Guillaume II, dernier empereur allemand et roi de Prusse, a régné de 1888 à 1918, une période charnière de l'histoire européenne. Son ambition de faire de l'Allemagne une puissance mondiale, son style de gouvernance impulsif et son rôle controversé dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale ont marqué son règne. Moins souvent évoquée est l'histoire de ses enfants, une progéniture nombreuse qui a vécu les bouleversements de l'Allemagne impériale, de la Première Guerre mondiale, de la République de Weimar et de la montée du nazisme. Cet article explore la vie des enfants de Guillaume II, leurs destins individuels et leur héritage familial.
Guillaume II : Un Empereur Entre Ambition et Controverse
Né le 27 janvier 1859 à Berlin, Guillaume II était le fils de Victoria, fille aînée de la reine Victoria du Royaume-Uni, et de Frédéric III, empereur allemand. Son règne fut marqué par des ambitions démesurées et une politique étrangère agressive. Succédant à son père, le libéral Frédéric III, il abandonna la Realpolitik de Bismarck au profit d'une Weltpolitik expansionniste et colonialiste. Dès mars 1890, Guillaume II renvoya le vieux chancelier Bismarck, rompant ainsi le subtil équilibre que ce dernier avait instauré entre l'Autriche-Hongrie et la Russie.
Malgré des résultats spectaculaires en matière industrielle, l'empereur ne parvint pas à maintenir la stabilité politique en Europe. Par ses maladresses et son attitude intransigeante dans la crise de juillet 1914, Guillaume II porta une grande part de responsabilité dans le déclenchement de la Grande Guerre. Au terme du conflit, il fut contraint d'abdiquer sous la pression des Alliés, de son gouvernement et de son état-major. L'article 227 du traité de Versailles le désigna, de façon quelque peu abusive, comme responsable de la guerre.
Après la mort de l'impératrice Augusta-Victoria, qui lui avait donné sept enfants, il se remaria le 9 novembre 1922 avec Hermine, une aristocrate allemande. L'ex-empereur décéda de mort naturelle le 4 juin 1941, laissant derrière lui un héritage complexe et controversé.
La Progéniture Impériale : Sept Enfants Face à l'Histoire
Guillaume II eut sept enfants avec son épouse Augusta-Victoria de Schleswig-Holstein-Sonderburg-Augustenburg :
Lire aussi: Qui est Guillaume Gabriel ?
Wilhelm (1882-1951): Prince héritier de l'Empire allemand, il vécut en exil en Hollande jusqu'en 1923. Après son retour en Allemagne, il se brouilla avec la république et aspira à restaurer la monarchie. Il perdit son fils aîné Wilhelm à la guerre en 1940. En 1945, il perdit tous les biens privés de la famille à l'exception du château de Hohenzollern. Après l'exil, il retourna en Allemagne pour collaborer avec les nazis dans l'espoir qu'ils restaurent la monarchie. Il cessa son soutien lorsque cela ne se produisit pas.
Eitel Friedrich (1883-1942): Le second fils de l'empereur, son mariage s'est terminé par un divorce en 1926. Il vivait retiré en tant que personne privée à Potsdam. Membre de l'Association des anciens combattants, il était également monarchiste mais s'opposa aux nazis. Le second fils de l'empereur s'appelait Eitel (sans h) Friedrich, prénom composé que l'on trouve, à plusieurs reprises, dans la branche ainée des Hohenzollern (Hechingen/Sigmaringen) entre les XV et XVIIème siècle.
Adalbert (1884-1948): Il tourna le dos à l'Allemagne vers 1930 et se rendit en Suisse avec sa femme. Parti en Suisse, principalement pour les raisons de santé de sa femme, il a vécu dans la discrétion - mais pas dans le secret - jusqu’au dernier jour. Officier de marine, il fut mentalement écrasé par la mutinerie navale de Kiel, l'un des premiers signes de la fin de l'Empire allemand.
August Wilhelm (1887-1949): Surnommé "Auwi", il devint un ardent admirateur d'Hitler et rejoignit les SA. Son mariage s'est également terminé par un divorce peu de temps après la révolution. Il devint membre du parti nazi et servit de véhicule vedette, relique du précédent Reich allemand. Il était membre des chemises brunes SA mais tomba dans l'oubli en 1942 après avoir contrarié l'éminent nazi Joseph Goebbels. Le n°4 se prénommait August Wilhelm et pas August tout court. Son surnom, Auwi, en atteste.
Oskar (1888-1958): Il était à la tête de l'Ordre protestant de Saint-Jean et a reconstruit cette organisation après la Seconde Guerre mondiale. Il perdit son fils aîné à la guerre en 1939. Il s'opposa aux nazis. Il fit partie des grenadiers royaux prussiens pendant la Première Guerre mondiale. Il fut appelé sous les drapeaux pendant la Seconde Guerre mondiale, mais ne combattit pas.
