Introduction
Cet article explore la question des avortements criminels en France, en se basant sur des recherches historiques et sociales, notamment à travers le prisme des travaux d'Henri Mondor et du contexte socio-politique de l'époque. L'objectif est d'analyser l'évolution de la perception et de la répression de l'avortement, ainsi que les enjeux démographiques et moraux qui y sont associés.
L'Avortement dans l'Entre-Deux-Guerres : Un Enjeu Démographique et Moral
Le Combat Nataliste et Anti-Malthusien
Les années de l’entre-deux-guerres voient le combat nataliste et anti-malthusien se focaliser sur l’avortement. La lutte contre les pratiques abortives est présentée comme un moyen de contrer la dénatalité. L’Alliance nationale, dirigée par Fernand Boverat, joue un rôle central dans ce combat, en collaboration avec le Haut Comité de la population et les structures familiales mises en place par le régime de Vichy.
L'Aversion Croissante envers l'Avortement
À compter des années 1930, l’aversion à l’égard de l’avortement se transforme en une véritable haine. Boverat et l’Alliance nationale intensifient leur propagande, utilisant des techniques sophistiquées et des discours virulents. Ils appellent à un État renforcé, contrôlé par les réseaux natalistes et familiaux, capable de réprimer efficacement l’avortement.
Une Nouvelle Conception de l'Action Publique
La contestation du système parlementaire libéral s’accompagne d’un appel à un État fort, capable de contrôler et d’intervenir de manière énergique. Les leaders du combat souhaitent une lutte rationalisée, appuyée sur des moyens de contrôle et d’intervention. Cette vision contribue à la spirale répressive qui culmine sous Vichy.
Avortement, Dépopulation et Relations Internationales
Il devient impossible d’envisager les questions de population et d’avortement indépendamment du cadre international. On peut parler d’une « géopolitique de la vie », compte tenu de l’ampleur européenne et mondiale des problèmes. Le mouvement nataliste français participe activement à ces réflexions.
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La Loi de 1923 : Poussée aux Limites de son Potentiel
La Répression : Une Pratique Collective
Les militants s’efforcent de pousser les pouvoirs publics à appliquer les nouvelles dispositions de la loi de 1923. Le lobbying nataliste s’exerce non seulement dans l’élaboration des lois, mais aussi dans leur application concrète. La pression exercée sur la police et la justice vise à garantir une sévérité sans faille. L’Alliance nationale est intégrée de facto au dispositif institutionnel répressif, dialoguant avec les structures ministérielles et contrôlant leur activité.
Le Regard Porté sur la Répression après 1923
Les informations que les combattants anti-avortement parviennent à se procurer dans l’entre-deux-guerres ne laissent guère de doute quant à la portée réelle des lois de 1920 et 1923. Les études statistiques effectuées en milieu hospitalier se multiplient. L’ouvrage d’Henri Mondor, publié en 1936, attire particulièrement l’attention.
L'Étude d'Henri Mondor sur les Suites Mortelles de l'Avortement
Le chirurgien Henri Mondor consacre un ouvrage aux suites mortelles de l’avortement. L’étude présente des qualités de description clinique unanimement saluées. Mondor avance le chiffre d’un million d’avortements par an, une affirmation qui comble les tenants de la thèse de l’augmentation perpétuelle et de la « banalisation » des avortements.
Les Chiffres de la Répression
Les chiffres de la répression indiquent que le changement de régime pénal tant espéré ne se produit pas. Les condamnations fermes prononcées dans le cadre de l’article 317 se multiplient à partir de 1921, avant de refluer dès la fin de la décennie. Le procès qui était fait aux jurys se reporte sur les juges correctionnels.
L'Après-Guerre : Recompositions et Nouveaux Enjeux
Bouleversements Démographiques et Politiques
Le second XXe siècle français s’ouvre sur deux séries de bouleversements : la reprise des naissances et l’avancée de l’État social. Le « devoir patriotique » de maternité n’est contesté que par une minorité. L’obtention du droit de vote féminin et l’instauration de la Sécurité sociale transforment le cadre de la lutte anti-avortement.
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Recompositions de Fond
La période qui court de la fin de la guerre à l’émergence du combat en faveur du « planning familial » est marquée par de profondes recompositions. Les entrepreneurs de lutte sont confrontés à des difficultés nouvelles et doivent repenser leurs argumentaires et leurs stratégies.
Le Décalage du Problème Social de l'« Avortement Criminel »
Le problème social de l’« avortement criminel » tel qu’il a été forgé depuis les années 1900 est désormais en décalage avec l’état présent de la société. La question de la (dé)population et le rapport que l’avortement entretient avec elle connaissent des inflexions majeures.
Refonder une Politique Volontariste de la Population et de la Famille
L’intention de refonder une politique volontariste de la population et de la famille tout en se démarquant des excès du passé s’exprime dès 1943-1944 au sein du Comité français de Libération nationale. La mise en place de l’appareil social et sanitaire de la Libération va résulter d’un dosage entre les exigences de quantité, de « qualité » et de morale.
La Dynamique du Champ de la Vie Humaine entre 1944 et 1946
La dynamique du champ de la vie humaine entre 1944 et 1946 est dépeinte dans toute sa complexité par les travaux de Paul-André Rosental. La Libération est le temps de la « reconduction du familial ». Les militants familiaux évitent l’épuration et la « représentation neutraliste » du familial joue à plein.
Le Projet Debré
Le projet Debré aboutit à la création du nouveau ministère de la Santé publique dans lequel le pédiatre obtient une place stratégique. Sauvy se voit confier le secrétariat général à la Famille et à la Population. L’interaction Debré-Sauvy est déterminante dans la création de l’Institut national d’études démographiques (Ined).
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Le Redéploiement des Savoirs, des Projets et des Politiques
Le redéploiement des savoirs, des projets et des politiques au sortir de Vichy a pour effet de faire resurgir la question du rapport de l’individu à la procréation et au contrôle des naissances. Le baby-boom ne signifie pas la suspension des pratiques de régulation des naissances.
La Position d'Alfred Sauvy
La position d’Alfred Sauvy constitue à la fois un excellent révélateur et un élément de compréhension indispensable. Le directeur de l’Ined n’est pas hostile à la prévention des naissances et débat de manière ouverte avec les promoteurs du birth control.
Mesures Relevant de Segments d'Action Publique Variés
L’alchimie qui s’opère entre 1944 et 1946 se traduit par des mesures relevant de segments d’action publique variés, qui tissent ensemble un réseau fonctionnel d’une forte cohérence. La reconduction du familial se manifeste par l’ordonnance adoptée le 17 octobre 1944.
La Politique de Protection Maternelle et Infantile
Ces allocations s’articulent étroitement avec la politique de protection maternelle et infantile, qui focalise également une attention considérable. Les gynécologues-obstétriciens, pédiatres et puériculteurs y voient une nécessité vitale.
Le Dossier « Avortement »
Le dossier « avortement » n’est pas considéré comme prioritaire par le Gouvernement provisoire. Un avant-projet de loi « contre les avortements » est rédigé en mars 1944, mais la discussion de fond est renvoyée à plus tard.
La Persistance de l'Investissement Répressif
La persistance de l’investissement répressif après Vichy ne doit pas faire illusion quant à la place relative de l’avortement « criminel » dans l’espace des fléaux sociaux après 1945.
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