Introduction

L'homosexualité, autrefois considérée comme une déviance, est progressivement devenue une forme d'intimité et de sexualité plus visible, reconnue juridiquement par le PACS en 1999 et l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Ce processus de transformation sociale est indissociable du développement des recherches sur l'homosexualité. Cet article explore l'émergence et l'évolution de la sociologie de l'homosexualité, en mettant en lumière les étapes clés de son institutionnalisation et les enjeux qui la traversent.

L'Émergence d'un Champ de Recherche

Bien qu'il n'existe pas en France de "sociologie de l'homosexualité" formellement instituée, un processus de développement et de légitimation des recherches sur l'homosexualité est à l'œuvre depuis plusieurs années. Plusieurs événements majeurs ont marqué la constitution progressive de ce nouveau champ de recherches, comme la routinisation d’une enquête sur les pratiques homosexuelles masculines sous la houlette de Michael Pollak et Marie-Ange Schiltz dans les années 1980, la création du séminaire pluridisciplinaire d’études gaies et lesbiennes à l’EHESS par Françoise Gaspard et Didier Eribon à la fin des années 1990. De la même manière, la fondation de réseaux de recherches sur les sexualités au sein de l’Association Française de sociologie et de l’Association Internationale des Sociologues de Langue Française ont constitué des cadres privilégiés de transmissions de travaux sur l’homosexualité en France.

La création de la revue Genre, sexualité et société en 2009, qui a consacré plusieurs de ses numéros aux homosexualités, illustre également cette évolution. Dans ce parcours vers une institutionnalisation d’une sociologie de l’homosexualité, le livre de Sébastien Chauvin et d’Arnaud Lerch constitue un événement majeur.

Les Sciences Sociales et l'Homosexualité

L'homosexualité a fait son entrée dans la sociologie par des travaux souvent novateurs et peu légitimes à l'époque, notamment les études sur les comportements sexuels et les travaux d'inspiration interactionniste sur la déviance. Ces recherches ont permis d'appréhender l'homosexualité au travers de traits culturels caractéristiques, bien au-delà de la seule question des pratiques sexuelles au sens strict.

Un autre point fort de l’ouvrage tient à la manière dont il articule le sexuel et le non-sexuel. La première partie, « les sciences sociales et l’homosexualité » propose une mise en perspective sociologique et historique des recherches sur l’homosexualité. Les auteurs indiquent comment l’homosexualité est « entrée » dans la sociologie, par des travaux souvent novateurs et alors peu légitimes dans la discipline : les études sur les comportements sexuels d’une part, des travaux d’inspiration interactionniste sur la déviance d’autre part.

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Homophobie, Coming-Out et Communautés

Le chapitre "les clés du placard : homophobie, coming-out, communautés" est consacré à une dimension centrale de ce que les auteurs appellent le "comment de l'existence gaie et lesbienne". Il met l'accent sur la dimension minoritaire et le stigmate qui contribuent à structurer l'expérience homosexuelle. L'analyse des formes de rejets de l'homosexualité illustre cette double démarche en parvenant à mettre en évidence les mécanismes communs et spécifiques de la gaiphobie et de la lesbophobie. Elle montre également que leur évolution est indissociable de l'individualisation qui caractérise les sociétés contemporaines : ce sont parfois moins des dispositifs institutionnels qui expriment la hiérarchie des sexualités que des formes de rejets ou de distanciations plus subtiles, intériorisées par les individus.

Ce chapitre met en évidence la dimension minoritaire et le stigmate qui contribuent à structurer l'expérience homosexuelle, en soulignant la manière dont l'homosexualité est façonnée par le genre, entendu comme la construction sociale de la différence des sexes et leur hiérarchisation.

Liens et Familles

Le chapitre "Des liens et des familles" s'appuie largement sur des travaux de recherche récents. Tout en montrant comment l'amitié occupe une place spécifique dans les carrières homosexuelles, le chapitre fait état des questions relatives à la reconnaissance du couple de même sexe et à la filiation. L'une des grandes habilités de cette partie tient à sa manière d'approcher de front les expériences individuelles et les questions plus théoriques qui se posent. La portée du propos va au-delà des savoirs concernant l'homosexualité : la manière dont elle met en question le couple, la filiation, l'organisation de la vie privée déstabilise les formes dominantes. On saisit alors comment une sociologie de l'homosexualité peut permettre de rompre avec l'approche trop systématique qui aborde l'hétérosexualité comme "une catégorie de référence jamais interrogée".

Les évolutions sociologiques ont parallèlement conduit à une dissociation de la famille et du mariage. Au vingtième siècle et jusque dans les années 1970, la grande conquête a été le mariage d’amour contre les arrangements familiaux.

