La question de la parentalité chez les hommes transgenres suscite un intérêt croissant et des débats passionnés. Cet article explore les témoignages d'hommes transgenres ayant vécu une grossesse et un accouchement, tout en abordant les défis et les enjeux liés à la reconnaissance de leur identité et de leurs droits.

Parcours individuels : des témoignages poignants

Ali Aguado : briser les tabous et revendiquer des droits

Ali Aguado, militant transgenre, a donné naissance à sa fille en 2019. Il témoigne de son expérience sur BFMTV, revenant sur la polémique suscitée par une campagne du Planning familial mettant en scène un homme transgenre "enceint". Face à ce qu'il qualifie de "transphobie crasse", il insiste sur l'importance de répondre aux besoins de santé de toutes les personnes, quelle que soit leur identité de genre.

Ali Aguado a été assigné femme à la naissance, mais a ensuite effectué une transition de genre. Il relate avoir eu la chance de rencontrer des professionnels de santé compétents et ouverts à la question de la prise en charge des personnes trans. Il souligne que "une personne enceinte reste une personne enceinte, que ce soit une personne trans ou une femme cisgenre", reprenant les mots d'une sage-femme qui l'a accompagné pendant sa grossesse.

Il se dit surpris par l'ampleur de la polémique autour des affiches du Planning familial, soulignant que cela ne change rien à la vie des autres, mais améliore la leur. Il déplore les critiques virulentes de certaines personnalités politiques, les qualifiant de "transphobie crasse". Il rappelle la mission du Planning familial : "Amener du soin à des personnes éloignées ou à des personnes qui n'ont pas accès à des soignants, à des professionnels de santé qui sont formés."

Ali Aguado insiste sur la difficulté pour de nombreux hommes trans de disposer "d'espaces de santé qui nous prennent en charge médicalement parlant, notamment pour les enjeux gynécologiques". Il apporte également son soutien au dessinateur de l'affiche du Planning familial, victime de cyberharcèlement.

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Dans la deuxième saison d’“Océan”, Ali parle de son compagnon François et de leur fille Salomé, qu’il a mise au monde il y a dix-huit mois. Premier homme à être tombé enceint en France, il revient pour “Télérama” sur sa grossesse et plaide pour une meilleure reconnaissance des “transernités”.

Jusqu’en 2016, les personnes transgenres devaient renoncer à procréer si elles voulaient changer d’état civil. Ali a été assigné femme à la naissance. Il est parvenu à échapper à la stérilisation forcée et a accouché de la petite Salomé. Chose inédite en France, il est reconnu parent à la naissance. C’est l’histoire d’une première en France : Ali, homme transgenre, a été reconnu parent à la naissance de sa fille Salomé, avec son compagnon François.

En 2006, Ali, maintenant âgé de 40 ans, commence à prendre des hormones. Il est alors, selon ses propres mots, une « gouine androgyne » qui se questionne. Un jour, en vacances à Montpellier, il consulte un médecin qui lui prescrit la testostérone qu’il a oubliée. J’aime l’effet que ça fait sur mon corps et sur ma voix, comme ancrage. Il entame alors sa transition et ce qu’il désigne comme un « parcours atypique » : il change son état civil et procède à toutes les démarches administratives pour modifier sa carte d’identité et sa carte vitale. Parallèlement, il rencontre François, un camarade militant. Au cours d'un dîner, ils discutent ensemble de la parentalité : Je ne sais pas alors si, en tant que mec trans, je me sens capable de porter un enfant, parce que j’en ai la possibilité. En même temps, l’idée m’intéresse autant qu’elle me questionne : ça ne me rebute pas, mais ça me questionne surtout.

Les années passent, et l’envie d’être parent croît. Un jour, alors qu’il est dans le métro, Ali ressent quelque chose : c'est comme une hyper-sensibilité de l’odorat, une démultiplication des odeurs. Le résultat du test tombe : il est enceint. S’il attend quelque peu avant de révéler cette bonne nouvelle à ses proches, il se réjouit de la bienveillance dont il est entouré : C’était important pour moi - quand bien même ça ne marcherait pas -, que mes proches continuent de respecter mon identité de genre ; qu’ils ne me disent pas finalement que la nature a repris ses droits. Et c’est encore quelque chose que j’appréhende aujourd’hui dans les discussions autour de la parentalité et de ma grossesse.

François, le compagnon d’Ali, redoute le prisme de l’hétérosexualité qui plane sur cette grossesse. Ça m’a plu d’être présent, de voir ce processus se faire, mais ça n’a pas toujours été simple malgré tout. Sur le plan de ma vie intérieure, je pense que j’ai vécu 9 mois de ma vie compliqués. Ali ressent le regard particulier qui se pose sur lui et son ventre, que ce soit dans des situations administratives, dans les cours de préparation à l’accouchement, ou dans de simples interactions sociales : Dans l’espace public, les gens se retournaient sur moi, surtout les femmes. Les femmes “captaient” que ce n’était pas une pancréatite, que je n’avais pas bu beaucoup de bières, que ce n’était pas ça. Entre doutes, joies et incertitudes, cette grossesse est surtout un changement radical : C’est l’une des expériences les plus folles de ma vie. J’adorais mon gros cul, mes grosses cuisses, mes grosses jambes. Tout était chouette, en fait.

