Gabriel Fauré, né à Pamiers (Ariège) le 12 mai 1845 et décédé à Paris le 4 novembre 1924, est une figure marquante de la musique française. Issu d'une famille de six enfants, il a passé une partie de son enfance près de Foix, où son père était directeur de l'école normale. En octobre 1854, il entre à l'école de musique classique et religieuse de Paris, communément appelée école Niedermeyer.
Contexte biographique et musical de Fauré
La carrière de Fauré est jalonnée d'événements significatifs. En 1871, il participe à la création de la Société Nationale de Musique aux côtés de figures telles que César Franck et Camille Saint-Saëns. Il occupe divers postes d'organiste, notamment à l'église Saint-Honoré d'Eylau et à la Madeleine, où il est nommé maître de chœur. Son parcours le mène à enseigner au Conservatoire de musique, où il succède à Ernest Guiraud. Fauré entretient des liens étroits avec d'autres musiciens et personnalités artistiques, comme en témoigne sa liaison avec Emma Bardac, qui deviendra plus tard l'épouse de Debussy. Il est également proche de la princesse de Polignac et voyage en Italie, séjournant brièvement à Florence.
L'œuvre de Fauré est vaste et variée, comprenant des mélodies, de la musique de chambre, des pièces pour piano et des œuvres religieuses. Parmi ses compositions les plus connues, on peut citer le Requiem, la suite Dolly et diverses mélodies sur des poèmes de Verlaine, Albert Samain et Jean de la Ville de Mirmont. Son style musical se caractérise par une harmonie subtile, une mélodie expressive et une sensibilité à la poésie.
La Suite Dolly, Op. 56: Genèse et Inspiration
La Suite Dolly, Op. 56, est un ensemble de six pièces pour piano à quatre mains. Elle fut inspirée par Hélène, surnommée « Dolly », la fille d’Emma Bardac. Cette œuvre, inspirée par l’enfance, se distingue par une écriture limpide. Elle fut jouée en première par Édouard Risler et Alfred Cortot, le 30 avril 1898, à la Société nationale de musique. Ses morceaux sont parmi les rares, dans l’œuvre instrumentale de Fauré, à porter des titres évocateurs.
Analyse approfondie de la Berceuse
La Berceuse, première pièce de la suite, est une mélodie chantante qui se déploie sur un accompagnement tendre. Composée initialement en 1864 sous le titre La Chanson dans le jardin, elle était destinée à la fille d’une amie.
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Structure et Harmonie
La Berceuse est en ré bémol majeur, une tonalité douce et apaisante. La partie seconda, plus difficile, installe un balancement à deux temps, pianissimo. La démarche va être essentiellement celle de l’écoute. Jamais le grave ne devra avoir de l’épaisseur sonore et envahir la luminosité et la douceur de l’aigu : une texture de velours en bas, comme un tapis sonore moelleux mais jamais confus, et un timbre ciselé mais « dolce » en haut, « imbibé de lumière ». La partie centrale en do majeur (mesure 35) peut être envisagée comme une narration. Elle va emmener vers le forte - tout relatif - de la mesure 57 qu’il faut se garder de trop déclamer. Le 4 mains est une discipline délicate.
Mélodie et Expression
La Berceuse évoque l’enfance et le sommeil, thèmes chers à Marcel Proust. La mélodie est simple et répétitive, créant un effet hypnotique. Elle est conçue pour évoquer la douceur et la tendresse d'une mère berçant son enfant.
L'influence de Fauré et sa place dans l'histoire de la musique française
Fauré a embelli la vie. Il nous transporte vers un monde idéal aux multiples reflets, aux multiples nuances harmoniques, dans un flot musical et rythmique continu. La chaleur de sa musique chante, console, emplit de joie, et exulte! Reynaldo Hahn admirait beaucoup Gabriel Fauré. « Il est demeuré dans la glorieuse maturité ce qu’il était à l’adolescence. Les poètes tels que lui demeurent toujours des enfants par je ne sais quelle fraîcheur de l’âme qui ne s’altère jamais ; ils traversent la vie, ils sont blessés, ils sont envahis souvent par les ténèbres, mais ils conservent dans quelque coin mystérieux de l’être un point sacré, candide, invulnérable, que rien ne peut flétrir ou ternir.
Son style très personnel, façonné sur les bases de l'enseignement de l'école Niedermeyer qui laissait une large place à la musique religieuse et aux modes d'église, a eu une grande influence sur un grand nombre de ses successeurs, notamment dans les innovations harmoniques et mélodiques. Dans l’évolution de son écriture musicale, Fauré relie le Romantisme tardif et le premier quart du XXe siècle, où le langage musical subit de grandes transformations entre La damnation de Faust de Berlioz, qui correspond à sa naissance, et Wozzeck et les premières œuvres de Chostakovitch, lorsqu’il meurt en 1924.
La Berceuse et l'esthétique de la berceuse à travers les compositeurs
Le goût de Gérard Pesson pour les berceuses (qu’il s’agisse d’en écouter ou d’en composer) s’inscrit donc d’abord dans cette manière de composer (avec) l’intime. Cependant, la teneur d’une telle intimité dépasse un peu plus encore ces quelques modalités d’écoute. Elle touche également à ce qui gouverne la raison d’être de la berceuse : l’attachement. Il faut en effet préciser que les berceuses composées par Pesson sont toujours des œuvres de circonstances. En tant que présents offerts, elles sont la marque d’une affection, d’une sympathie ou, dit avec plus de distance, d’un compagnonnage. Les berceuses sont alors une manière pour le compositeur de traduire en musique un lien personnel, quoique dépassé par l’abstraction même de la musique. La composition de berceuses est une réponse à cette fragilité, elle en est le pansement. Aussi, l’enfance est un âge de la vie qui intéresse le compositeur du fait de la distance croissante qui se creuse entre le passé qu’elle symbolise et notre quotidien : l’enfance est le point de départ, la région originelle qui s’éloigne de nous à mesure que nous vieillissons. C’est donc l’extrémité d’une existence qui interroge notre présent tout en l’irriguant au moyen de notre mémoire. L’enfance est l’un des supports du souvenir, sa cause première.
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La berceuse se veut bien souvent sereine (même si, dans la tradition, il est des cas contraires, comme Dodo fillette, berceuse guadeloupéenne), sereine car sa fonction d’endormissement en dépend. Les berceuses de Pesson traduisent à leur tour cette délicatesse nécessaire (affirmée dans les paratextes), auxquelles s’ajoute surtout une lenteur qui contraste avec la vitesse d’ordinaire prisée du compositeur. Mais malgré leur caractère, les berceuses pessoniennes ne sont pas des plus paisibles : le langage contemporain qui y est entendu, avec ses sons complexes, bruités, ses dissonances également et ses changements métriques, fait d’elles des musiques dans lesquelles transparaissent l’inquiétude, l’agitation intérieure de celui qui redoute le sommeil.
Ce motif du balancement, c’est aussi un héritage d’un topos musical bien français : les compositeurs de la fin du XIXe et du début du XXe siècle (Massenet, Fauré, Debussy et Ravel en tête) ont très souvent utilisé des microstructures faites d’alternances binaires. Ce balancement peut être l’effet d’une simple courbe montante puis descendante, rappelant la manière d’un éventail (comme l’illustrent les premières mesures de la Barque sur l’océan de Ravel), mais le balancement harmonique (ou mouvement de pendule) est sans aucun doute la manière la plus commune de le mettre en œuvre à cette époque, comme celui qui se fait entendre au sein de la Berceuse sur le nom de Gabriel Fauré (1922) du maître Ravel.
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