Henri Salvador, figure emblématique du XXe siècle, a marqué la chanson française, le jazz, l'humour et la télévision. Sa carrière, riche et variée, s'étend sur près d'un demi-siècle, laissant une empreinte indélébile dans le paysage culturel français.
Les jeunes années et les influences musicales
Né le 18 juillet 1917 à Cayenne, en Guyane, Henri Salvador grandit dans un environnement musical stimulant. Son père, violoniste amateur, et sa mère, dotée d'une belle voix, l'initient très tôt aux chants et aux rythmes. Henri Salvador écrira plus tard, en 1994, dans sa biographie, qu'il a hérité le timbre vocal de sa mère et qu'il a passé sa vie à l'imiter ou à tenter de s'approcher de sa perfection.
En 1929, la famille Salvador s'installe à Paris pour offrir aux enfants une meilleure éducation. Henri découvre alors une ville grise et parfois hostile, mais qui deviendra son terrain de jeu favori. Il reste attaché à Paris tout au long de sa vie, tout comme il reste fidèle au jazz et à la chanson française.
De guitariste jazz à chanteur populaire
Initialement destiné à devenir pharmacien, Henri Salvador délaisse rapidement les études pour l'apprentissage de l'argot dans les rues de la capitale avec son ami Arsène. À l'âge de quinze ans, il découvre le jazz de Louis Armstrong et Duke Ellington, une révélation qui le pousse à embrasser une carrière de musicien. La rencontre avec la musique de Django Reinhardt à la radio le conforte dans son choix de la guitare comme instrument de prédilection.
Henri et son frère André s'entraînent sans relâche, aspirant à intégrer un orchestre. Ils se produisent à Boulogne-sur-Mer, Paris et Nice, où ils rencontrent Ray Ventura. Ce dernier engage Henri pour une tournée au Brésil. C'est à son retour du Brésil en 1947 qu'Henri Salvador se lance dans la chanson, avec un one-man-show au théâtre Bobino. Le succès est immédiat et salué par la critique, marquant le début d'une longue et fructueuse carrière.
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Un rire contagieux, signature d'un artiste
Le nom d'Henri Salvador est associé à des chansons devenues des classiques, telles que la berceuse "La biche et le chevalier", plus connue sous le titre "Une chanson douce". Mais Henri Salvador est également célèbre pour son rire unique et communicatif. Dès son adolescence, sa drôle de rigolade attire l'attention. Chaque dimanche, il assiste au spectacle du clown Rhum au cirque Médrano, où il rit aux éclats. Le clown, touché par son enthousiasme, le remercie et lui offre un accès gratuit aux spectacles.
Des années plus tard, au sommet de sa gloire, Henri Salvador intègre son rire dans ses spectacles. Il explique à son public que son rire est si contagieux qu'il lui suffit de rire pour faire rire les autres.
L'humour comme fil conducteur
Henri Salvador ne se contente pas de rire, il cherche également à faire rire son public. Avec son frère André, il forme un duo de guitaristes comiques, agrémentant leurs prestations de sketches et de grimaces. Lors de sa tournée au Brésil avec l'orchestre de Ray Ventura, il sauve la troupe d'un échec en imitant le personnage de Popeye. Cette expérience révèle son potentiel comique et lui donne le goût du one-man-show.
Dans les années 1960, Henri Salvador enchaîne les tubes humoristiques tels que "Zorro est arrivé", "Le travail c'est la santé" et "Juanita Banana", accompagnés de clips déjantés. Son sens de la mise en scène et de la comédie s'accorde parfaitement avec l'essor de la télévision. Le personnage du Salvador comique est télégénique et plaît à toute la famille.
La parenthèse Henry Cording
En 1956, Michel Legrand, alors chef d'orchestre d'Henri Salvador, revient de New York avec un nouveau genre musical : le rock'n'roll. Henri Salvador et Boris Vian considèrent le rock'n'roll comme une parodie du jazz. Ils décident de le parodier à leur tour en créant le groupe Henry Cording and his Original Rock and Roll Boys, avec Michel Legrand sous le pseudonyme de Mig Bike.
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Le canular se transforme en succès. Henri Salvador, Boris Vian et Michel Legrand, qui ne croyaient pas en l'avenir du rock français, se retrouvent malgré eux précurseurs du genre. Des titres comme "Va t'faire cuire un œuf, man" et "Rock hoquet" sont pris au sérieux, du moins musicalement.
Jacqueline, l'amour et l'imprésario
En 1949, Henri Salvador rencontre Jacqueline Garabédian à l'ABC, un célèbre music-hall parisien. Séduit, il charge le portier de l'ABC de l'inviter en coulisse. Quelques jours plus tard, Jacqueline se rend dans la loge du chanteur et lui exprime son admiration. Henri lui répond : "Comme je vous comprends. Ça fait 32 ans que je vous attends".
