Introduction

La "garde-robe de la gesine" est une expression qui renvoie à un ensemble de pratiques et d'institutions charitables visant à assister les femmes enceintes et les jeunes mères, particulièrement celles issues de milieux défavorisés. Pour comprendre cette notion, il est essentiel d'explorer le contexte historique de la charité et de l'assistance aux pauvres, notamment en Europe occidentale.

L'Abstinence et la Grossesse dans l'Antiquité

Dans l'Antiquité, l'abstinence sexuelle était souvent associée à des contextes religieux ou à certaines activités spécifiques. Par exemple, elle était requise pour les prêtres, les femmes dans certains rituels, les athlètes et les chanteurs. On trouvait chez les philosophes une faible valorisation de l’abstinence. Elle est la plus marquée chez Marc Aurèle, qui rend grâce aux dieux d’avoir « sauvé la fleur de sa jeunesse » et de ne pas être devenu « homme avant le moment », qui se satisfait aussi de n’avoir pas touché ses servantes, et d’avoir su guérir des passions de l’amour (Pensées, I, 17).

La durée de la grossesse était estimée entre sept et dix, voire onze mois, en raison des difficultés à déterminer le moment exact de la conception. Les Grecs et les Romains considéraient que l'enfant était l'acteur principal de sa naissance, initiant le processus d'expulsion en raison d'un manque de nourriture ou d'une "souffrance violente" subie par la mère. La naissance était décrite comme une lutte entre la mère et l'enfant, où la parturiente subissait les mouvements du fœtus pour se dégager. Au moment de l’accouchement, instant de tous les dangers pour la mère comme pour l’enfant, se mêle aux pratiques médicales un ensemble de croyances populaires.

Évolution de la Charité au XVIe Siècle

Au XVIe siècle, le visage de la charité change en Europe occidentale. Plusieurs facteurs contribuent à cette évolution : une aggravation de la situation économique (notamment la hausse du prix du blé), l'augmentation des déplacements de familles entières en raison des guerres et des difficultés économiques, et les réformes humanistes, tant catholiques que protestantes. Ce qui est certain c'est que les mendiants ont toujours eu mauvaise presse de par les siècles. Ils sont également dangereux pour la santé d’autrui. Pour éviter d'être chassé hors de la ville, les « pensionnaires » de ces institutions devaient porter sur eux l’insigne de leur établissement, insigne que l’on appelait « plommet ». Ceci étant, venir en aide aux pauvres est un acte chrétien, une condition du Salut qui est mis en avant depuis les débuts du christianisme. Déjà sous Clovis nous retrouvons cette attention pour les indigents avec le concile d’Orléans qui, en 511, prescrit aux évêques d’assigner le quart de leur revenu aux besoins des pauvres. Par ailleurs, les prédicateurs, écrivains, confesseurs et théologiens de tout bord dénoncent l’amour excessif de d’argent. Le père de Bonnyers au début du 17ème siècle interpelle lui aussi les riches : « je vois dans vos coffres de vieux escus, par trop d’habits, la table si chargée de viandes qu’elle vous peuvent suffir pour trois jours et là-dessus je m’escrie : une partie aux pauvres, aux hospitaux, à la prison : on y meurt de faim. Vous croyez que je suis fort en peine pour eux ; il y a du subject.

Les Tables des Pauvres et la Bourse Commune

On trouvait une table des pauvres dans chaque paroisse, gérée par des paroissiens que l’on appelait les gardes de la charité, pauvriseurs ou pourveurs des povres, caritables ou encore ministres des pauvres. On remonte la trace de ces associations caritatives dès 1236. Ainsi par exemple la Bourse perçut en 1585, 9 livres 6 sols pour quart de la recette d’un forain qui montrait au peuple un mouton d’une excessive grandeur. Malheureusement la multiplicité des moyens ne permet pas, paradoxalement, d’atteindre l’objectif final : à savoir que le maximum d’indigents ait accès à ces générosités.

