvu d’embryon.
Mort embryonnaire
Une autre cause de grossesse non évolutive est la mort embryonnaire. Le cœur de l’embryon cesse de battre.
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Grossesse molaire
La grossesse molaire est une anomalie du développement du placenta, appelée maladie trophoblastique gestationnelle.
Grossesse extra-utérine
Aussi appelée grossesse ectopique, cette grossesse se développe en dehors de la cavité utérine. L’œuf s’implante dans les trompes de Fallope dans 96 à 98% des cas, ou sur un ovaire ou le col de l’utérus. L’œuf finit alors par se rompre. La grossesse extra-utérine peut provoquer une hémorragie massive; il y a alors un risque pour la femme enceinte.
Grossesse biochimique
La grossesse biochimique signifie qu’il y a bien eu un début de grossesse mais que celle-ci est non-évolutive. Utilisé dans le cadre de la PMA, le terme « grossesse biochimique » désigne une fausse couche spontanée ultra-précoce. La grossesse biochimique - parfois malencontreusement appelée « grossesse chimique » - désigne une fausse couche ultra-précoce avant même qu’il y ait le moindre signe de grossesse. « Le terme a été inventé en fécondation in vitro (FIV) pour qualifier le tout début d’une grossesse diagnostiquée lors de la première prise de sang réalisée 14 jours après la ponction pour savoir si la femme est enceinte ou non, explique la Pre. Joëlle Belaïsh-Allart. Si le dosage de l’hormone bêta-HCG est positif, c’est-à-dire supérieur à 10 mUI/ml, cela signifie qu’il y a bien un début de grossesse - avec preuve chimique de celle-ci - mais qu’il n’y a encore aucun signe clinique. Si la grossesse continue jusqu'au stade où l’on voit une image d’œuf dans l'utérus - en général vers six semaines et demie d’aménorrhée c’est-à-dire six semaines et demie sans règles - on parlera de « grossesse échographique ». La grossesse biochimique signifie qu’il y a bien eu un début de grossesse mais que celle-ci est non-évolutive (arrêt très précoce du développement embryonnaire).
Excepté dans un contexte de fécondation in vitro (FIV) où une prise de sang est réalisée 14 jours après la ponction afin de vérifier s’il y a un début de grossesse, lors d’une conception « naturelle », cette fausse couche spontanée passe très souvent inaperçue. « La femme peut s’en apercevoir si elle réalise un test ultra-précoce, c’est-à-dire avant la date prévue de ses règles et que ce dernier est positif, explique la Dre. Odile Bagot. Des propos confirmés par la présidente du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens (CNGOF) : « en théorie, une grossesse biochimique peut aussi être observée en dehors du contexte d’assistance à la procréation assistée si une femme a un retard de règles, qu'elle fait un dosage de l’hormone bêta-hCG et que celui-ci est positif, affirme celle-ci.
Lors de la fécondation de l’ovule par un spermatozoïde, les deux cellules fusionnent pour former la première cellule du futur bébé. « Celle-ci va ensuite se dédoubler pour donner deux cellules, puis quatre, puis seize, etc., rappelle la Dre. Odile Bagot. Puis l’œuf va s’implanter dans l’utérus : c’est la nidation ». C'est à ce moment-là que la bêta-HCG - la fameuse hormone de grossesse - commence à être produite et est quantifiable dans le sang. C’est pourquoi le test de grossesse peut être positif. un taux d’hormone bêta-HCG positif mais faible : de même, si la patiente réalise un test de grossesse par prise de sang, on détectera bien la présence de l’hormone bêta-HCG - appelée aussi l’hormone de la grossesse - mais celui-ci sera faible. Normalement, au cours des premières semaines de grossesse, ce taux augmente régulièrement, progressivement et double toutes les 48 heures.
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Si les causes de la grossesse biochimique - c'est-à-dire de cette fauche couche très précoce - ne sont pas bien connues, il semble que certains facteurs comme l’âge, un problème hormonal ou bien une anomalie chromosomique entrent en ligne de compte. « En général, ces fausses couches spontanées (FCS) ultra-précoces sont liées à une anomalie chromosomique, confirme la Pre. Joëlle Belaïsh-Allart. Si elles se répètent, il peut être nécessaire de consulter un spécialiste en infertilité.
En général, une grossesse biochimique n’a pas d’impact sur la fertilité. « Cette grossesse qui s'arrête très précocement est un phénomène physiologique, rassure la Dre. Odile Bagot. Il faut savoir qu’à l’âge de 30 ans, sur 10 grossesses qui débutent entre 6 et 7 vont s’arrêter spontanément sans même que la femme s’aperçoive qu’elle est enceinte. À 40 ans, on estime que 9 grossesses sur 10 s’arrêtent. Dans le cadre de la PMA, une grossesse biochimique n’a pas d’incidence sur l’endomètre et il est possible de recommencer un nouveau traitement rapidement. Même si cette fauche couche ultra-précoce peut être mal vécue par les couples, c’est un signe plutôt positif pour une future grossesse.