Deux ans plus tard, ils se marient. Jacqueline devient l'imprésario de son mari et participe à la production de ses plus grands succès. Elle crée avec lui le label Salvador. Sa disparition brutale en 1976 laisse un vide immense dans la vie du chanteur.
La pétanque, une passion dévorante
Outre la chanson, le jazz et les femmes, Henri Salvador nourrit une passion pour la pétanque. Il joue à Paris, Cannes, Avignon et participe à de nombreux championnats. Il affirme préférer jouer aux boules que travailler, mais il précise que c'est en jouant qu'il compose.
Lorsqu'il est à Paris, on le retrouve tous les dimanches sur l'esplanade des Invalides. C'est là qu'il a l'idée de boules colorées, plus facilement identifiables par les joueurs. Henri Salvador prend la pétanque très au sérieux et devient champion à plusieurs reprises.
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Des collaborations fructueuses
Le succès d'Henri Salvador repose également sur des collaborations avec de grands artistes. Il y a d'abord le duo formé par le compositeur Bernard Michel et le parolier Maurice Pon, auteurs de ses premières grandes chansons. Puis, c'est l'écrivain-musicien Boris Vian qui rejoint l'aventure. À la fin des années 1950, Salvador et Vian deviennent des amis inséparables.
Chaque succès d'Henri Salvador est le fruit d'une alchimie particulière, d'un travail collectif avec sa femme Jacqueline, ses amis ou de jeunes artistes comme Keren Ann et Benjamin Biolay, qui composent pour lui "Jardin d'hiver" en 2000, marquant son grand retour et l'un des disques dont il est le plus fier.
Un homme de rencontres, loin des mondanités
En près de cinquante ans de carrière, Henri Salvador fréquente de nombreuses personnalités du XXe siècle : Boris Vian, Eddie Barclay, Georges Brassens, Quincy Jones, etc. Cependant, il reste éloigné des mondanités. À Cannes, il préfère les terrains de pétanque au tapis rouge. À Paris, il dîne entre amis en petit comité et n'apprécie pas les soirées mondaines.
Malgré sa notoriété, Henri Salvador développe une forme d'aversion pour le show-business. Dans les années 1980, il dénonce un monde de la chanson en déclin, recouvert de paillettes, avec une dureté surprenante.
Un précurseur de la bossa nova
Le premier voyage d'Henri Salvador au Brésil remonte aux années 1940, avec l'orchestre de Ray Ventura. Vingt ans plus tard, "Dans mon île" connaît un immense succès au Brésil, inspirant les premières compositions de bossa nova, un mélange de jazz et de samba.
Lorsqu'il revient au Brésil en 2006, Henri Salvador est accueilli comme un roi. Il laisse l'empreinte de ses mains sur le trottoir de la Toca do Vinicius. Il chante en duo avec Gilberto Gil, alors ministre de la Culture, qui le décore de l'Ordre du Mérite et pleure sa disparition deux ans plus tard, saluant "l'un des principaux chantres de la bossa nova".
L'art de rire et d'oublier
"Les gens qui rient ne vieillissent pas", déclare Henri Salvador en 1985. Et il semble que le chanteur rieur n'ait jamais vieilli, relançant sa carrière et faisant la couverture des magazines à plus de 80 ans. S'il est capable de rire, il est aussi capable de silence. Lorsqu'un sujet est pénible, il l'évite. Ainsi, les relations tendues s'enveniment, comme celles avec son frère André ou son "fils caché", le photographe Jean-Marie Périer. Ces silences prolongés lui permettent d'oublier, ou du moins de faire croire à l'oubli.
Près de dix ans après sa disparition, Henri Salvador reste présent dans les mémoires. Ses chansons sont interprétées, ses numéros continuent de faire rire et son nom figure dans le Dictionnaire du jazz.
Un héritage musical et culturel
Henri Salvador, artiste caméléon, tour à tour clown, crooner, compositeur et guitariste de jazz, a marqué plusieurs générations. Il a su offrir une berceuse d'anthologie, "Le Loup, la biche et le chevalier", tout en osant les grimaces les plus insensées. Longtemps considéré comme un artiste de variété, il dévoile son univers intime en 2000 avec l'album "Chambre avec vue", acclamé par le public.
"Une chanson douce", berceuse intemporelle
"Une chanson douce", également connue sous le titre "Le loup, la Biche et le Chevalier", est une chanson populaire française qui a bercé l'enfance de nombreuses générations. Écrite par Maurice Pon en 1949, elle a été popularisée par Henri Salvador en 1950. La chanson évoque un conte de fées où une biche est sauvée par un chevalier.
Berceuses dans la littérature française
Les berceuses, avec leurs mélodies apaisantes, occupent une place importante dans la littérature française. Elles sont plus que de simples mélodies pour endormir les enfants, elles transmettent des valeurs culturelles et historiques. Les berceuses françaises médiévales étaient imprégnées de thèmes de protection et de spiritualité. Au fil des siècles, elles ont évolué, influencées par les mouvements littéraires de chaque époque.
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