Introduction
Le mythe d'Hercule, connu sous le nom d'Héraclès dans la Grèce antique, est une source d'inspiration inépuisable pour les artistes et les écrivains à travers les siècles. Héros par excellence, fils de Zeus et d'une mortelle, il incarne la force, le courage, mais aussi les faiblesses humaines. Parmi les nombreux épisodes de sa vie, celui où il étrangle les serpents dans son berceau est particulièrement frappant et symbolique. Cet article explorera cette scène fondatrice, ainsi que d'autres rencontres significatives d'Hercule avec des serpents, notamment l'Hydre de Lerne et le serpent gardien des pommes d'or des Hespérides, en s'appuyant sur des sources littéraires et iconographiques.
Hercule Enfant : Un Premier Exploit Révélateur
Sources littéraires
Le récit d'Hercule étouffant les serpents dans son berceau apparaît pour la première fois au début du Ve siècle avant J.-C. chez Pindare, dans la Première Néméenne. Pindare ne décrit pas une scène de violence, mais met en valeur la force d'Héraclès. Amphitryon se précipite à son aide, mais n'a pas besoin d'intervenir et ne peut qu'admirer le courage et la force surhumaine de son fils. Le devin Tirésias intervient alors et annonce la carrière triomphale d'Héraclès.
Phérécyde donne une interprétation différente de l’épisode et en fait une sorte d’ordalie antique. Amphitryon, voulant apprendre lequel des deux enfants était de lui, mit les serpents dans le berceau; comme Iphiclès prenait la fuite alors qu’Héraclès faisait face, il apprit qu’Iphiclès était son fils. Par son attitude intrépide, Héraclès relève le défi imposé par son pseudo-père, se révélant ainsi comme le fils de Zeus.
Dans la tragédie d’Euripide, Héraclès se réveille au milieu des corps de sa femme et de ses fils. Il se lamente sur le sort qui s’acharne depuis sa tendre enfance : J’étais encore à la mamelle lorsque des serpents aux yeux ardents s’introduisirent dans mon berceau, envoyés par l’épouse de Zeus pour me faire périr. Euripide n’a pas besoin de détailler ce qui va suivre, le public athénien savait quel sort Héraclès allait réserver aux reptiles. De nouveau, cette évocation est un prétexte pour glorifier la puissance physique d’Héraclès
Pour Diodore de Sicile, l’enfant, au lieu d’être terrifié, attrapa le cou des serpents dans chaque main et les étrangla. Et grâce à cet exploit, le fils de Zeus reçoit son nom : Ils l’appelèrent Héraclès, parce qu’il a gagné la gloire grâce à Héra.
Lire aussi: Héraclès : Origines Mythologiques
Le pseudo-Apollodore précise qu’Héraclès avait huit mois lorsqu’il étrangla de ses mains deux serpents envoyés par Héra pour le tuer. Ces derniers sont qualifiés d’énormes, mais rien de monstrueux dans leur apparence. Alcmène appela Amphitryon à grands cris, mais Héraclès se dressa et tua les serpents en les étouffant de ses deux mains.
Théocrite, dans le chapitre qu’il consacre à l’enfance d’Héraclès, présente un combat pseudoépique entre le nourrisson et les deux dragons envoyés par Héra. Ceux-ci sont décrits comme des monstres. La lutte qui s’engage est longue et incertaine, mais Héraclès triomphe. Bref, entre ses mains puissantes, les corps flasques des serpents morts ne sont que de vulgaires hochets.
L'épisode de l'Hérakliskos chez les principaux auteurs est une épreuve où le jeune fils de Zeus montre une de ses qualités essentielles : une exceptionnelle vigueur physique. L’aspect agressif des serpents est réduit à sa plus simple expression. Au pire sont-ils qualifiés d’énormes. De plus, les différents auteurs ne décrivent pas de scènes violentes, à l’exception de Théocrite, qui, par sa recherche de références littéraires implicites et de contrastes rhétoriques, renforce encore davantage l’éclat de la force triomphante du bambin. Les serpents chargés de tuer Héraclès ne s’analysent pas ici pour eux-mêmes, ils ne servent que de faire-valoir et mettent en évidence l’énergie interne, la puissance naissante d’Héraclès, qui se démarque très jeune des autres mortels.
Sources iconographiques
Dans les images, on observe une véritable analogie de date et d’éléments constitutifs par rapport aux textes. Les plus anciens témoignages connus ne remontent pas au-delà du début du Ve siècle av. J.-C. et ce sont les vases attiques qui popularisent tout d’abord l’Hérakliskos face aux serpents. L’épisode est reproduit sur un mode narratif, le jeune héros se dressant sur sa klinè, au centre de l’image, encadré par ses parents et d’autres admirateurs.
