L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est un sujet entouré de nombreuses idées reçues. Ces idées, souvent véhiculées par des mouvements anti-IVG, peuvent induire en erreur et alimenter des craintes infondées. Cet article vise à démystifier ces idées reçues en s'appuyant sur des données scientifiques et des études rigoureuses. Chaque année, en France, plus de 220 000 IVG sont réalisées. Une femme sur trois aura recours, au moins une fois dans sa vie, à une IVG. Il est donc crucial de disposer d'informations fiables et précises sur ce sujet de santé publique.

L'Avortement et la Santé Mentale : Mythe du Syndrome Post-Avortement

Idée reçue : « L'avortement génère des troubles psychiques »

Cette affirmation est largement réfutée par la science. Le concept de "syndrome post-avortement", souvent mis en avant par les opposants à l'IVG, est une construction sans fondement médical. Vincent Rue, un militant pro-life américain sans qualifications médicales, est à l'origine de cette idée. Selon lui, les femmes ayant avorté seraient plus susceptibles de développer des dépressions, des troubles anxieux et des comportements à risque.

Cependant, les études scientifiques sérieuses contredisent ces allégations. Laurence Esterle, directrice de recherche au CNRS, souligne que les études établissant un lien entre avortement et troubles psychiques sont souvent de qualité méthodologique médiocre. Une étude publiée dans la revue Social Science & Medicine en 2008, prenant en compte les antécédents de dépression des femmes suivies, n'a démontré aucune différence significative en matière de troubles psychiatriques entre les femmes ayant subi une IVG et celles n'en ayant jamais fait l'expérience.

Il est important de noter que l'impact psychologique d'un avortement peut varier d'une femme à l'autre. Certaines peuvent ressentir du soulagement, tandis que d'autres peuvent éprouver de la tristesse ou de la culpabilité. L'accompagnement par des professionnels de santé ou des associations peut être bénéfique pour les femmes qui en ressentent le besoin. La Haute Autorité de Santé précise qu'il n'existe pas de pathologie psychologique spécifique à la suite d'une IVG. Si on en ressent le besoin, avant ou après l'IVG, il est possible de demander à bénéficier de la consultation psycho-sociale proposée (et obligatoire pour les mineures). Il est également possible de se tourner vers les associations qui peuvent apporter un soutien important. A plus long terme, un accompagnement psychologique par un professionnel peut également être mis en place.

Fertilité et Avortement : Démanteler les Allégations Néfastes

Idée reçue : « L'avortement met en péril la fertilité des femmes »

Cette affirmation est également fausse. Les militants anti-avortement prétendent souvent que l'IVG est néfaste pour la santé reproductive des femmes et peut les empêcher de mener à terme une grossesse désirée. Ils affirment que l'IVG par aspiration peut endommager les organes de reproduction et provoquer des problèmes à long terme, tels que des grossesses extra-utérines, des problèmes de stérilité, des fausses couches ou des accouchements prématurés.

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Or, un document du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), paru en 2016, réfute ces allégations. Il est clairement établi que l'IVG instrumentale n'est pas associée à une augmentation du risque d'infertilité ultérieure. De plus, le risque de décès lié à l'IVG est extrêmement faible en France, largement inférieur au risque de décès lors d'un accouchement. L'avortement (IVG), réalisé dans de bonnes conditions (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme cela est possible en France, n'a pas d'impact sur la fertilité de la femme. La fertilité revient rapidement après un avortement, c'est pour cette raison que l'utilisation d'une contraception doit être envisagée dès le premier jour de l'interruption de la grossesse, si besoin.

Cancer et Avortement : Une Absence de Lien Scientifique

Idée reçue : « L'IVG augmente le risque de cancer du sein »

Cette idée reçue est dénuée de fondement scientifique. Certains sites anti-avortement affirment que l'IVG expose les femmes à un risque accru de cancer du sein et même du poumon, ce dernier étant supposément dû à une plus grande consommation de tabac après l'IVG.