La grossesse biochimique n’entraînant pas de symptôme, la plupart des femmes ignorent qu’elles en ont fait une. « C’est un processus naturel, rappelle la Dre. Odile Bagot. Beaucoup de grossesses s’arrêtent de façon très précoce parce qu’il y a une anomalie chromosomique et que l’embryon est non viable. Celle-ci n’a aucun impact sur la fertilité future. Au contraire, c’est plutôt une bonne nouvelle puisque cela signifie que le couple est fertile et que la femme a toutes ses chances de tomber enceinte par la suite. Bref : il ne faut pas s’inquiéter ! ».
Causes et facteurs de risque
Les causes de la fausse couche précoce sont souvent multifactorielles et, dans environ la moitié des cas, inconnues. La raison la plus fréquente est une anomalie chromosomique de l’embryon qui empêche son bon développement, conduisant le corps à « éliminer » un embryon non viable.
Il existe de nombreux facteurs de risques associés à la survenue d’une fausse couche précoce énoncés par le Collège national des gynécologues et des obstétriciens Français (CNGOF).
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Comment reconnaître une fausse couche précoce ?
Une fausse couche se manifeste généralement par des saignements vaginaux et des douleurs pelviennes. D’autres signes peuvent donner l’alerte, comme des seins qui dégonflent d’un coup, ou des nausées qui s’apaisent.
Les signes avant-coureurs
- Les saignements vaginaux: Les saignements vaginaux sont souvent le signe potentiel d'une fausse couche qui se présentent chacun d'une manière différente.
- La perte de caillots de sang rouge vif: Le cas le plus fréquent et le plus dangereux est la perte de caillots de sang dite « hémorragique ». De couleur rouge vif et de longues durées, les saignements ne s'arrêtent pas sauf si la femme décide de rejoindre un centre médical pour subir une intervention chirurgicale consistant à curer et à vider définitivement l'utérus.
- La perte de tissus fœtaux: Le second cas de saignement concerne la perte de tissus fœtaux avec une douleur violente et incessante ressemblant à celle des règles. C'est la fausse couche « hyperalgique ». Lorsqu'on observe les pertes, on peut apercevoir des grumeaux de sang. Ces grumeaux sont les tissus évacués par l'utérus qui ont besoin d'être analysés lors d'une consultation médicale.
- De simples saignements avec une mauvaise odeur: Ce troisième cas de saignement est aussi accompagné d'une douleur mais à courte durée. Sans grumeaux ni caillots, ce saignement est de couleur brune et dégage une certaine odeur désagréable. Lorsque la douleur s'arrête, cela indique que l'utérus a expulsé son contenu.
- Ressentir des crampes fortes: La plupart des femmes ayant senti des crampes au niveau des membres inférieurs et du bassin sont régulièrement confrontées à une fausse couche. Ces crampes s'annoncent à intervalle de temps pour montrer que l'utérus essaie de déloger l'œuf utérin.
- Une gêne douloureuse dans l'abdomen: A part les crampes, l'abdomen subit aussi un malaise douloureux et insupportable. Dans la majorité des cas, cette gêne ressemble à des contractions. On interprète la douleur comme l'approche de l'expulsion de la cavité utérine.
- Un malaise dans le bas du dos: Puisque les douleurs sont variables, l'imminence d'une fausse couche se montre aussi à travers un trouble dans le bas du dos. Toutefois, la douleur au niveau du dos ne signifie pas obligatoirement une marque de fausse couche. Ce problème se confirme lorsque le malaise est suivi de nausées, de vomissements et/ou de diarrhées.
- Une infection à l'utérus: Durant les trois premiers mois de grossesse, le corps de la femme subit un changement. Certaines femmes hypersensibles peuvent avoir une infection au niveau de l'utérus. Cette altération se traduit par un saignement mais l'infection n'est pas toujours le symptôme d'une fausse couche. Il se peut qu'elle soit un signe trompeur. La consultation et l'échographie sont les seules solutions pour connaitre si l'infection provoquera ou non une fausse couche.
- De la douleur au niveau du col de l'utérus: Le col est le canal par où le saignement et les pertes vaginales passent. Cette zone peut donc sentir une douleur fréquente lors d'une fausse couche. Cette gêne est également ressentie lorsque le col se déchire au préalable, un cas fréquent chez la femme enceinte. Dans cette situation, la fausse couche est confirmée puisqu'un col déchiré signifie que l'œuf utérin ne se tiendra plus en place.
