L'hygiène menstruelle en Inde est un sujet complexe, entrelacé de traditions culturelles, de pauvreté et d'un silence tenace. Cependant, des initiatives courageuses émergent pour dissiper les préjugés, améliorer la santé des femmes et promouvoir leur autonomisation. Cet article explore les défis persistants et les progrès réalisés dans ce domaine crucial.
Le Silence et la Stigmatisation: Un Fardeau pour les Femmes Indiennes
En Inde, les règles sont souvent entourées de tabous qui entravent la liberté et la dignité des femmes. Ce silence imprégné de honte a de graves conséquences sur la santé des femmes et l’éducation des adolescentes. Surtout, les règles servent de prétexte à leur stigmatisation.
L’accès à certaines mosquées et temples hindous est ainsi interdit aux filles dès qu’elles sont pubères. Dans la vie quotidienne aussi, les règles entravent la liberté de nombreuses femmes : elles n’ont pas le droit de s’asseoir sur le canapé, de toucher la nourriture, d’entrer dans la cuisine, et sont même parfois obligées de vivre dans une pièce séparée, ou dans une petite cahute à l’écart de la maison - ces cabanes ne disposant bien souvent ni de matelas, ni d’accès à l’eau ou à l’électricité. Les menstruations sont si taboues que certaines adolescentes s’imaginent atteintes d’une maladie grave ou craignent d’en mourir.
Près du tiers des adolescentes ignorent ce qui leur arrive lorsqu’elles en font l’expérience pour la première fois. Lorsque Tuhin Paul, alors jeune étudiant, est tombé amoureux d’Aditi Gupta à l’université, il ignorait tout des cycles menstruels. Le couple a eu l’idée de créer la première encyclopédie en ligne sur le sujet, Menstrupedia, et la première bande dessinée pour déculpabiliser les femmes et sensibiliser les hommes : près de 100 000 albums ont été distribués, et ils font même partie du programme scolaire dans 90 écoles.
Conséquences sur la Santé et l'Éducation
Le manque d'information et les pratiques d'hygiène inadéquates pendant les menstruations peuvent entraîner de graves problèmes de santé. Dans les campagnes indiennes, comme dans le Marathwada, région agricole du cœur du pays, les femmes sont très exposées au cancer du col de l’utérus.
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Le quart des adolescentes indiennes abandonne les études après leurs premières règles, soit parce qu’elles sont confinées chez elles par leurs familles, soit parce que les écoles ne disposent pas de toilettes. Pravin Nikam avait 18 ans lorsqu’il a rencontré une adolescente lui ayant confié ne plus aller à l’école parce qu’elle était « maudite par Dieu ». Il a abandonné ses études pour fonder l’organisation Roshni, consacrée à cette cause. Régulièrement, il se rend dans les bidonvilles avec une immense pancarte où figure l’anatomie du vagin.
Initiatives pour un Changement Positif
Heureusement, des voix s'élèvent et des actions sont entreprises pour briser le silence et améliorer la situation.
Sensibilisation et Éducation
Les étudiants de l’université de Delhi ont collé en juillet 2017 des serviettes hygiéniques sur les murs du campus, avec ce slogan : « Saigner sans peur ». Ils réclamaient l’installation de distributeurs automatiques de protections féminines dans leur établissement, et surtout la fin d’un tabou : celui des règles.
« à l’école, les rares enseignants qui acceptent d’évoquer le sujet le font de manière académique, pas du tout pratique, explique Aditi Gupta. En outre, cela arrive bien trop tard dans la scolarité, des années après l’âge des premières règles. » Le rôle de l’école est pourtant crucial car il permet d’expliquer aux adolescentes la fonction physiologique des cycles tout en les libérant des préjugés.
Accès aux Protections Hygiéniques
Plus de 85 % des femmes menstruées en Inde n’achètent pas de protections hygiéniques car elles sont hors de prix. Quand le tabou des règles se conjugue à la pauvreté, il oblige les femmes à recourir à des torchons, de la sciure ou encore des feuilles d’arbre, sans que cela ne soit jamais devenu un sujet de santé publique.
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Arunachalam Muruganantham a changé la vie de centaines de milliers d’Indiennes en mettant au point une machine qui leur permet de fabriquer elles-mêmes des serviettes hygiéniques qui coûtent trois fois moins cher. Pendant quatre ans, il a testé les serviettes lui-même, en utilisant des poches remplies de sang de chèvre pour en constater le pouvoir d’absorption.