Lire aussi: L'ascension de Guillaume Debré dans le journalisme
Joachim (1890-1920): Son sort fut très triste. Il ne supportait pas les changements en Allemagne après 1918 et sa femme divorça. Capitaine de cavalerie pendant la Première Guerre mondiale, il se suicida en 1920. Il ne supporta pas l'abdication et le mariage raté de son père.
Victoria Louise (1892-1980): Fille unique et plus jeune des enfants du Kaiser, elle épousa le duc de Brunswick et écrivit une autobiographie intitulée "La fille du Kaiser" en 1977.
Destins Croisés : Entre Loyauté et Désillusion
Les enfants de Guillaume II ont suivi des chemins très différents, reflétant la complexité de l'époque et les tensions au sein de la famille impériale. Certains, comme August Wilhelm, ont embrassé le nazisme, tandis que d'autres, comme Oskar, s'y sont opposés. Le prince héritier Wilhelm a tenté de restaurer la monarchie, tandis qu'Adalbert a choisi l'exil et la discrétion. Le destin tragique de Joachim, incapable de s'adapter à la nouvelle Allemagne, témoigne des traumatismes de la guerre et de la chute de l'Empire.
Il semble que les enfants de l'empereur étaient tous différents. Comparativement, quoique peu instruit (comme tous les enfants de Guillaume II) mais bon militaire, son frère Adalbert a fait preuve d’une plus grande intelligence. Je suis étonné que la prétendue faible intelligence des princes de Hohenzollern soit discutée ici. Il ne devrait guère y avoir de preuves de cela.
L'histoire des enfants de Guillaume II est un miroir des bouleversements du XXe siècle. Le prince héritier Wilhelm a vécu en exil en Hollande jusqu’en 1923. Il se brouille avec la république et veut revenir sur le trône. Il a perdu son fils aîné Wilhelm à la guerre en 1940. En 1945, il perd tous les biens privés de la famille à l’exception du château de Hohenzollern. Le prince Eitel Friedrich vivait retiré en tant que personne privée à Potsdam. Son mariage s’est terminé par un divorce en 1926. Le prince Adalbert tourna le dos à l’Allemagne vers 1930 et se rendit en Suisse avec sa femme. Le prince August Wilhelm devint un ardent admirateur d’Hitler et rejoignit les SA. Son mariage s’est également terminé par un divorce peu de temps après la révolution. Le prince Oskar était à la tête de l’Ordre protestant de Saint-Jean et a reconstruit cette organisation après la Seconde Guerre mondiale. Il a perdu son fils aîné à la guerre en 1939. Le sort du prince Joachim est très triste. Il ne supportait pas les changements en Allemagne après 1918 et sa femme a divorcé.
Lire aussi: Didier Guillaume : Parcours et héritage
Leur vie illustre les défis auxquels ont été confrontées les familles royales et aristocratiques dans un monde en mutation rapide, où les empires s'effondraient et de nouvelles idéologies émergeaient.
Guillaume II : Un Héritage Complexe et Controversé
Guillaume II est un personnage complexe et controversé. Son règne a été marqué par des ambitions démesurées, une politique étrangère agressive et un rôle central dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Son handicap physique, conséquence d'une naissance difficile, a contribué à forger un caractère autoritaire et une volonté de dominer.
