Georgette Plana, figure emblématique de la chanson française, a marqué son époque par son talent, son dynamisme et son timbre de voix unique. Sa carrière, atypique et riche en rebondissements, témoigne d'une artiste passionnée et attachée à ses racines.
Une enfance bordelaise
Georgette Plana est née le 4 juillet 1917 à Agen. Fille d'ouvriers devenus commerçants, elle voit le jour "par accident" dans cette ville où ses parents avaient acheté le Café Michelet à la Porte du Pin. Ses parents, Clovis et Marie Plana, originaires d'Agen, s'installent à Bordeaux en 1930 et reprennent un petit établissement tout en longueur pour en faire un restaurant, qui deviendra par la suite la brasserie Le Plana, située sur la Place de la Victoire.
C'est dans ce contexte familial, au cœur de la brasserie, que la jeune Georgette grandit, bercée par les chansons et entourée de clients. Elle décrit son enfance comme celle d'une "poupée du square". Ses parents souhaitent qu'elle vende des fleurs au marché de la Victoire, mais elle préfère danser, chanter et faire des spectacles. Elle dira plus tard : « J’ai commencé par la danse. Mes parents avaient un beau restaurant, il s’appelle le Plana. J’ai été élevée dans ce milieu, entre les clients, entre les chansons. Un jour, un client de notre restaurant m’a dit : « je connais très bien l’Opéra de Bordeaux, je vais te faire auditionner« .
Elle prend des cours de piano avec Dauzats, l'épouse du régisseur du Grand-Théâtre, et des leçons de danse classique, préparant ainsi le terrain pour sa future carrière artistique. L'établissement familial, Le Plana, devient un lieu de rencontre pour les compagnons charpentiers, qui réalisent un escalier en colimaçon encore visible aujourd'hui. Marie Plana, sa mère, est décrite comme une femme généreuse qui nourrissait les jeunes en formation.
Débuts artistiques et ascension à Paris
Georgette Plana débute sa carrière comme danseuse de music-hall à Bordeaux, avant de rejoindre Paris en 1941, à l'âge de 24 ans, en tant que chanteuse. Elle est rapidement engagée à Paris à la fin de ses études et on lui propose de nombreuses représentations. Elle demande conseil à sa mère qui lui recommande d’accepter. « Alors toute la famille, le beau-frère, le père…Tout le monde est monté à Paris et la famille a vendu le restaurant. J’ai toujours fait ce que j’ai voulu », déclare Georgette.
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Elle se produit dans divers établissements, notamment à l'Alhambra en 1942 avec Bourvil dans "La Revue du Rire", puis aux Folies-Belleville en 1944, où elle remporte un grand succès populaire grâce à son entrain et son timbre gouailleur. Ses nombreuses reprises de chansons des années 1920 rencontrent un vif succès auprès du public. Elle réalise la tournée des cinémas Pathé et finit par signer un engagement avec la maison de disques Vogue.
En 1947, elle enregistre un disque des succès de Fréhel, une chanteuse de l’entre-deux-guerres, et chante "Le Bar de l'Escadrille", "Feu Follet" et "Le Petit Rat de l'Opéra", qui connaissent un succès notable.
Mariage et pause dans sa carrière
À la fin des années 1940, Georgette Plana quitte la scène après avoir rencontré Jean Deguillaume, un industriel dans l'électroménager, qu'elle épouse. Ce dernier l’appelait Bonheur. De cette union naissent deux enfants. Elle explique : « Coup de foudre. Je suis partie l’épouser et vivre dans le Midi, abandonnant tout… ». Elle se consacre alors à sa vie de famille, mettant sa carrière entre parenthèses.
Le retour triomphal
Ce n'est qu'une vingtaine d'années plus tard, en 1968, que Georgette Plana fait son grand retour sur la scène musicale. Elle reprend "Riquita", une chanson des années 1920 écrite par Bénech et Dumont, qu'elle avait apprise à l'âge de 8 ans. Ce titre devient un immense succès, avec 450 000 disques vendus et une première place au hit-parade. Son interprétation sera entonnée par les étudiants pendant les manifestations de mai 68.
Dans la foulée, Georgette Plana enregistre d'autres anciens succès de Bénech et Dumont, tels que "Le Dénicheur", "Zaza", "Rugby Marche", "La Femme aux Bijoux" et "L'Hirondelle du Faubourg", accompagnée par l'accordéoniste Aimable et son orchestre. Elle remet également au goût du jour des chansons de Gaston Gabaroche, Léo Daniderff, Lucien Boyer et Montéhus. Elle reprend également "E Viva España" et "La Java bleue".
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En 1969, elle connaît un triomphe à l'Olympia aux côtés de Robert Charlebois et d'Antoine, avec lequel elle interprète "Je t'offre un verre", réconciliant ainsi deux, voire trois générations. Elle plaisante : « Il suffirait qu’une dizaine de ‘’retraités’’ comme moi s’y mettent pour que les yé-yés se retrouvent sur le sable ».
Diversification et reconnaissance
Parallèlement à sa carrière de chanteuse, Georgette Plana fait quelques apparitions au cinéma, notamment dans "Divine" (1973), un film musical de Dominique Delouche, où elle donne la réplique à Danielle Darrieux.
Elle enregistre également un disque de chansons compagnonniques pour la Fédération Compagnonnique des Métiers du Bâtiment, qui en assure la distribution. En 1974, elle participe à la tournée "Podium" d'Europe 1 avec les Martin Circus.
Dans les années 1990, elle est régulièrement invitée par Pascal Sevran dans ses émissions, comme "La chance aux chansons". En 2004, l'animateur lui remet la Légion d'honneur, une distinction qui salue l'ensemble de sa carrière et sa contribution à la culture française.
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