Dans le bâtiment, une trentaine de jeunes femmes s’affairent autour de machines pour fabriquer des serviettes hygiéniques à la chaîne : elles découpent, stérilisent, pressent, scellent, emballent 5 000 serviettes par jour, conditionnées par paquets de six vendus 30 roupies (38 centimes d’euro). « Dans nos campagnes, les femmes ignorent les principes élémentaires de la toilette intime parce qu’elles sont très majoritairement illettrées, mais aussi parce qu’on manque terriblement d’eau », déplore Chaya Kakade, qui dirige l’atelier pour le compte de l’Association pour le développement des villages isolés. Cette femme de 41 ans, au caractère bien trempé, s’est lancée il y a quatre ans dans la fabrication de protections.
Lutte contre la Taxe sur les Protections Hygiéniques
L’été dernier, une étudiante, Zarmina Israr Khan, a saisi la justice pour que soit supprimée la TVA de 12 % sur les serviettes hygiéniques. Le comité chargé de fixer cette taxe pour chaque catégorie de produits avait considéré que les protections féminines étaient des « produits de luxe » alors qu’il avait supprimé celle sur des articles comme le khôl. Mi-novembre, les juges de la Haute Cour de justice de Delhi ont demandé au gouvernement de s’expliquer sur l’absence de femmes au sein du comité, qui compte 31 personnes. Et sur l’imposition frappant les serviettes hygiéniques.
Expression Artistique et Féminisme
Certaines femmes montent sur scène pour briser le tabou. A l’occasion d’un concours de poésie à Bombay, Aranya Johar a choisi un slam, qui a été vu des millions de fois sur YouTube : « Le premier garçon qui m’a tenu la main m’a dit que les hommes ne voulaient pas entendre parler des saignements vaginaux/J’ai tout de suite senti la misogynie, les vagins ne servent qu’à être pénétrés. » Au cours de ses interviews, cette nouvelle égérie du féminisme indien attaque Bollywood pour ne représenter dans ses films que des femmes attirantes et irréprochables, c’est-à-dire prisonnières du regard masculin. « J’espère qu’on nous donnera un jour l’opportunité d’en parler ouvertement, mais surtout de pouvoir vivre dans un monde où l’on peut saigner avec fierté », déclarait-elle en mai 2017, à l’occasion de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle.
Le Rôle de la Communauté Internationale
Le mouvement international envers l’égalité des sexes semble être un train qui avance de manière constante mais lente. Pourtant, l’année dernière, nous avons été les témoins non seulement d’une halte mais aussi d’un retour en arrière. Selon la Banque mondiale, qui a mesuré l’écart international entre les sexes depuis 2006, l’écart général international entre les sexes prendra maintenant 100 ans pour se résorber, contre 83 ans estimés en 20167. Toutefois, il existe des points positifs. Selon les données de la Banque mondiale, des pays comme la Namibie, le Nicaragua et le Rwanda ont réussi à défier les structures sociétales en une période de temps relativement courte, franchissant ainsi un grand pas pour la réduction de l’écart entre les sexes.
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L’un des obstacles significatifs portant préjudice à de nombreuses femmes est la perception et la stigmatisation courantes de la menstruation. À chaque instant dans le monde, une femme en âge de menstruation sur quatre a ses règles. Pour celles qui ont les moyens de les gérer, rien ne les empêche de poursuivre leur vie normalement. Les femmes qui ont leurs règles ont besoin d’un espace privé pour se laver et gérer leur menstruation, des protections hygiéniques pour absorber le sang et la possibilité de jeter le matériel sanitaire9.
Même lorsqu’elles ont les moyens et les connaissances pour gérer leurs règles, la stigmatisation de la menstruation peut placer les femmes dans une situation désavantageuse. Une étude réalisée aux États-Unis et intitulée « The Tampon Experiment » illustre parfaitement le fait que savoir qu’une femme a ses règles affecte la perception que l’on se fait de ses compétences et de son amabilité11. Cela démontre plutôt la perception paradoxale par les participants de la menstruation comme quelque chose de non féminin et d’impur, même si c’est un signe de bonne santé.
Ces dernières années, nous avons été témoins d’un mouvement cherchant à rompre la stigmatisation de la menstruation. Des femmes et des hommes du monde entier parlent maintenant de la menstruation. Ces activistes de la menstruation sont en train d’ouvrir la voie à un futur où les règles seront considérées comme une fonction corporelle normale dont on pourra parler ouvertement. Ils nous montrent qu’il est nécessaire de changer notre manière d’aborder le thème des règles pour pouvoir réaliser les Objectifs de développement durable consistant à garantir aux femmes une égalité d’accès à l’assainissement (ODD n° 6.2) et à autonomiser les femmes (ODD n° 5).
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