L'étude de la sexualité humaine est un domaine complexe et multiforme, influencé par des facteurs culturels, historiques et individuels. Cet article vise à explorer diverses perspectives sur la sexualité, en s'appuyant sur des exemples tirés de la littérature, de la traduction et des contextes culturels.
Traductions et interprétations culturelles : le cas du Kama Sutra et des Mille et Une Nuits
La traduction et l'interprétation d'œuvres littéraires classiques, telles que le Kama Sutra et les Mille et Une Nuits, offrent des aperçus précieux sur les attitudes culturelles à l'égard de la sexualité. Sir Richard Francis Burton (1821-1890), un explorateur, anthropologue et linguiste anglais, a joué un rôle important dans la diffusion de ces œuvres auprès d'un public occidental.
Burton, décrit comme une légende, était un aventurier, un agent secret, un soldat, un scientifique, un traducteur, un diplomate, un écrivain et un héros pour certains. Sa femme, Isabel, a écrit une biographie de lui en 1893 pour contrer les calomnies qui circulaient à son sujet. Craignant pour sa réputation et celle de son mari, Isabel Burton brûla un certain nombre de manuscrits attribués à Richard Burton.
La traduction du Kama Sutra par Burton a été une entreprise controversée, car elle l'a placé sous le coup de la loi sur les publications obscènes. Néanmoins, Burton a fondé une société d'édition fictive, la Kama Shastra Society, pour publier l'ouvrage sur souscription. Il est vrai que personne d’autre n’avait écrit à propos du Kamasoutra avant Burton. Après avoir réuni quatre copies partielles du manuscrit du Kamasoutra (provenant des bibliothèques de Bombay, de Bénarès, de Calcutta et de Jeypoor) une version intégrale du texte est née. La première traduction de Burton reste aujourd’hui la plus fréquemment éditée, même si elle a été l’objet de nombreuses critiques. Par la suite, d’autres traducteurs reprendront cette version. Il a confié la traduction du texte originel à deux érudits hindous, et c’est en1876 qu’il arrive avec son épouse à Bombay, pour en découvrir la première version achevée.
Le Kama Sutra, un livre d'origine hindoue datant des premiers siècles de l'ère chrétienne, est un recueil d'aphorismes sur le désir, destiné à l'enseignement des jeunes. Il est écrit dans un style sérieux, austère, schématique et précis, comme un code de loi. L’auteur s’adresse aux hommes désireux de bien se comporter envers le sexe d’une femme, « fleur de lotus, soleil qui éclaire de ses rayons». Ils doivent adopter le comportement adéquat afin « qu’elle ne se referme pas et répande son parfum ». On y conseille d’attendre après le mariage au moins dix jours avant de consommer l’union charnelle, que la femme soit prête à recevoir l’époux. « La femme a envie de préliminaires qui soient tendres eux aussi, et quand elle n’acquiesce que du bout des lèvres, parfois ces préliminaires lui rendent haïssables la fusion amoureuse, et haïssables aussi, parfois, le sexe masculin »L’auteur conseille à l’amant d’utiliser tous ses membres pour « doubler la volupté de la femme ainsi caressée et hâter son spasme de manière à le faire coïncider avec celui de l’homme ».
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L'émergence du Kama Sutra dans l'Angleterre victorienne a scandalisé la bonne société de l'époque. Certains auteurs n'hésitent pas à proclamer la valeur universelle et éternelle du Kama Sutra, tandis que d'autres le considèrent comme un texte lubrique. Les réinterprétations du Kama Sutra sont un sujet passionnant à notre époque de mondialisation, d‘influences culturelles mutuelles.
De même, la traduction des Mille et Une Nuits a suscité l'intérêt de l'Occident pour la culture orientale. Le début commença avec le diplomate français “Antoine Galland” (1646-1715), nommé à Constantinople, capitale de l’Empire ottoman, en tant que secrétaire de l’ambassadeur de France à la fin du 17e siècle. Son travail réel se limita à rassembler les manuscrits accessibles en Orient et de les envoyer au trésor du roi. Galland obtint des manuscrits des ” Mille et une Nuits”, dont des parties sont encore conservées à la Bibliothèque nationale de Paris. Galland n’avait pas la rigueur d’un traducteur, mais le talent d’un écrivain. Il a effectué « de larges remaniements » du texte arabe : il raccourcissait ce qu’il considérait ennuyeux, détaillait certaines scènes sexuelles, ajoutait des descriptions, supprimait des poèmes, habillant le manuscrit d’une robe européenne.
La vision des Français, et après eux des Européens, de l’Orient et de ses habitants était imprécise. « Soudain révélés à notre monde des trésors d’art narratif qui ne s’apparentent en rien à la mauvaise poésie de cour française ni aux contes magiques naïfs, et la foule s’est enthousiasmée de ces contes. La traduction de Galland connut un succès rapide et se répandit dans toute la France et en Espagne. Il a été réimprimé des dizaines de fois au 18e siècle. La traduction de Galland est éloignée du texte original, vers une version du livre adaptée aux coutumes françaises de son époque. Les personnages se saluent à la française, et s’exclament “Bon Dieu !”, mangent des “tartes à la crème”.