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Le règlement de la ville d’Ypres précise en effet : « l’histoire a été écrite à plusieurs reprises. Qu’il suffise de dire ici que le règlement en question a concentré en une unique institution autonome toutes les institutions charitables qui existaient dans la ville. L’autorité municipale devait désigner quatre représentants par paroisse, chargés d’administrer la caisse commune, de pourvoir aux besoins des assistés d’après les renseignements reçus de personnes choisies par les administrateurs pour mener ces enquêtes, de passer au crible chaque cas afin que nul ne refusât de travailler ni ne restat oisif . Désormais l’assistance aux pauvres est prise en charge par le pouvoir civil, les ressources sont centralisées et le travail va devenir le remède à la mendicité.

Lille emboite donc le pas d’Ypres en 1527 essentiellement pour remédier à un défaut important des tables des pauvres : les paroisses qui avaient le moins de ressources avaient naturellement le plus grand nombre de pauvres. Dans le préambule de cette ordonnance, les échevins énoncent les raisons qui les avaient amenés à transformer l'assistance aux pauvres, et expriment également de façon indirecte leur avis sur les causes de la pauvreté et ses effets sur toute la société aussi bien que sur les pauvres. L'un des buts principaux du gouvernement était de mettre fin à la pratique en cours qui permettait à chacun "indifferement de brimber et demander l'aumosne journellement". La mendicité, affirmaient les autorités, n'avait aucune valeur ni pour l'individu ni pour la société. D'une part, elle incitait les mendiants en bonne santé mais paresseux à l'oisiveté - "mère de tous maux" - et au crime. Résolus, donc, de vaincre les mauvais effets que ce choix avait eus sur les pauvres eux-mêmes et sur tous les Lillois, et convaincu que l'on pouvait facilement faire la distinction entre les pauvres dignes ou non de recevoir de l'assistance, les échevins décident qu'il est urgent d'établir un programme qui aurait deux objectifs. L’idée est d’établir une liaison avec les différentes « carités » paroissiales qui vont désormais reverser leur « boni » à la Bourse après avoir exécuté uniquement les charges auxquelles elles sont expressément tenues par les fondations (voir ci après). Ils recherchent les bénéficiaires récemment retenus ou ceux qui devaient être rayés des listes, et ils reçoivent et distribuent l'assistance en argent ou en nature.

Les Ministres des Pauvres et les Fondations

Les listes de ministres des pauvres ou « pauvrieurs » que l’on a sur Lille indiquent que ceux-ci sont assez aisés : homme de loi, médecins, marchands, maître artisan. Justement qui sont les ministres généraux chargés de gérer la Bourse commune ?

Les Lillois aisés utilisent souvent une autre voie charitable : les fondations ; ils vont donner un capital (terres, maisons, titre de rente) qui va garantir un revenu avec en contrepartie des obligations à respecter. C’est ce que l’on appelle une fondation. Ainsi par exemple en 1624 le marchand Adrien Desquien donne 26 000 livres parisis pour assurer 2 livres parisis par semaine à « 12 pauvres et anchiens hommes, francques tondeurs, ayant estées maistres audict still ». Ainsi en 1650 Jérôme Segon, seigneur de Wionval et sa sœur Françoise cèdent tous leurs biens évalués à 200 000 livres parisis pour fonder l’hôpital du Saint Esprit destiné à accueillir 14 malades, 10 religieuses et un chapelain. En 1633 le marchand François Heddebaut donne les fonds nécessaires pour la construction de l’hôpital de la Charité rue Notre Dame où l’on accueillera des femmes « chartrières les plus débiles et abandonnées de secours humain que l’on pourra trouver » qui seront soignées par des religieuses augustines issues de l’hôpital ganthois.