Cette formulation, parfois assez chargée, se perpétue tant sur les reliefs qu’en peinture : tel était, d’après Pline, le tableau de Zeuxis. La célèbre fresque romaine de la Maison des Vettii à Pompéi témoigne encore de la constance et de la vigueur du thème, en exploitant admirablement l’opposition entre l’aigle protecteur, posé sur l’autel, et les serpents déjà vaincus par l’enfant-roi.
Lire aussi: L'histoire d'Hercule Poirot
Assez tôt également, dès les statères thébains du milieu du ve siècle av. J.-C., se détecte une autre tendance iconographique, qui isole la figure d’Héraclès-bébé aux prises avec les serpents et met en évidence la force emblématique et irrésistible du jeune champion. Monnaies, reliefs, lampes, gemmes, statuettes, … offrent diverses variantes de ce thème. Les "dragons" ne sont pas tant des adversaires redoutables que des révélateurs explicites de la force miraculeuse du fils de Zeus.
Hercule Face aux Serpents : Ambivalence et Paradoxe
Le serpent, animal à la fois bénéfique et maléfique, redouté et sacré, reflète l'ambivalence de la condition humaine. L'attitude d'Hercule face aux serpents illustre ce paradoxe, notamment dans ses rencontres avec l'Hydre de Lerne et le serpent des Hespérides.
L'Hydre de Lerne : Un Combat Purificateur
L'Hydre de Lerne, serpent monstrueux à plusieurs têtes qui repoussent lorsqu'elles sont coupées, est un défi majeur pour Hercule. Ce deuxième travail, ordonné par Eurysthée, symbolise la lutte contre les forces du chaos et de la corruption.
Hésiode décrit l'Hydre comme la fille de Typhon et d'Échidna, des monstres primordiaux. Elle est élevée par Héra, qui la destine à tuer Hercule. L'Hydre vit dans les marais de Lerne, près d'Argos, et dévaste la région.
Apollodore raconte qu'Hercule, accompagné de son neveu Iolaos, se rend à Lerne pour affronter l'Hydre. Il commence par brûler la forêt environnante pour la faire sortir de son repaire. Puis, il l'attaque à coups de massue, mais chaque fois qu'il lui tranche une tête, deux autres repoussent.
Lire aussi: Mythe des serpents : Hercule
Iolaos a alors l'idée de cautériser les cous de l'Hydre avec un tison enflammé après chaque décapitation, empêchant ainsi les têtes de repousser. Hercule peut alors trancher la tête immortelle de l'Hydre et l'enterrer sous un rocher. Il trempe ensuite ses flèches dans le venin de l'Hydre, les rendant mortelles.
Ce combat contre l'Hydre est une épreuve initiatique pour Hercule. Il doit faire preuve de courage, de force, mais aussi d'intelligence et d'ingéniosité pour vaincre le monstre. La cautérisation des cous par Iolaos symbolise la purification et la destruction des forces du mal.
Le Serpent des Hespérides : Une Épreuve de Sagesse
Le onzième travail d'Hercule consiste à rapporter les pommes d'or du jardin des Hespérides. Ces pommes, символ бессмертия, sont un cadeau de Gaïa à Héra lors de son mariage avec Zeus. Elles sont gardées par un serpent monstrueux, Ladon, et par les Hespérides, des nymphes filles d'Atlas.
Les sources divergent sur la manière dont Hercule s'empare des pommes. Certaines versions racontent qu'il tue Ladon d'une flèche empoisonnée, tandis que d'autres affirment qu'il convainc Atlas de les cueillir à sa place, en portant le ciel pendant ce temps.
Quelle que soit la version, cette épreuve est moins une question de force brute que de sagesse et de ruse. Hercule doit faire preuve de diplomatie et d'astuce pour atteindre son objectif. La mort de Ladon, si elle a lieu, symbolise la fin d'une ère et l'avènement d'un nouvel ordre.
Comparaison des deux épisodes
L'Hydre de Lerne et le serpent des Hespérides représentent deux aspects différents du défi. L'Hydre incarne la force brute et la régénération incessante du mal, tandis que le serpent des Hespérides symbolise la sagesse et la connaissance gardées. Hercule doit utiliser la force et l'intelligence pour triompher de ces deux épreuves.
Hercule, Héros Civilisateur
Au-delà de ses combats contre les monstres, Hercule est un héros civilisateur. Il débarrasse le monde des créatures dangereuses et apporte l'ordre et la justice. Ses travaux sont autant d'étapes vers l'immortalité et la reconnaissance divine.
Hercule est souvent représenté avec une massue, une peau de lion et un arc, symboles de sa force, de son courage et de sa détermination. Il est une source d'inspiration pour les artistes et les écrivains de toutes les époques, qui voient en lui un modèle de vertu et d'héroïsme.
tags: #hercule #dans #le #berceau #avec #les