Mouvements Politiques et Associatifs

Les chapitres consacrés aux mouvements politiques et associatifs et aux grandes questions sociologiques au prisme de l'homosexualité sont particulièrement originaux. Ils montrent l'intérêt d'investir des thématiques classiques des sciences sociales (l'engagement politique et associatif, la mondialisation, la stratification et la mobilité sociales, le choix du conjoint…) sous l'angle de l'homosexualité, et comment ces thématiques gagnent à être revisitées.

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Angles Morts et Défis Méthodologiques

Malgré le foisonnement des recherches sur les homosexualités, de nombreux angles morts existent dans tous les domaines couverts par l'ouvrage. Que disent cinéma, littérature, musique, mais aussi pratiques sportives de l’homosexualité ? Comment sont-elles travaillées par elle ? Au sein des recherches sur la famille, les relations des gays et des lesbiennes avec leurs parentèles sont très peu étudiées, alors qu’elles sont probablement un prisme privilégié pour saisir les spécificités de l’expérience gaie ou lesbienne. Ces angles morts invitent aussi à la réflexion méthodologique dans la mesure où ils sont souvent liés à la faiblesse des approches quantitatives pour appréhender l’homosexualité.

L'institutionnalisation d'un champ de recherche est donc loin d'être réalisée. Elle passe aussi par un changement de regard du milieu académique qui observe trop souvent avec distance ce type de travaux (comme bien d'autres qui concernent des groupes minoritaires).

Militantisme Homosexuel et Militance Gaie

L’institution politique de l’homosexualité en mouvement passe au milieu des années 1970 par une dynamique de territorialisation de l’action collective. L’institution en mouvement qui résulte de la convergence militante du moment 75 introduit dans la sémantique de l’homosexualité une dimension territoriale qui établit des frontières entre un intérieur, le champ de l’homosexualité, et un extérieur, l’espace social. Ce clivage rend opérante, donc pensable et praticable, la fondation d’un militantisme homosexuel dont on aurait tort de limiter la portée à la défense des droits des gays et des lesbiennes ou à la promotion d’une identité homosexuelle. Souvent axées sur ce postulat selon lequel toute forme de militantisme homosexuel serait orientée vers la formulation de revendications en termes de droits, les études abordant la question font généralement peu de place à la structuration de ce champ de l’homosexualité, qui connaît un moment très fécond entre la fin des années 1970 et le début des années 1980.

La revue Masques marque un de ces points de rupture de l’histoire politique de l’homosexualité, qui résulte d’un constat « simple, mais de portée générale » : « il n’y a pas de prise en compte par le discours politique, et donc de la pratique qui en découle, d’une réalité étrangère [l’homosexualité] au champ politique traditionnel » (Sanzio, 1979 a, p. 86). La réponse formulée par les militant.e.s, dans ce moment de rupture, est l’invention d’une nouvelle sémantique de l’action collective : la militance gaie.

Le Mariage pour Tous et l'Évolution du Droit de la Famille

Le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe constitue une étape historique dans le combat pour l'égalité des droits et des dignités. Il ne s'agit pas de créer un droit spécifique, mais d'intégrer les homosexuels dans le droit commun. Ce projet de loi ne crée pas non plus de familles homoparentales, mais il offre une reconnaissance à ces familles qui existent déjà. En effet, la famille est avant tout un phénomène sociologique ; elle n'a pas de définition juridique. De fait, elle a connu des bouleversements qui l'ont fait s'écarter du modèle unique constitué d'un père, d'une mère et de leurs enfants. Familles d'adoption, familles recomposées, familles monoparentales : les familles homoparentales s'inscrivent dans la pluralité des modèles familiaux actuels.

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Si depuis des siècles, le mariage était le fondement de la famille légitime, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Comme l’a rappelé la sociologue Irène Théry lors de son audition le 8 novembre dernier, le professeur Jean Carbonnier définissait ainsi le mariage : « Le cœur du mariage, ce n’est pas le couple mais la présomption de paternité ».

La Diversité du Paysage Familial

Les évolutions sociologiques ont parallèlement conduit à une dissociation de la famille et du mariage. Conçu pour répondre à la demande des homosexuels, le PACS a connu un grand succès chez les couples hétérosexuels qui l’utilisent comme un engagement moins contraignant, parfois un intermédiaire entre le concubinage et le mariage. Les divorces contribuent à fragiliser les liens de filiation. Les recompositions familiales contribuent à la fois à diversifier le paysage familial et à fragiliser les liens de filiation (au détriment de la filiation paternelle, le plus souvent).

Il y a une dizaine d’années, la plupart des enfants vivant dans une famille homoparentale étaient issus de précédentes unions hétérosexuelles et la plupart d’entre eux avaient un père et une mère. Les mœurs ont évolué.

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