En 1622 le marchand François Van Hoyqueslot, seigneur de la Hallerie, ennuyé que rien ne soit prévu pour les « vieux hommes » lègue 6 400 livres parisis pour fonder chez les Bapaumes 3 places réservées à 3 « hommes anciens devant aller ouyr la messe en la chapelle Sainte Barbe en l’église Saint Etienne le mardi et le vendredi », messes qu’il avait également fondées. Mais les Bapaumes sont réservés initialement à des jeunes donc la solution trouvée ne peut être que provisoire. Les ministres généraux de la Bourse vont donc encourager les bourgeois de Lille à créer une « maison des vieux hommes », le futur hôpital Saint Charles Borromée. En 1623 Marguerite du Hot, veuve de Jean Mahieu, membre du Magistrat et ministre général des pauvres, donne 22 550 livres parisis pour faire construire cet établissement. Une fois achevé, les fondations « d’un lit » se succèdent : ainsi le sayetteur Mathias Deleporte et son épouse Catherine Leplat en fondent un pour un vieux sayetteur « qui soit bon et fidel catholique, apostolique et romain et nullement suspecté d’hérésie ». Jean Lequien, boulanger rue des Cabochus, lègue à l’établissement tous ses biens évalués à 32 000 livres parisis à condition de faire dire 3 obits.

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Diversité des Formes d'Assistance

Jusqu’en 1630 à peu près, « pourchas » et offrandes dans les troncs rapportent de 6 000 à 6 500 livres parisis par an. A partir de 1630 le produit des quêtes diminuent jusqu’à atteindre moins de 3 000 livres parisis en 1661. Pourquoi cette diminution importante de la carité ? La table des pauvres et la bourse commune des pauvres venaient au secours des personnes sans ressources, du placement des vieillards et des orphelins que l’on mettait en pension chez des particuliers, du placement des filles « débiles » chez les Repenties, de l’achat de draps et souliers, de l’instruction des enfants pauvres et des soins médicaux gratuits.

À Armentières en 1598/1599, Jéhenne Soutil (ou Subtil) « malade de maladie estrange », fut trois fois exorcisée par le curé de Nieppe. A chaque venue, ce dernier mangeait avec les ministres de la table des pauvres à l’auberge « du bel imaige » ou celle de l’« escu de Bourgogne », (toutes deux sur la place). Chaque pestiféré qui devait rester isolé chez lui recevait cinq sols parisis par semaine, ou un peu plus d'une livre parisis par mois. De même, le nombre des orphelins augmentait de façon importante quand la peste se déclarait. La Bourse commune dirigea à partir de 1584 les écoles du dimanche de la ville. Ce système scolaire municipal, établi grâce aux donations d'un montant de 12.800 livres parisis de Hubert Déliot et de son père Guillaume, fut destiné, dès 1554, à apprendre à cent enfants de pauvres à lire, à écrire, à calculer et à avoir de bonnes moeurs.

Quant aux secours par le travail, il ne semble pas que ce fut un moyen très utilisé : en deux occasions seulement, et de façon temporaire, Lille employa directement de grands nombres de pauvres. A la fin de décembre 1565, pour aider "la grand foulle des povres" à survivre, les échevins appelèrent tous les chômeurs "d'aige competent" à s'inscrire chez le greffier municipal qui devait ensuite leur assigner un emploi dans les projets municipaux.

Accidents et Vulnérabilité

Il est important de noter que la vie était précaire et les accidents fréquents. Un accident est un événement imprévisible qui touche de manière indifférenciée le corps de l’individu, les objets ou les animaux. Les causes sont diverses (maladresse d’un homme ou d’un animal effrayé ou un toit qui s’écroule, Anthologie palatine, VII, 298 ; VII, 402 ; IX, 259). Le hasard semble être le maître mot et chacun peut être concerné. Toutefois, les hommes adultes paraissent les plus touchés ou, du moins, sont davantage mentionnés dans les sources. Les accidents restent par essence imprévisibles et inattendus ; ils frappent les corps aussi bien dans des lieux publics que privés.

