Le débat sur l'avortement au Maroc est un sujet complexe, oscillant entre les interdits légaux, les réalités médicales et les luttes des militants pour la dépénalisation. Malgré l'illégalité de l'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) dans la plupart des cas, des médecins comme le professeur Chafik Chraïbi à Rabat se battent pour faire évoluer la législation et les mentalités.
Un Contexte Juridique Restrictif
Au Maroc, l'avortement est illégal, sauf si la vie de la mère est en grand danger. L'avorteur risque une peine d'un à cinq ans de prison, tandis que la femme qui se fait avorter encourt une peine de six mois à deux ans. Cette législation sévère pousse de nombreuses femmes à recourir à des avortements clandestins, souvent pratiqués dans des conditions sanitaires déplorables.
L'article 453 du code pénal marocain est le seul qui autorise l'avortement, mais son interprétation reste restrictive. Il stipule que l'avortement n'est pas puni lorsqu'il vise à sauvegarder la vie ou la santé de la femme. Cependant, la définition du terme "santé" est limitée, ne prenant pas en compte la définition de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), qui inclut le bien-être physique, mental et social.
Le Combat du Professeur Chraïbi et de l'Amlac
Le professeur Chafik Chraïbi, gynécologue au CHU de Rabat et président fondateur de l'Association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin (Amlac), est une figure emblématique de la lutte pour la dépénalisation de l'avortement au Maroc. Il se bat depuis les années 80 pour que l'IVG soit légalisée dans des cas plus larges, notamment en cas de viol, d'inceste, de handicap mental ou de malformation très grave du fœtus.
En 2014, suite à un reportage d'Envoyé spécial, le professeur Chraïbi avait été démis de ses fonctions de chef de service. Mohamed VI s'était saisi du dossier, mais depuis, c'est le silence total. Le sit-in devant le parlement initié par l'Amlac en juin 2018 n'a pas eu l'effet escompté.
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Le professeur Chraïbi souligne la nécessité d'amender l'article 453 du code pénal pour qu'il prenne en compte la définition de la santé donnée par l'OMS. Il insiste également sur l'urgence de voter un projet de loi pour éviter les avortements clandestins, les crimes d'honneur et les abandons d'enfants.
La Réalité des Avortements Clandestins
Malgré l'interdiction, les avortements clandestins sont une réalité au Maroc. Certains sont effectués par des herboristes ou des "faiseuses d'anges", mais la plupart ont lieu dans les cliniques et cabinets de gynécologie, sous le manteau.
Selon l'Amlac, entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour au Maroc. Ces avortements se font souvent dans des conditions sanitaires précaires, entraînant des complications graves, voire mortelles, pour les femmes.
Le prix d'un avortement clandestin peut être élevé, rendant l'accès difficile pour les femmes les plus démunies. Meriem, une jeune Marocaine, témoigne avoir payé 4 000 dirhams (368 euros) en liquide pour un avortement par aspiration.
L'Affaire Hajar Raissouni : Un Tournant ?
L'affaire Hajar Raissouni, une journaliste arrêtée en 2019 pour "avortement illégal", a mis en lumière la question de l'avortement au Maroc. La jeune femme a été condamnée à un an de prison ferme, ainsi que son fiancé, le gynécologue, l'anesthésiste et la secrétaire médicale.
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Cette affaire a suscité une vive indignation au sein de la société civile. Un manifeste de 490 "hors-la-loi", initié par les écrivaines Leila Slimani et Sonia Terrab, a recueilli plus de 10 000 signatures. Finalement, le roi Mohammed VI a gracié Hajar Raissouni et les autres personnes condamnées avec elle.
L'affaire Hajar Raissouni a relancé le débat sur la dépénalisation de l'avortement au Maroc. Cependant, le projet de loi destiné à assouplir les critères d'une IVG, que le roi avait commandé, n'a toujours pas été déposé.
Les Défis et les Perspectives d'Avenir
La dépénalisation de l'avortement au Maroc est un défi complexe, qui se heurte à des obstacles religieux, culturels et politiques. Le gouvernement justifie que le projet de loi prend du temps à être voté au parlement car il est intégré à la refonte du code pénal marocain.
Malgré ces obstacles, les militants pour la dépénalisation de l'avortement continuent de se battre pour faire évoluer la législation et les mentalités. Ils insistent sur la nécessité de prendre en compte la santé et les droits des femmes, ainsi que les réalités sociales et médicales du pays.
L'éducation sexuelle et l'accès à la contraception sont également des éléments clés pour réduire le nombre de grossesses non désirées et d'avortements clandestins.
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