« Oui c’est ce que j’ai toujours pensé en voyant ces photos. Brrr…ils scrutent déjà la ligne bleue des Vosges ! »
Guillaume II (1859-1941), dernier empereur allemand et roi de Prusse, était un homme complexé. Sa naissance difficile lui laisse un handicap irréversible: son bras gauche, paralysé, est plus court. À cause de cette infirmité, son enfance est entachée par les souffrances, les opérations et les humiliations venues de sa propre famille qui l’appelle “l’estropié”.Le complexe du kaiser Guillaume II est une clé de compréhension majeure du personnage. Sans cette douleur d’enfance et ce complexe qu’il a porté toute sa vie, il eut sans doute été différent.Guillaume II est le petit-fils de la reine Victoria par sa mère. Celle-ci était la fille aînée de Victoria, mariée à Frédéric III, roi de Prusse et empereur d’Allemagne. La naissance de Guillaume II fut extrêmement difficile : la mère, alors âgée d’à peine 18 ans et l’enfant ont failli mourir tous les deux. Les efforts médicaux se sont portés sur la mère et le nourrisson a été un peu négligé.On s’aperçoit, lors de la naissance, qu’il ne respire plus et que son bras gauche est paralysé. Il souffre de ce qu’on appelle aujourd’hui une paralysie obstétricale du plexus brachial. C’est une complication de l’accouchement, qui survient généralement lorsque le nourrisson est sorti par l’épaule.Une enfance d'opérations et de souffrancesAprès la naissance, le bras reste paralysé et on s’aperçoit également qu’il grandit moins vite que l’autre. De plus, en grandissant, il se met à souffrir de torticolis chronique ; on doit l’opérer à plusieurs reprises et lui administrer des chocs électriques et mécaniques. On essaye également de lui allonger le bras plus petit.Toutes ces techniques sont très douloureuses pour le jeune Guillaume, et son enfance est pavée d’opérations et de souffrance.Dans le même temps, Guillaume se sent délaissé par ses parents, en particulier par sa mère qui l’appelle « l’estropié » en privé. Elle se sent humiliée que son fils aîné, qui est l’héritier du trône, soit handicapé. « S’il n’avait pas ce bras, j’en serais si fière », déclare souvent sa mère autour d’elle.Humiliation supplémentaire : avec son bras paralysé, Guillaume ne parvient pas à monter à cheval Dans un régime militariste où il est appelé à diriger, il doit recevoir de l’aide… Il faut toutefois lui reconnaître que malgré son handicap, il réussit à devenir un cavalier honorable.Un homme hautain et arrogantCe handicap n’est pas la seule façon dont Guillaume II est entré dans l’Histoire : la défaite de la Première guerre mondiale et l’effondrement de l’empire allemand ont donné aux historiens l’image d’un homme hautain, désireux d’imposer sa volonté, arrogant. Les historiens d’après-guerre le décrivent comme un va-t-en-guerre prêt à en découdre et le responsable de la guerre de 1914.Cette vision des choses est tempérée par des biographies plus récentes, notamment celle de Henri Bogdan chez Tallandier . Voilà ce qu’écrit Bogdan : « La raideur de Guillaume II était celle d’un homme obligé de s’affirmer pour cacher sa fragilité, sa timidité », et plus loin, « Le handicap du jeune prince a pesé sur son caractère en lui donnant la volonté de dominer son mal et de le surpasser ».Mais si on regarde les images d’archives, on constate que Guillaume II est constamment en uniforme et comment il essaie de se débrouiller pour que son handicap soit le moins visible possible, notamment en collant son bras contre son buste. Bogdan répond qu’il n’est pas le seul roi à apparaître constamment en uniforme : ses cousins George V et le tsar Nicolas II en font autant.C’est exact, mais au contraire de ses cousins, Guillaume II possédait pas moins de 200 tenues militaires et changeait d’uniforme plusieurs fois par jour. Derrière son bureau, en lieu et place d’un fauteuil se trouvait une selle, pour se sentir constamment à cheval, en situation de partir au combat.Guillaume II et la première guerre mondialeAu-delà de ce handicap, Guillaume II a évidemment dû faire face à la situation européenne et à la mort de sa grand-mère, la reine Victoria. A partir de ce moment, les relations entre les différents cousins d’Europe se sont nettement refroidies, notamment parce que Guillaume II est jaloux de l’empire colonial que l’Angleterre est parvenue à constituer.Sur le plan du tempérament, d’après ses contemporains, il avait un avis sur tout, voulait avoir le dernier mot, était très intransigeant et manquait de tact. L’un de ses chanceliers, Von Bülow, racontait qu’il devait passer son temps à réparer les bourdes diplomatiques du Kaiser.A la fin de la guerre, il est considéré comme le fauteur de guerre, un monstre avide de sang. Lloyd George, le premier ministre britannique, n’hésite pas à s’exclamer : « Pendons le Kaiser ! », qui n’est jamais que le cousin germain de son propre roi.Guillaume II a abdiqué après la guerre. Sans l’intervention du roi des Belges, Albert Ier , de la reine des Pays-Bas, Wilhelmine, et surtout de son cousin germain, George V, le roi d’Angleterre, Guillaume II aurait été livré aux Alliés pour être jugé.
Son règne a marqué la fin de l'Empire allemand et a laissé une empreinte durable sur l'histoire européenne. Les enfants de Guillaume II ont été les témoins et les acteurs de cette époque tumultueuse, et leurs destins individuels reflètent la complexité de leur héritage familial.
Conclusion
L'histoire des enfants de Guillaume II est une saga familiale complexe, marquée par les bouleversements politiques et sociaux du XXe siècle. Leurs destins individuels, entre loyauté à la monarchie, engagement politique et exil, témoignent des défis auxquels ont été confrontées les familles royales et aristocratiques dans un monde en mutation rapide. L'héritage de Guillaume II, à la fois grandiose et controversé, a façonné la vie de ses enfants et continue de susciter des débats et des interprétations divergentes.
tags: #guillaume #ii #allemagne #enfants
