Introduction

L'autofécondation, un mode de reproduction où un ovule est fécondé par du pollen de la même plante, est une stratégie reproductive que l'on retrouve chez les plantes et les animaux hermaphrodites. Bien qu'elle puisse offrir des avantages à court terme, notamment en cas de déclin des pollinisateurs, l'autofécondation est souvent considérée comme une impasse évolutive. Cet article explore en profondeur les mécanismes, les avantages, les inconvénients et les conséquences évolutives de l'autofécondation, en s'appuyant sur des études récentes et des exemples concrets.

Mécanismes de l'Autofécondation

L'autofécondation implique la fécondation d'un ovule par le pollen de la même plante. Les mécanismes favorisant ce processus sont principalement d'ordre morphologique. Parmi ceux-ci, on observe :

  • Contact direct des stigmates avec les étamines : Les stigmates (organes femelles) entrent en contact direct avec les étamines (organes mâles), facilitant le transfert du pollen.
  • Proximité des organes reproducteurs : La proximité des organes mâles et femelles dans la fleur favorise l'autofécondation.
  • Protection contre le pollen étranger : La fleur peut ne pas s'ouvrir complètement, ou s'ouvrir très peu, protégeant ainsi l'accès au pollen extérieur et favorisant l'autofécondation.

Autofécondation Naturelle et Provoquée

Autofécondation Naturelle chez les Plantes Autogames

L'autofécondation est le mode de reproduction habituel des plantes autogames, telles que le blé, l'orge, le haricot et le pois. Ces plantes possèdent des fleurs bisexuées ou hermaphrodites, avec des organes mâles et femelles dans la même fleur. La maturité des gamètes mâles et femelles est simultanée, ce qui facilite l'autofécondation. Les individus qui se reproduisent uniquement par autofécondation sont homozygotes pour tous les gènes, ce qui entraîne une stabilité des caractères au fil des générations et la formation de lignées pures.

Autofécondation Provoquée chez les Plantes Allogames

Les plantes allogames s'autofécondent rarement de manière naturelle. Cependant, les sélectionneurs peuvent provoquer l'autofécondation pour des raisons de sélection. Par exemple, chez le maïs, où les fleurs mâles et femelles sont séparées, les inflorescences femelles sont placées sous sachet pour éviter la fécondation par du pollen étranger. Le pollen est ensuite recueilli sur l'inflorescence mâle du même pied et utilisé pour féconder les fleurs femelles.

Avantages et Inconvénients de l'Autofécondation

Avantages à Court Terme

L'autofécondation peut être avantageuse dans certaines situations, notamment lorsque les conditions de pollinisation sont difficiles. Darwin avait déjà émis l'hypothèse que l'autofécondation pouvait être favorisée lorsque les pollinisateurs sont rares. Dans un contexte de déclin des pollinisateurs, comme celui observé actuellement, l'autofécondation peut assurer la reproduction des plantes à fleurs.

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Inconvénients à Long Terme : Un "Cul de Sac Évolutif"

Malgré ses avantages à court terme, l'autofécondation est souvent considérée comme un "cul de sac évolutif". L'un des principaux inconvénients de l'autofécondation est la consanguinité, qui peut avoir des effets néfastes sur la survie des individus. Les individus consanguins ont généralement une survie moins bonne que les individus non consanguins.

Une étude publiée fin 2016 a renforcé cette hypothèse en montrant que les mollusques qui privilégient l'autofécondation réagissent moins vite à la pression de sélection que ceux qui se reproduisent par fécondation croisée.

Conséquences Génétiques et Évolutives de l'Autofécondation

Impact sur la Variance Génétique

L'autofécondation façonne la variance génétique d'une population. Elle augmente l'homozygotie, c'est-à-dire la proportion d'individus ayant deux copies identiques d'un gène. Cela réduit la diversité génétique et peut limiter la capacité d'une population à s'adapter à des changements environnementaux.

Interaction avec la Sélection et la Dérive Génétique

L'autofécondation interagit avec la sélection naturelle et la dérive génétique. Elle peut amplifier les effets de la dérive génétique, qui est la variation aléatoire des fréquences des gènes dans une population. Elle peut également interférer avec la capacité de la sélection naturelle à éliminer les mutations délétères.

Impact sur la Démographie des Populations

L'autofécondation peut affecter la démographie des populations en raison de la dépression de consanguinité et de la dépression hybride. La dépression de consanguinité se produit lorsque les individus consanguins ont une survie et une reproduction réduites. La dépression hybride se produit lorsque les hybrides entre différentes populations ont une performance réduite.