Richard Burton publia en 1885 sa propre version de l’œuvre, intitulée The Book of the Thousand Nights and a Night, qui se caractérise par l’accent mis sur l’imagerie sexuelle et introduit des accents locaux dans le discours du livre. La version de Burton est différente de la version de Galland et de la version originale. Burton utilise l’anglais du 14e siècle avec des archaïsmes et des néologismes. La version de Burton est plus érotique que la version de Galland, et agréable à lire.
Le Jardin Parfumé : un manuel sexuel arabe
Lorsque l’explorateur Richard Burton meurt en 1890, sa femme Isabel brûla des dizaines de ses œuvres inédites. Dans une lettre au journal Morning Post, elle avoue avoir détruit sa nouvelle traduction d’un manuel sexuel arabe, le jardin parfumé. Écrit en arabe du XVe siècle, le manuel sexuel tunisien « le jardin parfumé » peut sembler hors de propos aujourd’hui. Pourtant des générations de traducteurs se sont penchées sur ses conseils. L’intérêt des Anglais du 19e siècle pour Le Jardin parfumé laisse perplexe. Ecrit entre 1410 et 1434 pour un ministre du sultan de Tunis, le traité est un guide sexuel pour les hommes mariés. Le traité s’appuie sur une longue histoire de la sexologie islamique présente dans des ouvrages plus sérieux. L’étude du sexe était l’une des sciences qui ont construit la civilisation islamique.
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La première traduction de Burton avait corrompu la prose originale, fabriquant des détails exotiques sur le monde arabe dans un style fleuri et exagéré qui reflétait la vision colonialiste du 19e siècle en restant convaincu qu’il manquait à son manuscrit un « chapitre perdu » sur l’homosexualité. Burton s’est rendu à Alger à la recherche du manuscrit original du livre, qui selon lui, ferait référence à l’activité gay. Burton consacra ses dernières années à une deuxième traduction qui a transformé le court traité d’al-Nafwazi en un livre de 1 282 pages, dont un essai de 200 pages sur la sodomie. Ce livre si réputé en Angleterre a connu en France peu de renommée et demeure une lecture marginale.
Sexualité et identité culturelle dans la littérature japonaise : le cas de Haruki Murakami
L'œuvre de l'écrivain japonais Haruki Murakami offre une perspective intéressante sur la sexualité et l'identité culturelle dans le contexte de la littérature japonaise contemporaine. Le sexe est un motif récurrent dans la fiction de Murakami. Diverses versions de la sexualité sont mises en scène sans commentaire, son style de prose précis et factuel, son réalisme imprègne le sexe.
Les critiques qui qualifient Murakami d’un écrivain pro-occidental citent que ses personnages ne portent jamais de yukata ou de kimono, mais des jeans Levis et des chaussures de tennis Nike. Ses protagonistes lisent des livres de Kafka, Léon Tolstoï, mais ne sont pas intéressés par le haïku. Murakami a beaucoup insisté sur la liberté de l’individu, même au détriment du lien social ce qui est problématique pour l’esprit japonais. Certains critiques japonais considéraient le travail de Murakami comme un déni de la conscience nationale. Il est cependant si célèbre plus à l’extérieur qu’à l’intérieur du japon.
Dans les années 80, des d’écrivains tels que Ryū Murakami, Nakagami et Haruki Murakami ont commencé ce que certains nomment l’américanisation de la littérature et de la culture japonaises. Il existe au Japon un accord implicite sur le fait que la culture japonaise se compose pour l’essentiel de deux courants d’influence et de deux sources culturelles : européennes et asiatiques. Des écrivains des années 80 à la suite de Kenzaburō Ōe n’ont pas respecté cette tendance culturelle. L’influence américaine dans leurs romans est manifeste, voire ostentatoire provoquant de vifs débats.
Ce qui distingue Haruki Murakami, c’est son acceptation sincère ou sérieuse de la littérature américaine contemporaine classique, comme Gatsby le magnifique ou tendre est la nuit de Fitzgerald, les romans de Salinger, et les œuvres d’écrivains plus tardifs comme Richard Brautigan, Kurt Vonnegut Jr, et Thomas Pynchon. Les personnages de Murakami ressemblent à Holden Caulfield de L’attrape-cœurs de J. D. Salinger (1959). Les romans de Murakami partagent les caractéristiques et les limites des romans américains jusqu’aux années 1950 qui sont les dernières œuvres du réalisme et du roman familial, comme Goodbye Colombe de Philip Roth.
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Un autre point de converse est la tendance de l’écrivain à analyser froidement la sexualité de ses personnages. Les critiques disent qu’il n’existe pas un roman de Haruki Murakami sans une scène de sexe. Son roman Le Meurtre du Commandeur (2017) s’ouvre une scène de sexe où le narrateur masculin décrit des relations sexuelles avec deux femmes avec lesquelles il a couché après s’être séparé de sa femme.
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