Les accidents peuvent être catégorisés selon leurs conséquences. Ainsi, certains sont non mortels à l’image du cas rapporté par le médecin hippocratique d’un palefrenier de 11 ans qui « fut blessé au front au-dessus de l’œil droit par un cheval. […] Il survécut après avoir été cautérisé » (Épidémies, V, XVI, 1, trad. J. Jouanna, M. D. Grmek, CUF). L’épisode a peut-être laissé une cicatrice ou une légère déformation. Ces cas d’accidents se terminant bien sont peu recensés dans les sources. D’autres laissent les personnes en situation de handicap comme le mentionne à Épidaure une inscription relatant une blessure aux yeux consécutive à la chute d’un arbre qui guérit grâce à une nuit d’incubation et à la volonté divine (IG IV2 1, 121). Dans les sources, les accidents mortels prédominent. Les bébés peuvent chuter dans l’eau (Anthologie palatine, VII, 303, trad. P. Waltz, CUF) : « Le petit Cléodémos, qui vivant encore de lait, avait risqué ses pas sur le plat-bord d’un navire ; Borée […] le jeta dans les flots de la mer, et la vague éteignit la vie de l’enfant » ; ils tombent dans un puits (Anthologie palatine, VII, 170) ou d’une échelle (Anthologie palatine, VII, 632). De jeunes enfants décèdent suite à un mauvais coup lors d’un jeu (Hippocrate, Épidémies, V, L, 1-2) ou en se cognant dans une porte (Épidémies, V, XXVIII, 1). Quant aux adultes, ils tombent d’un toit, d’une échelle ou d’un cheval, ainsi « Polybe, fils de Lycortas, de Mégalopolis, revenant des champs tomba de cheval et mourut de la maladie qui s’ensuivit à quatre-vingt-deux ans » (Lucien, Les « Longue-Vie », 12, 15-17, trad. J. Bompaire, CUF), se font renverser par un char dans une rue (Hippocrate, Épidémies, V, XXVI, 1) ou encore écraser les doigts par une ancre de bateau (Épidémies, V, LXXIV). Cependant, une nuance s’opère entre les morts instantanées et celles en différé, quand une infection se développe ultérieurement. Dans ce cas, celle-ci devient la cause de la mort, l’accident n’étant que le facteur originel.

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Un accident peut toucher un seul individu, ce qui est la majorité des cas dans les sources ou il peut englober plusieurs individus à l’image de l’incendie dans « la grande maison d’Antagoras [où] quatre-vingts, hommes libres et esclaves, pêle-mêle, partagèrent ce bûcher funeste » (Anthologie palatine, VII, 444, trad. P. Waltz, CUF). Les deux sexes sont indifféremment touchés par les accidents et leurs conséquences, peu importe leur âge. En effet, durant l’enfance, garçons et filles sont atteints de manière quasi similaire. Cependant, à l’âge adulte et durant la vieillesse, les hommes sont plus nombreux à être concernés. Si les femmes peuvent travailler, les hommes, eux s’occupaient de tâches où les risques d’accident étaient plus probables. Par ailleurs, la notion de risque est connue des Anciens : « ma maisonnette a un étage […]. Survint la naissance du petit […] Chaque fois qu’il fallait le baigner, elle était obligée de descendre et risquait de tomber dans l’escalier » (Lysias, Sur le meurtre d’Ératosthène, I, 9, trad. L.

En somme, les accidents peuvent être le résultat d’une situation dangereuse ou à risque pour le corps de l’individu. Ainsi, un accident a davantage de probabilité de se produire dans un lieu, un contexte ou un corps de métier qui nécessitent le recours à des objets lourds, coupants, tranchants. En outre, si les hommes adultes sont plus concernés que les femmes par les accidents de travail, tous les hommes ne sont pas touchés de la même manière.

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