- Fin des signes de grossesse: Lorsque la femme perçoit les signes sympathiques de grossesse, cela indique que sa gestation est en pleine évolution. Aux trois premiers mois, ces signes doivent être palpables et sentis. Au cas où la femme constate l'atténuation de ces signes, la fausse couche est probablement imminente. Les seins se dégonflent et les nausées s'arrêtent soudainement. L'échographie définira si le fœtus est en bonne santé ou si la fausse couche est certifiée.
- Absence d'activités cardiaques: Lors d'une échographie, le médecin examine les battements du cœur de l'œuf. Si les activités cardiaques sont absentes, la femme a donc perdu son bébé même si les signes avant-coureurs d'une fausse couche n'ont pas été observés.
- Des frissons fréquents avec un état fiévreux: Avec les troubles hormonaux et les déséquilibres au niveau de l'organisme, les femmes enceintes sont plutôt fragiles. Au début de la grossesse, elles sont relativement fiévreuses et sont sujettes à des frissons habituels. Consulter un médecin est alors exigé pour voir si le sac ovulaire n'est pas en train d'expulser le fœtus.
- Etourdissements: Une femme subissant une fausse couche ne peut pas se tenir en place. Les étourdissements et les vertiges sont toujours au rendez-vous. Ces cas sont souvent des signes trompeurs sauf si les étourdissements durent plusieurs jours, voire des semaines. Sans hésitation, la consultation du médecin sera primordiale.
Attention, une perte de sang ne signifie pas forcément que l’on va faire une fausse couche. Dans tous les cas, si vous ressentez ces symptômes, il est impératif de consulter un médecin ou de se rendre aux urgences de gynécologie les plus proches.
Diagnostic d'une grossesse non évolutive
Pour détecter une grossesse non évolutive, un examen par imagerie est nécessaire. Cet examen peut être effectué dès la 4ème semaine de grossesse, soit 6 semaines d’aménorrhée. Les critères posés pour un diagnostic ont été fondés dans le but d’éviter les erreurs de diagnostic.
Prise en charge médicale
La grossesse doit être évacuée rapidement pour éviter tout risque d’infection. En principe, le corps expulse tout seul le sac embryonnaire. Aujourd’hui, en cas de grossesse arrêtée au premier trimestre, les médecins peuvent laisser quelques jours tout au plus pour espérer que l’embryon soit expulsé naturellement. Mais très vite, deux options thérapeutiques sont généralement proposées :
- L’aspiration chirurgicale
- Le misoprostol : Ce dernier est un médicament administré par voie vaginale afin de déclencher des contractions utérines qui faciliteront l’expulsion de l’embryon. L’application de misoprostol peut être renouvelée.
Dans tous les cas, la patiente doit être informée des avantages et des inconvénients de chaque technique.
Lorsque l’expulsion du sac gestationnel n’est pas complète, une intervention médicale est nécessaire pour éviter des complications. Il va vous prescrire un traitement médicamenteux au misoprostol. Cette molécule est la version synthétique de la prostaglandine E1. A partir de 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d’aménorrhée, une intervention chirurgicale est nécessaire. Cette intervention peut être réalisée jusqu’à environ 22 semaines. Après vous avoir administré du misoprostol, une anesthésie générale est effectuée. Les protocoles sont très variables d’une équipe à l’autre.
Impact psychologique et accompagnement
La survenue d’une fausse couche est un événement difficile à vivre pour la plupart des couples. Constat d’échec, sentiment de vide, déprime… autant de sentiments qui s’entremêlent, et toujours cette même peur de ne plus réussir à être enceinte ou de perdre à nouveau un bébé. La perte de la grossesse peut provoquer une certaine angoisse. D’autant plus si la perte survient à un stade avancé de grossesse. Certaines femmes peuvent développer un syndrome dépressif. Un professionnel de santé peut vous aider à mieux traverser cette épreuve.
Une étude clinique est en cours afin d’évaluer l’importance d’un accompagnement psychologique, face à l’impact d’une fausse couche sur la santé mentale des femmes.
Après une fausse couche
La notion selon laquelle on devrait attendre plusieurs mois avant de retenter une grossesse n’est plus systématiquement recommandée. Par ailleurs, le bilan médical (caryotype parental, anomalies utérines, troubles hormonaux, auto-immunité, etc.) n’est généralement envisagé qu’après trois fausses couches consécutives (on parle de fausses couches spontanées répétées).
Prévention
Bien qu'il ne soit pas toujours possible d'éviter une fausse couche précoce, il existe des facteurs de risques associés à la survenue d’une fausse couche précoce énoncés par le Collège national des gynécologues et des obstétriciens Français (CNGOF).
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