Cependant, une étude de l'American College of Obstetricians and Gynecologists, publiée en 2009 et réaffirmée en 2018, a clairement démontré que cette conséquence supposée de l'IVG relève de la légende urbaine. Les études antérieures qui suggéraient un lien entre avortement et cancer du sein étaient méthodologiquement biaisées. Les études les plus récentes et rigoureuses n'ont montré aucune relation causale entre l'avortement et une augmentation du risque de cancer du sein.

Il est crucial de distinguer cette question de la dangerosité de l'avortement dans les pays où il est illégal. Une étude de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en évidence que le pourcentage d'avortements considérés comme "sûrs" pour la santé de la femme est beaucoup plus faible dans les pays où l'avortement est interdit, en raison du manque d'hygiène des avortements clandestins.

Contraception et Avortement : L'IVG n'est pas une Méthode de Contraception

Idée reçue : « L'IVG est pratiquée par des femmes qui n'utilisaient pas de moyens de contraception »

Cette idée est fausse. L'IVG n'est pas un moyen de contraception. Il est inexact de penser que les femmes ayant recours à l'IVG le font comme "un moyen de contraception à part entière". Cette idée est souvent associée à la notion d'"avortement de confort".

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En réalité, comme le souligne l'Insee, seules 3 % des femmes de 15 à 49 ans, ni enceintes ni stériles, ayant des rapports hétérosexuels et ne voulant pas d'enfants, n'utilisent pas de moyens de contraception. Un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a révélé que 72 % des IVG sont réalisées sur des femmes qui étaient sous contraception, et dans 42 % des cas, "cette contraception reposait sur une méthode médicale théoriquement très efficace", telle que la pilule ou le stérilet. Les chiffres montrent que trois quart des avortements sont réalisés chez des femmes qui prenaient une contraception. Il est important de rappeler qu'aucune contraception n'est fiable à 100 %. Ce n'est pas forcément que des oublis de pilule.

Âge et Avortement : L'IVG ne Concerne pas Seulement les Très Jeunes Femmes

Idée reçue : « L'IVG est avant tout pratiquée par de très jeunes femmes »

Cette idée reçue est contredite par les statistiques. L'interruption volontaire de grossesse n'est pas principalement le fait de très jeunes femmes, réputées "irresponsables" quant à leurs pratiques contraceptives.

Les données de la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) montrent que seules 7 % des femmes ayant recours à l'IVG étaient âgées de 15 à 17 ans au moment de la procédure, tandis que 42 % étaient âgées de 25 à 40 ans. Aujourd'hui, la tranche d'âge qui est le plus concernée par l'avortement, c'est les 20-30 ans. Et ensuite, la deuxième tranche d'âge, c'est les 30-35 ans. Il n'y a vraiment pas d'étiquette à mettre, ça peut concerner tout le monde et tous les milieux sociaux.

Autres Idées Reçues Démystifiées

  • « La pilule du lendemain provoque un avortement » : FAUX. La pilule du lendemain retarde l'ovulation et empêche la fécondation. Elle n'interrompt pas une grossesse déjà en cours.
  • « L'IVG produit un dérèglement hormonal » : FAUX. L'IVG médicamenteuse modifie temporairement l'équilibre hormonal, mais le cycle menstruel reprend normalement après quelques semaines. L'IVG chirurgicale n'a pas d'impact direct sur les hormones.
  • « Les mineures doivent demander l'accord de leurs parents pour avorter » : FAUX. En France, une femme mineure peut demander une IVG sans l'accord de ses parents. Elle doit être accompagnée d'une personne majeure de son choix.
  • « L'IVG médicamenteuse est plus simple que l'IVG instrumentale » : FAUX. Chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients. Le choix doit se faire en concertation avec un professionnel de santé.
  • « L'IVG rend stérile ou diminue la fécondité » : FAUX. Réalisée dans de bonnes conditions, l'IVG n'a pas d'impact sur la fertilité.

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