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Céline, sage femme, accompagne le couple tout au long de ce parcours inédit, qui constitue pour elle une expérience riche de surprises, de confiance, d’aventures et d’ouverture d’esprit : C’est la personnalité de la personne présente qui est importante. C’est Ali, et il n'est pas question de savoir si c’est un homme ou une femme. C’est une personne enceinte.

Jasmin : une expérience touchante dans une petite maternité

Jasmin, un homme trans de 38 ans, a accouché dans une maternité de l'Ariège. Il raconte que l'ensemble du village était au courant de sa grossesse. Un geste symbolique fort a marqué son expérience : le remplacement de la pancarte "Bébé et maman dorment" par "Les parents se reposent, ne pas déranger" sur la porte de sa chambre. Il décrit ce moment comme très touchant, une reconnaissance de sa parentalité.

Jasmin a entamé une transition de genre et changé de prénom. Lors de son arrivée à la maternité, il s'est présenté tel qu'il est, avec son apparence masculine.

Evan : un parcours de grossesse discret

Evan, un homme trans dont les papiers d’identité portaient la mention «femme» à la naissance, a toujours voulu être père. Il n’a jamais subi de chirurgie. Ni changement de sexe, ni masectomie: il est allergique à la plupart des antibiotiques, ce qui compliquait un peu les choses. Avant sa grossesse, il s’injectait, comme tous les hommes trans, des hormones masculines. Lorsqu’il a décidé d’avoir un enfant, en 2013, il a simplement arrêté de le faire. Evan vit avec une femme, il a donc eu recours à un donneur de sperme.

L’équipe médicale qui l’a suivi, son employeur, et les rares personnes qui ont été mises dans la confidence ont toutes bien réagi à l’annonce de sa grossesse. Quant aux autres, peu ont remarqué qu’Evan était enceint. «Même à la fin, il ressemblait juste à un type avec un ventre à bière, explique sa soeur.

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Défis et enjeux

Acceptation et reconnaissance

Les témoignages d'hommes transgenres ayant accouché mettent en lumière la nécessité d'une meilleure acceptation et reconnaissance de leur identité et de leur parentalité. Ali Aguado souligne que "ce que j'ai vécu, ce que vivent toutes le personnes trans qui deviennent parents […] ce n'est pas une évidence dans le monde dans lequel on est. Pour autant on a des droits."

Laurence Trochu, proche d’Éric Zemmour, a dénoncé les "doctrines" de l'association. Les commentaires agressifs ont fleuri de tous les coins du monde lorsque Thomas Beatie a posé avec un ventre rond comme un ballon pour le magazine People en 2008.

Accès aux soins de santé

Un autre enjeu majeur est l'accès aux soins de santé adaptés aux besoins spécifiques des hommes transgenres. Ali Aguado insiste sur la difficulté pour de nombreux hommes trans de disposer "d'espaces de santé qui nous prennent en charge médicalement parlant, notamment pour les enjeux gynécologiques". Isaac et Jasmin ont accouché dans l’année en Seine-Saint-Denis et en Ariège. Tous deux vantent la bienveillance avec laquelle leur projet de parentalité a été reçu et soulignent l’importance de ces petites structures de santé, parfois menacées de fermeture. « Il faut casser pas mal de préjugés pour avoir un accueil bienveillant », explique l’association qui forme le personnel des maternités aux questions de transidentité.

En 2010, Andy Inkster a porté plainte contre une clinique qui refusait de le suivre, le trouvant «trop masculin». La clinique spécialisée à Boston où se rend Evan affirme prendre en charge 2.000 personnes dans cette situation, soit deux fois plus qu’il y a dix ans.

Évolution des mentalités et des normes sociales

L'histoire d'Evan et des milliers d'hommes comme lui constituent un vrai défi pour nos sociétés, parce qu’elles bousculent les normes de genre et les perceptions culturelles. Après le mariage pour tous, la transidentité est le nouveau front des batailles LGBT pour l’égalité. La possibilité pour un homme trans de porter un enfant est sans doute le tabou suprême. «Les Américains commencent tout juste à s’ouvrir à l’idée que l’on puisse être né dans le mauvais corps. Mais que penseront-ils lorsqu’ils réaliseront que des personnes nées dans un corps de femme et qui savent qu’elles sont au fond des hommes désirent malgré tout participer au rite traditionnel qui jusque-là était exclusivement réservé aux femmes?

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