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Diminution du Potentiel Adaptatif

En raison de ses effets sur la variance génétique, la sélection et la démographie, l'autofécondation peut diminuer le potentiel adaptatif des populations. Les populations autofécondantes peuvent être moins capables de s'adapter à des environnements changeants et peuvent être plus susceptibles de s'éteindre.

Autofécondation et Adaptation aux Changements Environnementaux

Étude sur les Pensées des Champs

Une étude récente menée sur des pensées des champs a révélé que ces fleurs produisent moins de nectar depuis les années 90, ce qui attire moins les pollinisateurs. Cette étude a également montré que les pensées des champs ont tendance à s'autoféconder davantage qu'auparavant.

Pierre-Olivier Cheptou, directeur de Recherche CNRS au Centre d'Écologie Fonctionnelle et Évolutive à Montpellier, explique que cette espèce s'autofécondait déjà à environ 50 % dans les années 90-2000, mais qu'elle s'autoféconde maintenant en moyenne à 75 %. En termes d'évolution de traits, la taille des fleurs a diminué de 10 % et la production de nectar a baissé de 20 %.

Des tests de choix de plantes par les pollinisateurs ont montré que les bourdons préféraient les plantes anciennes aux plantes actuelles, ce qui est cohérent avec la diminution de la production de nectar.

Rupture de l'Interaction Plantes-Pollinisateurs

Pierre-Olivier Cheptou estime que cette étude montre que l'on est en train d'assister à l'évolution de la rupture de l'interaction plantes-pollinisateurs. Si les plantes produisent moins de nectar, c'est parce que sa production est coûteuse en énergie. S'il n'y a plus de pollinisateurs, il est préférable d'allouer cet effort à une autre fonction. Cependant, cela crée un cercle vicieux, car une diminution de la production de nectar implique d'attirer moins bien les pollinisateurs.

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Réversibilité du Phénomène

La prochaine étape de ces travaux consiste à déterminer si ce syndrome d'autofécondation chez la pensée est partagé par d'autres espèces florales et dans d'autres régions, et si ce phénomène est réversible. Il est important de savoir si, dans des situations de forte pollinisation, un retour à davantage de fécondation croisée et à une plus forte production de nectar est possible.

Exemples Spécifiques

Le Pois

Le pois est un exemple de plante autogame. Quand la fleur de pois semble épanouie, les organes sexuels restent enveloppés dans une partie de la corolle : la carène. Le petit pois a été utilisé par Gregor Mendel dans des expériences historiques de génétique. Par suite de l'autofécondation, les plantes sont homozygotes. Des plantes à fleurs rouges donnent des graines qui redonneront des plantes à fleurs rouges.

Le Blé

Le blé est un autre exemple de plante autogame. Les fleurs sont bisexuées et un dispositif autorise seulement l'autofécondation. Les plantes concernées réalisent souvent leur fécondation alors que leurs fleurs ne sont pas ouvertes.

Autofécondation et Sélection Artificielle

L'autofécondation peut être utilisée en sélection artificielle pour créer des lignées pures. En forçant l'autofécondation, les sélectionneurs peuvent obtenir des individus homozygotes pour tous les gènes, ce qui permet de stabiliser les caractères et de créer des variétés uniformes.

Étude de Cas : Escargots d'Eau Douce

Une thèse a étudié les conséquences et l'évolution de l'autofécondation chez des gastéropodes hermaphrodites d'eau douce (Physa acuta). Cette étude a utilisé une approche d'évolution expérimentale pour tester les prédictions théoriques sur les effets de l'autofécondation.

Les résultats ont montré que la dépression de consanguinité est largement purgée après une dizaine de générations d'autofécondation. Cependant, le temps d'attente (un trait positivement corrélé au taux d'allofécondation) a fortement diminué. Une autre expérience a comparé la réponse à la sélection sur un trait morphologique en autofécondation et en allofécondation. Les résultats ont montré qu'une population en autofécondation répond d'abord mieux car les allèles sont progressivement placés à l'état homozygote, mais cet avantage s'épuise rapidement probablement à cause des interférences sélectives.

Importance de la Diversité Génétique

L'autofécondation supprime toute variabilité génétique. Or, la capacité d’une population à s’adapter à un changement environnemental dépend de plusieurs facteurs tels sa taille, sa diversité génétique ou son système de reproduction. Une meilleure compréhension des impacts de l’autofécondation est donc essentielle pour prédire le devenir des espèces autogames dans le contexte actuel de changement global et pour améliorer les stratégies de conservation et de gestion des populations naturelles et cultivées.

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