Le film La La Land de Damien Chazelle est une œuvre complexe qui explore la relation entre le rêve et la réalité, l'ambition et l'amour, le succès et le sacrifice. Le générique de fin, en particulier, est un moment clé du film qui cristallise ces thèmes et laisse une impression durable sur le spectateur. Cet article se propose d'analyser en profondeur ce générique de fin, en explorant les émotions qu'il suscite, les choix narratifs et esthétiques qui le composent, et les interprétations qu'il suggère.
L'émotion avant la raison: une approche Chazellienne
Damien Chazelle est connu pour son approche cinématographique qui privilégie l'émotion à la raison. Dans La La Land, comme dans son précédent film Whiplash, il cherche à faire vivre au spectateur l'émotion des personnages avant de lui proposer une interprétation intellectuelle. Cette approche se reflète dans le générique de fin, où la musique, les images et les regards des personnages se combinent pour créer une expérience émotionnelle intense.
Chazelle personnifie les deux pôles de l’artiste, honnêteté de la démarche et reconnaissance du public, pour en sortir une relation amoureuse.
Le réalisateur est apprécié par tous les publics : son œuvre se passe d’analyse pour être comprise. Il ne s’agira pas de décrire avec exactitude le sentiment dégagé par La La Land, mais plutôt, par l’analyse, d’explorer l’émotion complexe qui surgit lors de son visionnage pour mieux la comprendre. Les réponses aux questionnements du film se situent dans l’expérience qu’on en fait.
Deux regards qui se croisent, un équilibre fragile
Whiplash, le précédent film de Damien Chazelle, se terminait dans une extase. Andrew Neiman et Terence Fletcher, après avoir cherché un équilibre dans leur relation durant 90 minutes, le trouvaient dans la scène finale du film et son solo de batterie exceptionnel. Dans La La Land, on retrouve ce même procédé de panoramiques entre les deux personnages principaux, Mia et Sebastian, avec cependant une différence fondamentale : l’équilibre trouvé par le duo n’arrive pas en fin de film, mais au milieu. Pour Chazelle, cet équilibre n’est plus une finalité, et la réalisation de ce fait l’amènera à considérer ce qui faisait cruellement défaut à Whiplash: la question de l’après.
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Pourtant, comment oublier ce regard final entre les deux artistes? Ce déchirement doux-amer, et le léger hochement de tête de chacun indiquant que, oui, l’équilibre a enfin été trouvé? Il s’agira pour nos deux amoureux d’abandonner leurs ambitions les plus démesurées, pour enfin se remettre en phase avec la réalité en la regardant dans les yeux, plutôt que de tenter par tous les moyens d’y échapper.
Le temps, sculpteur des passions
L’imaginaire lié au cinéma prend dans La La Land une place primordiale, du scénario à la psychologie des personnages, jusque dans la manière qu’a le public d’aborder le film. Les références aux comédies musicales font appel aux sentiments les plus oniriques pour le spectateur, tandis que les films dramatiques de l’envers du décor détruiront ce sentiment.
Il s’agira donc pour Mia et Sebastian comme pour le spectateur durant les deux heures du film de lutter contre ce temps qui vient épuiser toutes les passions. La réalité viendrait donc écraser les rêves de nos protagonistes de manière brutale dès que leur envie de vivre quelque chose de plus grand se ferait un peu trop insistante. Pourtant, Mia et Sebastian finiront par obtenir en milieu de film avec les panoramiques de la caméra un équilibre qui ressemble en tout point à ce qu’ils souhaitaient vivre, le juste milieu entre nouveauté et lassitude. En faisant le déplacement littéral du cinéma à la réalité, de l’observatoire Griffith de Rebel Without a Cause à l’observatoire Griffith de la diégèse du film, c’est la lucidité qui est déterminée comme condition nécessaire pour trouver ce juste milieu.
Un Rêve Évanoui, un Regret Éternel?
Le générique de fin de La La Land présente une séquence onirique où Mia et Sebastian imaginent ce qu'aurait pu être leur vie s'ils étaient restés ensemble. Cette séquence est construite comme un montage de moments heureux, de succès professionnels partagés et d'une vie de famille épanouie. Cependant, cette vision idyllique est rapidement interrompue par la réalité : Mia est mariée à un autre homme et a une fille, tandis que Sebastian a réalisé son rêve d'ouvrir un club de jazz.
Ce contraste entre le rêve et la réalité est poignant et suscite un sentiment de regret chez le spectateur. On se demande ce qui aurait pu se passer si Mia et Sebastian avaient fait des choix différents, si l'amour avait triomphé de l'ambition. Le générique de fin suggère que le bonheur parfait est peut-être inaccessible, et que les choix que nous faisons dans la vie ont des conséquences durables.
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La Musique, un Écho du Passé
La musique joue un rôle essentiel dans le générique de fin de La La Land. Le thème principal du film, "City of Stars", est repris dans une version mélancolique et nostalgique, soulignant le sentiment de perte et de regret. La musique accompagne les images du rêve de Mia et Sebastian, créant une atmosphère à la fois douce et amère.
En outre, la musique de jazz, qui est la passion de Sebastian, est également présente dans le générique de fin. Elle symbolise son rêve réalisé, mais aussi son sacrifice : pour réaliser ce rêve, il a dû renoncer à son amour pour Mia. La musique de jazz devient ainsi un symbole de la complexité des choix de vie et des compromis que nous devons faire pour atteindre nos objectifs.
Les Regards, Reflets d'une Compréhension Tacite
Les regards échangés entre Mia et Sebastian à la fin du film sont particulièrement significatifs. Ils se croisent dans le club de jazz de Sebastian, et pendant quelques instants, ils se souviennent de leur passé commun et de leur amour perdu. Ces regards sont chargés d'émotion : on y lit la nostalgie, le regret, mais aussi la compréhension et l'acceptation.
Ces regards suggèrent que Mia et Sebastian ont finalement trouvé un certain équilibre dans leur vie. Ils ont réalisé leurs rêves professionnels, mais ils ont aussi appris à vivre avec le regret de leur amour perdu. Le générique de fin de La La Land n'est donc pas une fin triste, mais plutôt une fin douce-amère, qui célèbre la beauté et la complexité de la vie.
La La Land: un film contrarié?
La La Land prend le pari de pouvoir adopter une approche résolument moderne dans sa nostalgie pleinement assumée.
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Lorsqu'on testait La La Land en cours de montage, les gens quittaient plutôt la salle furieux! L'équipe du film n'a jamais voulu d’une fin triste, mais conclure sur une note d’espoir, un élan d’optimisme. Ils essaient de se situer dans un entre-deux émotionnel subtil. Les personnages ont des rêves en communs et des rêves séparés - et ils ne vont pas forcément tous les accomplir. Il fallait que la fin soit juste. Ni tragique, ni triomphante.
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